Conférence environnementale: la Fnsea et FNE au banc d'essai

Le 18 septembre 2013 par Marine Jobert
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Le logo de la conférence environnementale.
Le logo de la conférence environnementale.

C’est l’heure des coups de fil dans les ministères, des déjeuners avec les conseillers, des conférences de presse tonitruantes et des déclarations couperets. Tous les participants à la Conférence environnementale –qui se tient les 20 et 21 septembre prochains à Paris- n’ont plus que quelques heures pour «vendre» leurs idées et forger des alliances. Objectif: être repris dans le discours de François Hollande (au début) ou de Jean-Marc Ayrault (en clôture) ou en lot de consolation lors de la synthèse des débats qui auront lieu lors des 5 tables rondes organisées pendant deux jours. Le Journal de l’environnement a demandé à France Nature Environnement et à la FNSEA leurs attentes et leurs mises en garde pour les négociations qui s’ouvrent dans deux jours.

France Nature Environnement: «Nous ne nous paierons pas de mots»

Le ton est amer, inquiet et peu enclin à l’optimisme à la veille de ce «machin qu’on appelle le dialogue environnemental», soupire Benoît Hartmann, le porte-parole de FNE. Retard de la loi sur la transition énergétique, états généraux du droit de l’environnement dévoyés, tergiversations sur Fessenheim, taxe kilométrique reportée. «Ça devient un mode de gouvernance de tout repousser», regrette Bruno Genty, le président de FNE, qui veut tout de même «rester vigilant et responsable en participant pour ne pas laisser les lobbies vendre leurs propositions».

Qu’y a-t-il dans la besace de FNE? Sur l’économie circulaire (au menu de la première table ronde) la fédération d’associations environnementales propose de «prolonger la durée de vie des produits par un changement de nos modes de production et de consommation». Une logique créatrice d’emplois, qui s’emboîte avec la deuxième table ronde consacrée à l’emploi et à la transition énergétique. Il s’agit d’en faire «une arme contre le chômage, dans tous les secteurs», ainsi que de stimuler les formations spécialisées dans les métiers de la transition écologique. La politique de l’eau (troisième table ronde) préconise d’améliorer la gouvernance des instances de concertation sur l’eau, de muscler le poids des planifications Sdage et Sage[1], d’amplifier la pression fiscale sur les pollutions diffuses et de revoir drastiquement les volumes consacrés à l’irrigation. La table ronde «eau salée» (sur la biodiversité marine) entend parvenir à «mieux concilier la préservation de la biodiversité et le développement des nouvelles activités du milieu marin», améliorer la gouvernance de la haute mer et la connaissance et protection des écosystèmes. Enfin, l’éducation à l’environnement et au développement durable (cinquième table ronde) pourrait accoucher, par exemple, d’un «programme d’éducation à la consommation responsable pour que la consommation alternative ne soit pas réservée aux bobos», explique Bruno Genty.

Dans la boule de cristal de FNE, on devine un nouveau reniement de la fiscalité du diesel, «en préférant s’en remettre au Parlement, en disant que rien n’est arbitré». On s’attend à des annonces sur l’artificialisation des terres, notamment dans le secteur commercial. «Sur l’eau, on a très peur d’être déçus. Tous les signaux sont au rouge écarlate, mais plusieurs décisions ont déjà été prises.»

 

FNSEA: «Une performance environnementale compatible avec la compétitivité de l’économie française»

C’est Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, qui assure la synthèse des vues du syndicat agricole majoritaire. Côté méthode, elle s’étonne de voir la Conférence environnementale «élargir chaque thématique pour finir par être touche à tout» (comme sur les emplois verts), au risque de déborder sur le travail en cours dans d’autres instances. Quant au «choc de simplification» annoncé suite au rapport Boulard-Lambert, l’agricultrice est dubitative. «Notre sentiment, à lecture du bilan de la précédente Conférence environnementale, c'est que plus de 70 actions ont été conduites, qui ont abouti à plus de complexification au lieu de la simplification attendue.» Côté objectifs, un impératif: rendre compatibles performance environnementale et compétitivité économique sans création ou augmentation de la pression fiscale, «sinon il y aura des incompatibilités sociales évidentes». Des exemples? La mise aux normes des élevages porcins pour veiller au bien-être animal (entrée en vigueur le 1er janvier 2013) «va se traduire par une régression de 6 à 8% en volume, dans les trois ans, avec des conséquences dans les abattoirs, et donc l’emploi». Même plainte face aux mises aux normes imposées aux pressings. «Plus de 2.000 centres de pressing vont fermer», regrette Christian Lambert.

 

C’est la thématique de l’eau que la FNSEA classe en pole position des dossiers à défendre. «Nous avons beaucoup d'inquiétudes sur ce dossier, car la note de cadrage qui nous a été adressée [dans le cadre de la préparation de la Conférence environnementale] est à charge sur la question de l’irrigation.» Et de regretter que le rapport concocté par l’ex-député Martin ne soit pas repris. Sur le front de la qualité, «tout ne peut pas se résumer à la création d'une taxe. Nous préférons une politique d'incitation, avec des leviers fiscaux à imaginer». Sur l’emploi, Christiane Lambert prévient: «Il existe des gisements d'emplois, mais il n'y aura pas des milliers d'emplois verts, et qui paient. D’autant que de l’autre côté, il y aura destruction d’emplois à cause des règles environnementales.» Elle demande la création d'un observatoire des emplois verts pour identifier l'existant et orienter les chômeurs. «On a 70.000 emplois non pourvus (abattoir, transport, conditionnement, récolte, etc.)», rappelle la représentante syndicale, qui estime par ailleurs que l’agriculture a, par nature, beaucoup de traits communs avec l’économie circulaire. Par exemple? «Les animaux mangent des plantes, qui poussent sur des sols, qui sont fertilisés. Le pouvoir épurateur des sols, c’est une réalité, la capacité photosynthétique des plantes, c‘est l’utilisation du soleil. Donc l’économie circulaire trouve sa pleine signification dans les dossiers agricoles.» Au plan de l’enseignement, la FNSEA réclame que les entreprises puissent intervenir dans les établissements pour pouvoir décrire les postes disponibles. «Il ne faut pas que le seul angle environnemental soit abordé, cela concerne aussi les questions économiques et sociales», insiste-t-elle. La biodiversité marine redonne l’occasion à Christiane Lambert de souligner la délicate conciliation entre activité économique –le tourisme- et protection de la biodiversité –la présence des requins-, comme à La Réunion. «Nous avons beaucoup de choses à dire sur le sujet», assure-t-elle.

 

 

 

En prévision des conclusions du débat sur la transition énergétique sur lesquelles François Hollande s’exprimera en ouverture de la Conférence environnementale, une vingtaine d’entités regroupées au sein du réseau Action-climat a tenu une conférence de presse intitulée «Transition énergétique, il est temps d’agir!» Rénovation des bâtiments. Bouger et transporter mieux, moins, autrement. Développement volontariste des énergies renouvelables. Infusion de la transition énergétique dans les régions. Autant de chapitres chapeautés par une exigence: un financement équitable, incitatif et sur le long terme. «Ne rien faire coûterait plus cher au final», ont rappelé en chœur ONG, syndicats et industriels des renouvelables.
 

[1] Sdage: schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux,  Sage: schéma d'aménagement et de gestion des eaux.

 

 



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