Controverse sur l’impact du fioul de l’Erika

Le 17 janvier 2007 par Agnès Ginestet
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Une étude de toxicité relance la polémique autour du produit qui a pollué les plages bretonnes suite à la catastrophe du 12 décembre 1999.

Le fioul de l'Erika est génotoxique pour les cellules humaines: c'est ce que montre une étude menée à l'Ecole nationale supérieure d'agronomie de Toulouse (Ensat) (1). L'ADN de cellules humaines de poumon et de foie est en effet altéré en présence du produit, ce qui peut constituer une première étape de développement d'un cancer. Pour Annie Pfohl-Leszkowicz, toxicologue qui a dirigé l'étude, il peut donc y avoir un risque de développer un cancer pour les personnes ayant inhalé, ou bien manipulé le fioul de l'Erika à mains nues (en particulier celles qui ont nettoyé des oiseaux) ou avec des gants changés trop peu fréquemment.

En 2000, l'Institut national de l'environnement et des risques (Ineris) avait indiqué que le fioul de l'Erika, comme tout fioul habituel, renfermait des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont certains sont cancérogènes pour l'homme. Il contenait aussi des thiophènes, qui, selon une étude précédente de l'Ensat, pourraient être génotoxiques (2). «Une substance génotoxique est responsable à plus ou moins longue échéance d'un cancer», précise Annie Pfohl-Leszkowicz.

Mais une évaluation du risque sanitaire menée en 2000 concluait à un risque cancérogène négligeable pour les travailleurs ayant été en contact avec le fioul. Ainsi, l'Ineris et l'Institut national de veille sanitaire (InVS) n'ont pas estimé nécessaire de lancer une étude épidémiologique concernant les bénévoles et les professionnels ayant participé aux travaux de dépollution. «Le risque serait en effet difficile à observer», indique aujourd'hui Philippe Hubert, directeur des risques chroniques à l'Ineris.

De son côté, l'Association des bénévoles de l'Erika (ABE) compte au contraire rassembler le plus grand nombre possible des 20.000 bénévoles qui ont participé au nettoyage des plages et des oiseaux. Les dirigeants alertent et s'inquiètent en effet depuis 2000 sur les risques pris pas certaines personnes qui, les premiers jours après la catastrophe, ont manipulé le fioul sans protections. «Après le problème de l'amiante dans le Nord-Pas de Calais, il y aura le problème des séquelles de l'Erika», estime Philippe Lefebvre, trésorier de l'ABE.

Dans un communiqué du 17 janvier, Total, affréteur de l'Erika, indique que le groupe se base sur les conclusions des évaluations de risque menées notamment par l'InVS et l'Ineris montrant que le risque de cancer est négligeable. Selon un porte-parole, la parution de l'étude de l'Ensat relève d'un débat de spécialistes en toxicologie et le groupe n'est donc pas en mesure de porter un avis sur la question.

Le procès de l'Erika doit s'ouvrir le 12 février pour déterminer les responsabilités liées au transport du fioul. Mais Rossano Pulpito, président de l'ABE, qui estime que la vérité n'a pas encore été faite sur la nature réelle du fioul déversé, souhaiterait un complément d'enquête visant à en réaliser une analyse complète.



(1) Genotoxic activity and induction of biotransformation enzymes in two human cell lines after treatment by Erika fuel extract, Agnès Amat-Bronnert, Marcel Castegnaro et Annie Pfohl-Leszkowicz, Environmental Toxicology and Pharmacology, volume 23, janvier 2007

(2) Genotoxic activity of thiophenes on human cell line (HEPG2), Amat, A., Castegnaro, M. & Pfohl-Leszkowicz, A, Polycyclic aromatic hydrocarbon, 24, 733-742,2004




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