Conformité UE: la volaille française prend un coup sur le bec

Le 18 décembre 2013 par Romain Loury
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Les pratiques des abattoirs très critiquées.
Les pratiques des abattoirs très critiquées.
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Le secteur français de la viande de volaille est encore le lieu de «graves non-conformités au niveau des inspections ante mortem et post mortem» dans les abattoirs, révèle un audit réalisé en juin par l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) de l’Union européenne.

Publié en novembre, le rapport final de cet audit de l’OAV dresse un bilan très sévère du secteur de la volaille, malgré «certaines améliorations» observées depuis le précédent audit, mené en 2008. L’office évoque même «de graves non-conformités», en particulier au niveau des inspections ante mortem et post mortem des animaux.

«Dans les abattoirs visités, l’équipe chargée de l’audit a noté que [ces] inspections étaient effectuées par le personnel de l’ESA [exploitant du secteur alimentaire] et non par un vétérinaire officiel, comme l’exige la législation de l’UE», indique l’OAV. Même constat au niveau des inspections post mortem, jamais supervisées par un vétérinaire officiel.

Tout à fait légales au niveau du droit français, mais «s'écartant toujours considérablement de la législation actuelle de l'Union européenne», ces procédures d’autocontrôle par l’entreprise, soumises à agrément, laissent manifestement à désirer.

Si des tests d’évaluation ont été mis en place par l’Etat afin d’évaluer le personnel de l’entreprise, l’OAV a noté qu’ils n’avaient pas été menés dans un des abattoirs inspectés. Dans un autre, les résultats à ces tests étaient insuffisants, sans que l’abattoir ne corrige le tir, malgré les demandes en ce sens du vétérinaire officiel.

Exemple d’insuffisance du personnel: «Dans deux abattoirs visités, l’équipe chargée de l’audit a noté qu’une inspection post mortem n’avait eu lieu qu’avant l’éviscération et ne comportait pas d’examen des cavités des volailles et des abats qui les accompagnent [comme l’exige la législation européenne]. Les inspections post mortem réalisées dans ces abattoirs ne satisfaisaient pas aux exigences de la législation de l’UE».

Même lacunes en matière de respect du bien-être animal, avec «la présence dans la chaîne d’abattage de nombreuses volailles qui avaient été étourdies, mais présentaient toujours des signes de conscience». Pourtant, rien de tel n’avait été relevé lors des contrôles officiels.

 

Peut mieux faire pour l’hygiène

Si les conditions générales d’hygiène sont «globalement satisfaisantes» dans les abattoirs, l’OAV a observé plusieurs manquements: caisses propres vides entreposées à côté de caisses de volailles vivantes, équipement poussiéreux au-dessus de la viande, matériel sale nettoyé à proximité de matériel propre (dès lors éclaboussé), couteaux insuffisamment nettoyés, etc. Comme pour le bien-être animal, ces éléments étaient passés à l’as lors des contrôles officiels.

Plus inquiétant, l’OAV a relevé du flottement dans la gestion du risque microbiologique: «Dans l’un des abattoirs visités, [l’office] a observé que depuis le début de 2012, les résultats des échantillons de peau du cou étaient systématiquement non conformes et que la présence de Salmonella Indiana a été régulièrement détectée. Malgré sa présence fréquente dans l’établissement, l’autorité compétente n’a pris conscience de ce problème qu’à l’issue de sa dernière inspection en mai 2013».

Face à ces critiques, les autorités compétentes, qu’il s’agisse de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) ou de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), pourront toujours se consoler avec un autre rapport de l’OAV, mené sur les denrées d’origine végétale. Fruit d’un audit réalisé en janvier, il révèle que «tous les objectifs ont été atteints», si ce n’est un «manque d’éléments attestant de la prise de mesures correctives par les opérateurs économiques du secteur alimentaire».

 



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