Commission européenne: vers une expertise scientifique plus collégiale?

Le 17 novembre 2014 par Romain Loury
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Anne Glover quitte Bruxelles
Anne Glover quitte Bruxelles
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Objet de nombreuses critiques, le poste de conseiller scientifique principal auprès du président de la Commission européenne pourrait ne pas être renouvelé, après que la Britannique Anne Glover vient d’en être mise en congé. Un espoir pour les associations, qui espèrent plus de collégialité dans l’expertise scientifique.

C’est Anne Glover elle-même qui l’a annoncé jeudi dans un Email envoyé à Paul Nurse, président de la Royal Society. Selon ce message publié par le Guardian, ce poste, qui vient d’arriver à échéance en octobre, devrait être supprimé avec la disparition du Bureau des conseillers de politique européenne (BEPA). Il ne devrait pas apparaître dans le futur Centre de stratégie politique européenne (EPSC) qui lui succèdera, ajoute-t-elle.

Rien n’est pourtant certain: Jean-Claude Juncker, nouveau président de la Commission européenne, n’a fait aucune annonce à ce sujet, rappelle au JDLE Martin Pigeon de l’association Corporate European Observatory (CEO). Selon lui, Anne Glover pourrait avoir fait cette annonce afin de «forcer Jean-Claude Juncker à plus de lisibilité sur ce sujet».

Les associations ne se plaignent pas trop de l’éventuelle suppression de ce poste. Très favorable aux OGM, ayant joué un rôle que certains jugent trouble dans le dossier des perturbateurs endocriniens, Anne Glover était l’une de leurs bêtes noires.

Mais au-delà de la personne, c’est le bien-fondé d’un tel poste, réduit à une seule personne et doté d’un mandat aussi important, qui suscitait des critiques. Plusieurs associations, dont Greenpeace, les Amis de la Terre et Générations Futures, s’en étaient d’ailleurs plaintes dans des courriers envoyés cet été à Jean-Claude Juncker.

Un «court-circuit» pour les lobbies

Pour Martin Pigeon, ce poste un «court-circuit parfait» pour les lobbyistes, qui «entre en concurrence avec toutes les autres institutions scientifiques de l’UE». D’autant que les avis d’Anne Glover au président de la Commission étaient confidentiels. Pour Christophe Morvan, de la Fondation Sciences Citoyennes, l’existence de ce poste allait à l’encontre de «la collégialité de l’expertise scientifique et de l’expression des opinions minoritaires».

Outre Manche, la communauté scientifique se montre en revanche très critique quant à la suppression probable de ce poste. Le Guardian y voit même «une diminution sévère du rôle de l’expertise scientifique à la tête de la Commission». Pour le Telegraph, Anne Glover paie pour ses opinions pro-OGM, dossier sur lequel Jean-Claude Juncker serait bien moins zélé que son prédécesseur José Manuel Barroso.

Toujours selon le Telegraph, c’est d’ailleurs la France, meneur européen des pays anti-OGM, qui aurait eu la tête d’Anne Glover. Contactés lundi matin, ni le ministère des affaires étrangères (en charge des affaires européennes), ni celui de la recherche n’ont répondu aux sollicitations du JDLE.

Espérant tourner définitivement la page du conseiller spécial, l’association CEO publiera cette semaine des recommandations pour la mise en place d’une réelle expertise scientifique européenne. Interrogé sur la présidence Juncker, Martin Pigeon ne se dit «pas très optimiste: ses priorités iront avant tout à l’emploi et à la croissance, pas à la santé et à l’environnement».



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