Comment The Shift Project veut décarboner l’aviation

Le 27 mai 2020 par Victor Miget
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Air France s'est engagée à réduire de 50 % ses émissions de CO2 sur les vols domestiques d’ici 2024.
Air France s'est engagée à réduire de 50 % ses émissions de CO2 sur les vols domestiques d’ici 2024.

Le think tank créé par Jean-Marc Jancovici propose des contreparties environnementales à l’aide publique que va recevoir le secteur aérien tricolore. De quoi alléger de 5% par an son empreinte climatique.

 

L’Etat a retrouvé son rôle de planificateur. La pandémie de Covid-19 cloue les avions au sol. Ce qui incitent les pouvoirs publics à monnayer un soutien public aux transporteurs contre une réforme, qualifiée d’environnementale, du réseau aérien court courrier. Certes, la disparition annoncée d’une demi douzaine de liaisons réduira un peu le bilan carbone du transport aérien tricolore. «Mais, cela restera très loin de la baisse de 5% par an des émissions qu’il faudrait réaliser pour être en phase avec l’accord de Paris», rappelle Jean-Marc Jnacovici.  

Inciter

Ce mercredi 27 mai, son think tank a présenté ses «propositions de contreparties à l’aide publique au secteur aéronautique et à l’aviation». Objectif: réduire de 20% en 5 ans les émissions de gaz à effet de serre (GES) du trafic aérien opéré sur le territoire français. Et ce, afin d’être «fidèle aux engagements du pays en matière de climat.»

Concernant le seul accord de 7 milliards d’euros passé entre Air France-KLM et l’Etat, le ministre de l’économie, Bruno Lemaire a rappelé, lundi sur BFMTV, que ledit accord serait conditionné de contreparties environnementales. Qu’à cela ne tienne, la compagnie tricolore, a annoncé qu’elle réduirait de 40 % l’offre sur son réseau domestique. «Avec la fermeture de destinations, lorsqu'il y a une alternative ferroviaire à moins de 2h30 et lorsque ce service n'alimente pas le hub de Roissy-Charles-De-Gaulle», a expliqué son PDG Benjamin Smith. Elisabeth Borne avait rappelé un autre engagement de la compagnie, celui de réduire de 50% ses émissions de CO2 sur les vols domestiques d’ici 2024. Une vague annonce qui n’est qu’un engagement volontaire de la part de la compagnie. D’autant qu’il n’est question que d’Air France. Quid des autres avionneurs ?

Réduire

Ce que préconise la boîte à idées est légèrement plus audacieux. Première contrepartie : accélérer la décarbonation des opérations au sol. Et ce en assurant la majorité des roulages par des tracteurs électriques. Autre idée : supprimer l’usage des APU, ces turbines logées dans la queue des avions qui leur fournisse l’électricité et la climatisation lorsqu’ils sont à poste.  Gains CO2 potentiel: 0,7 MtCO2 en 5 ans. Autre piste, remplacer les turboréacteurs de petite capacité par des appareils à hélices, réputés un tiers plus sobres en carburant. Ce qui laisse augurer une économie d’émission de 100.000 tonnes de CO2. L’Etat devrait inciter les compagnies aériennes à limiter le fuel tankering. Cette pratique consiste à emporter un surplus de carburant depuis un aéroport ou le kérosène est moins cher. Problème, la masse supplémentaire embarquée induit une surconsommation. Gain espéré: là encore 100.000 tonnes de CO2 d’ici à 2025. En réduisant le nombre de kilomètres parcourus et la congestion au dessus des aéroports, l’optimisation des trajectoires de vols permettrait d’économiser 200.000 tonnes de CO2 en 5 ans.

The Shift Project invite l’Etat à envisager la fermeture d’ici fin 2022 des liaisons aériennes domestiques, « là où l’alternative ferroviaire est satisfaisante (voyage inférieur à 4h30 à une fréquence suffisante), quelle que soit la compagnie aérienne ». Et non plus, 2h30. Ce qui soulagerait notre atmosphère de 0,9 MtCO2. Les chercheurs suggèrent aussi d’interdire l’aviation d’affaire (Dassault Aviation n’appréciera pas), à titre privé, et de supprimer les voyages cadeaux octroyés par les  programmes de fidélité. Pour une économie de 0,8 MtCO2 .

réinventer

Sans surprise, le plus gros de l’effort sera produit par un renouvellement accéléré des flottes d’avion. Bien sûr, les Airbus et autres Boeing de dernière génération sont réputés engloutir 15 à 20% de carburéacteur de moins que leurs prédécesseurs. Mais les experts proches de Jean-Marc Jancovici soulignent qu’ils peuvent être aménagés différemment. «En supprimant les premières classes et Business, on accroît sensiblement le nombre de passagers transporté», souligne Romain Grandjean l’un des auteurs de l’étude. A trafic constant, l’arrivée d’avions neufs et débarrassés de leurs fioritures éviterait l’émission de 2,7 MtCO2, toujours en 5 ans.

Une autre façon de transformer le transport aérien. Aujourd’hui, cette activité repose sur la croissance rapide du trafic, qui risque de décroitre suite à la crise de la covid-19. Demain, l’optimisation de la performance énergétique des appareils pourrait le facteur discriminant. D’où l’importance de mettre ne place des politiques incitatives, et d’imaginer un programme, «avec la garantie de l’Etat», visant à développer au maximum l’efficacité énergétique des aéronefs.