Construire dans l’épaisseur du trait des PPRN

Le 03 juin 2013 par Marine Jobert
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Le Cap Ferret, 40 hectares convoités.
Le Cap Ferret, 40 hectares convoités.
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C’est un trait dans l’épaisseur duquel se sont engouffrés les appétits immobiliers de certains. A quelques kilomètres de la côte Atlantique durement touchée par la tempête Xynthia, le prix du mètre carré est fonction de sa constructibilité. Depuis le 31 décembre 2001, un plan de prévention des risques du littoral était en vigueur dans la zone de la presqu’île du Cap Ferret (Gironde). En rouge, les aléas majeurs. En bleu, les aléas modérés. «Les sous-préfets se sont succédé et aucun n’avait convoqué de réunion du comité de suivi depuis novembre 2006», explique Claude Bonnet, représentant de la Sepanso[1], qui siège au comité de suivi . Puis la tempête Xynthia est passée, qui a rendu plus prégnante encore la question de la constructibilité en bord de mer. «Quand le nouveau sous-préfet est arrivé il y a environ deux ans, on a regardé à nouveau la carte: on a alors réalisé que des propriétés s’étaient agrandies. Des gens avaient profité de ce que les cartes étaient imprécises pour construire», raconte Claude Bonnet au Journal de l’environnement.

 

L’affaire devient piquante quand on apprend, comme l’écrit Sud-Ouest, que l’une de ces bâtisses construites grâce au flou en vigueur appartiendrait à Jean-Louis Debré. «Il y a deux ans, [le président du Conseil constitutionnel] a déboursé 1,8 million d’euros pour s’offrir une villa à ossature bois de près de 200 mètres carrés dans le secteur très prisé des 44 hectares, près de l’extrémité de la pointe du cap Ferret. L’acte de vente, passé devant un notaire d’Andernos, mentionne que l’immeuble se situe à l’intérieur d’un territoire couvert par un plan de prévention des risques naturels (PPRN)». Mais sans préciser si la maison a été édifiée dans la zone bleue ou dans la fameuse zone rouge, où nul n’a le droit de construire», raconte le quotidien régional.

 

Contacté, le sous-préfet d’Arcachon confirme que dans l’après-Xynthia, les limites entre la zone submersible –zone rouge- et le reste ont été tracées dans la précipitation, à une échelle 1:25e. «Les règles du jeu ont été ébauchées en urgence, pour que chacun sache s’il pouvait construire ou pas», explique Jean-Pierre Hamon. Résultat, reconnaît le représentant de l’Etat, «sur le terrain, l’épaisseur du trait prend des proportions énormes, avec une marge d’erreur qui oscille entre 25 et 35 mètres. Cela peut conditionner l’existence d’une maison», admet-il. Jean-Pierre Hamon constate que ce document «imprécis» a pu provoquer des «polémiques, alors qu’il n’y pas matière, puisqu’il s’agit d’une gestion en fonction des spécificités des lieux et du risque».

 

La problématique dépasse largement les 40 hectares de la presqu’île du Cap Ferret. Actuellement, une refonte du plan de prévention des risques de submersion marine (PPRSM) est en cours, qui devrait être finalisée fin 2014. «Il y a plusieurs endroits autour du bassin qui sont en zone submersible et les élus le savent», rappelle le sous-préfet. «Quand les PPRSM seront établis, il y aura toute une stratégie des élus qui va apparaître pour consolider les ouvrages de protection et redéfinir les secteurs à urbaniser», décrypte le sous-préfet. L’enjeu est de taille: de 140.000 habitants à l’année, le Bassin accueille plus de 700.000 vacanciers en haute saison.

 

 

 



[1] Sepanso (pour «sociétés pour l'étude, la protection et l'aménagement de la nature dans le Sud-Ouest»): Fédération régionale des associations de protection de la nature de la région Aquitaine, affiliée à France Nature Environnement (FNE)

 



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