Contre la science, l’Elysée veut la peau des bouquetins du Bargy

Le 20 septembre 2016 par Marine Jobert
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Le bouquetin du Bargy, victime politique?
Le bouquetin du Bargy, victime politique?
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Deux agences publiques et trois ministres avaient concocté un plan pour vacciner les animaux sains et supprimer ceux porteurs de la brucellose. Las: le monde agricole, contre toute évidence scientifique, exige leur destruction, à laquelle l’Elysée aurait donné son accord.

Ils devaient en débattre, et puis finalement, ce sera pour une prochaine fois. Les membres du Conseil national pour la protection de la nature (CNPN) craignaient d'avoir à l’ordre du jour de leur réunion du 22 septembre un sujet fort disputé: les bouquetins du Bargy. Ces ruminants, dont environ 40% sont porteurs de la brucellose, sont vilipendés par le monde agricole –et les producteurs de reblochon en particulier- qui réclame leur abattage.

Assainissement vs abattage

Depuis trois ans, le dossier cahote de pressions du monde agricole en rapports scientifiques: après un début d’abattage systématique en octobre 2015, l’Etat avait tranché en faveur d’un «assainissement sélectif» en juin dernier. Une position interministérielle (environnement, agriculture et biodiversité), nourrie à l’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) et en collaboration avec l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui consistait à capturer, tester et, en cas de séropositivité, euthanasier les animaux. Les animaux indemnes auraient été vaccinés par voie oculaire pendant plusieurs années consécutives, dans le but d’éradiquer la maladie du massif.

«Vous cherchez par tous les moyens à nuire à la chasse et aux chasseurs de France.» L’attaque est signée Willy Schraen, le nouveau président de la Fédération nationale des chasseurs. Dans le viseur: la secrétaire d’Etat à la biodiversité, apostrophée en pleine estrade et devant 800 personnes, lors d’une inauguration dans la Somme le 16 septembre. Le tort de Barbara Pompili: un courrier enjoignant les chasseurs à ouvrir le débat sur le partage de la nature, au lendemain de la mort d’un jogger en Haute-Savoie, tué par une balle perdue. Ce genre d’attaque intuitu personae lors d’une cérémonie officielle n’est pas banale et témoigne du caractère offensif du monde de la chasse en cette période électorale.

Consignes élyséennes

Las: la période électorale qui s’ouvre semble avoir eu raison du consensus politique et scientifique. Dans un communiqué commun, la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), France Nature Environnement (FNE), Humanité et Biodiversité, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et la Ligue pour le protection des oiseaux (LPO) dénoncent de nouvelles consignes, venues de l’Elysée, de procéder à l’abattage systématique des bouquetins survivants. «François Hollande cède-t-il aux pressions de la FNSEA, premier lobby agricole de France? (…) S’agit-il de sécuriser l’électorat agricole en vue des présidentielles de 2017 au détriment de la biodiversité française?», demandent les associations.

Un seul cas de brucellose en 17 ans

«A ce jour, plus de 430 bouquetins ont été abattus dans le massif, dont une forte proportion d'animaux sains. Il y a eu un seul cas de brucellose en 17 ans (pour lequel la responsabilité des bouquetins n’est pas établie) et le risque de transmission de cette infection est nul ou quasi nul pour tous les experts qui se sont penchés sur la question», rappellent les associations.

Effets délétères

Et de souligner l’inanité scientifique d’une telle mesure, ce que confirme au Journal de l’environnement Dominique Gauthier, membre du laboratoire départemental d’analyse vétérinaire de Haute-Savoie et membre du groupe national Bouquetin. «Ce serait une mesure absurde: il existe un consensus international sur les maladies de la faune sauvage, qui montre que ces mesures d’abattage n’ont jamais réussi à éradiquer ces maladies, estime le vétérinaire. Pire, elles ont des effets délétères, en augmentant la prévalence.» Car certains parviennent à fuir et atteignent de nouveaux massifs, où ils peuvent alors contaminer d’autres bouquetins sains.

Pas de zèle

Sauf nouveau revirement élyséen, la question reviendra forcément devant le CNPN, qui doit rendre un avis (consultatif) sur l’arrêté du préfet de Haute-Savoie autorisant les abattages. Mais le ministère de l’environnement, qui fixe l’ordre du jour du CNPN, a choisi de ne pas faire de zèle cette fois-ci. Une façon d’affirmer son autorité, qui serait largement bafouée si les bouquetins étaient finalement abattus.

 

 

 

 

 



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