Compteurs ‘communicants’: un risque faible et beaucoup de questions

Le 15 décembre 2016 par Marine Jobert
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Gazpar : un compteur peu émetteur.
Gazpar : un compteur peu émetteur.
DR

L' Anses publie un rapport et un avis consacrés à l'évaluation de l'exposition de la population aux champs électromagnétiques émis par les compteurs ‘communicants’. Tout en estimant faible la probabilité que ces objets connectés constituent, en l’état de leur déploiement, des risques sanitaires à court ou long terme, l’agence engage l’Etat à poursuivre les recherches sur les émissions de ces technologies qui sont appelées à se multiplier.

C’est un texte que tout opérateur qui envisage de déployer une technologie ‘connectée’ devrait lire en détail. Car l’Anses, dans le rapport et l’avis qu’elle vient de consacrer à l’évaluation de l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs ‘communicants’, analyse la rencontre ratée entre une technologie a priori bonne pour l’environnement et une opinion publique jalouse de sa vie privée et avide d’explications.

Effets sanitaires, première préoccupation

Or, des explications sur Linky (électricité), puis Gazpard (gaz) et sur son homologue pour l’eau, il n’y en a pas eu. Ou très peu. «ll n'existe pratiquement aucune littérature scientifique traitant des effets sanitaires spécifiques de l'exposition aux compteurs communicants», a constaté l’agence. A côté des préoccupations d’ordre économique (surfacturation et analyse coûts/bénéfices défavorable pour le consommateur), technique (sécurité des infrastructures), éthico-juridique (atteinte à la vie privée, propriété et exploitation des données), on assiste à une montée en puissance de l’inquiétude concernant les effets sanitaires de ces technologies.

Les compteurs communicants pour l’eau et le gaz utilisent un émetteur radio de faible puissance, installé sur le compteur du client. Il transmet les données de consommation d’eau à un relais (dit concentrateur) généralement installé sur des points hauts, qui stocke ces données et les retransmet à un centre de gestion des données à l’aide d’une carte SIM, via un réseau d’opérateurs mobiles. Les transmissions ont lieu deux à six fois par jour et en moins d’une seconde. Les mesures de puissance d'émission ont montré que, pour une même distance, le champ électrique maximal émis par les compteurs et les concentrateurs est plus faible que celui d'un téléphone mobile GSM (que l’on tient, lui, près du corps).

Saisie par la direction générale de la santé, l’Anses tente une mission de juge de paix. «Nous ne présentons pas de résultats nouveaux, mais mettons en commun les informations disponibles issues de plusieurs sources», prévient Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques liés aux agents physiques de l’Anses. Cette synthèse, nourrie d’articles de presse, d’entretiens avec des homologues étrangers ayant eu à traiter de la problématique, et de relevés de campagnes de mesures- se veut rassurante. L’agence conclut à «une faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants radioélectriques (gaz et eau) et les autres (électricité), dans la configuration de déploiement actuelle, engendre des effets sanitaires à court ou long terme».

Dans les objets du quotidien

Fermez le ban? Pas tout à fait… Il reste des zones d’ombre à explorer, estime l’agence. Car nos maisons sont truffées d’appareils qui nous exposent au moins autant que le compteur d’Enerdis, que ce soit en champ électrique ou magnétique. «Les écrans de télévision, certains chargeurs d’appareils ou les lampes basse consommation produisent des champs électromagnétiques aux mêmes fréquences que Linky, a constaté Olivier Merckel. Or il existe peu, voire pas d’études spécifiques sur les éventuels effets sanitaires de ces appareils. Cela vaudrait le coup de regarder.»

PHOTO 1 et 2

Mesures avant et après la pose

Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) a mené dans des logements une campagne de mesures avant/après pose du compteur Linky –qui sera rendue publique prochainement-, afin de caractériser tous les signaux présents sur le réseau électrique. «Dès qu’on allume l’interrupteur ou une lampe fluorocompacte, cela produit des ‘parasites’ sur le réseau, qui émettent des champs électromagnétiques assez proches des émissions de Linky», explique Olivier Merckel. Pour l’heure, il n’existe aucune donnée suggérant que l’exposition à ces courants transitoires à haute fréquence puisse affecter la santé à ces niveaux d’exposition, précise toutefois l’agence.

Les compteurs pour l’électricité, eux, utilisent la technologie du courant porteur en ligne (CPL) -couramment utilisée pour assurer une liaison internet en un lieu éloigné de la box ADSL, via le réseau électrique du domicile- pour transmettre des informations par le biais des câbles électriques. Une technologie déjà employée par les anciens compteurs pour la gestion des horaires heures creuses/heures pleines. Les valeurs maximales de champ électrique mesurées, selon plusieurs protocoles, sont de 22 à 200 fois moins importantes que la valeur-limite d'exposition réglementaire de 87 volts par minute (V/m). Pour la collecte des index de consommation, Linky est sollicité une fois par jour entre minuit et 6 heures du matin et pendant moins d’une minute. Mais il est également sollicité plusieurs fois par jour pour vérifier son bon fonctionnement ou pour d’autres tâches (mise à jour, transmission d’index d’autres compteurs, etc.).

La question du cumul des expositions est également soulignée. «Les compteurs ‘communicants’ ne sont qu’une petite partie de l’ensemble des objets connectés», prévient Olivier Merckel. Car si un seul objet communicant induit une exposition très faible vis-à-vis des valeurs-limites réglementaires, «du fait de leur multiplication prévisible, il paraît important de continuer à quantifier l'exposition due à toutes les sources, dans un contexte de maîtrise de l'environnement électromagnétique». L’agence recommande notamment que soient évalués les niveaux d'exposition là où «seraient implantés une multitude de compteurs et autres objets communicants», ce qui sera bientôt courant dans l’habitat collectif. Des questions de recherche «plus complexes que ce qu’on connaissait jusqu’à présent», reconnait le chef de l’unité d’évaluation des risques liés aux agents physiques. D’autant qu’aujourd’hui, il n’existe pas de protocoles normalisés –dont la définition incombe notamment aux industriels via les comités type Afnor ou Iso- pour mesurer ces multi-expositions.

Electrosmog insupportable

Priartem et l’association des électrosensibles de France –dont la mobilisation a été décisive pour obtenir cette saisine de l’Anses- soutiennent les recommandations de l’agence quant aux axes de recherche à développer et à la nécessité d’un suivi précis des expositions. Mais les deux associations estiment que «plus que jamais, il faut protéger les populations [par un moratoire sur le déploiement des compteurs ‘communicants’] de cette exposition chronique dont on ne connaît absolument pas les effets, ni avant, ni après la lecture du rapport». Car, pointe Sophie Pelletier, porte-parole des Electrosensibles de France, quand l’agence qualifie de «faibles» les niveaux d’exposition, «par rapport à quoi se base-t-elle?» Les valeurs fournies par EDF -1,5 volt par minute (V/m) dans la pièce- «sont insupportables pour les personnes électrosensibles, et des effets à long terme sur la population, notamment les enfants, sont déjà suspectés à de tels niveaux».

 



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