Comment sauver le grand hamster d’Alsace ?

Le 10 juin 2011 par Célia Fontaine
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La Cour de justice de l’Union européenne a condamné la France dans un arrêt du 9 juin 2011 pour manquement aux obligations qui lui incombent en matière de conservation du grand hamster d’Alsace.
 
Cricetus cricetus, de son nom latin, n’a pas bénéficié de mesures suffisantes permettant d’éviter la détérioration ou la destruction de son habitat. Il risque donc de disparaître définitivement d’Alsace.
 
Pourtant protégé par la convention de Berne (1990) dans 32 pays dont la France, il fait également partie des «espèces animales et végétales d’intérêt communautaire qui nécessitent une protection stricte» dans le cadre de la directive Habitats de 1992, mise en application en France par instruction aux préfets le 21 janvier 1993. Enfin, il est également protégé en France par un arrêté ministériel sur les mammifères (de 1981 et plusieurs fois modifié depuis), au même titre que le loup, le lynx et l’ours (dans le JDLE).
 
L’Etat a parallèlement mis en place un plan national d’action en faveur du hamster pour la période 2007-2011. Dans un communiqué du 9 juin, le ministère en charge de l’écologie réaffirme que le plan d’engagement de restauration de l’espèce «commence à porter ses fruits».
 
«Ainsi en janvier 2011, et grâce à la mobilisation des agriculteurs, 825 hectares situés dans les zones d’actions prioritaires mais aussi sur l’ensemble des sites abritant un terrier, font l’objet d’un contrat agro-environnemental», poursuit le communiqué. Pour rappel, ces contrats visent à diversifier les cultures pratiquées, ce qui devrait permettre à l’espèce de mieux se nourrir.
D’autre part, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) conduit depuis 2008 des opérations de renforcement de population. 407 animaux ont été réintroduits. «Les comptages de printemps ont montré les résultats positifs de cette politique de protection et de restauration du grand hamster d’Alsace avec un nombre de terriers qui est remonté de 346 en 2009 à 460 en 2011», se réjouit le ministère.
 
Le comité de pilotage du plan national d’action en faveur du grand hamster se réunira le 9 juillet 2011 en vue d’un nouveau plan d’action.
 
Pour Alsace Nature et France Nature Environnement, la France doit réellement changer ses pratiques. «La France s’est entêtée à poursuivre une stratégie en trois actes: relâcher des hamsters élevés en captivité, autoriser des aménagements et des routes qui détruisent ses habitats et poursuivre l‘industrialisation des milieux agricoles, tout en disposant de-ci de-là quelques mesures agri-environnementales, cela ne peut pas fonctionner!», explique Maurice Wintz, président d’Alsace Nature. De nombreux projets ou aménagements ont en effet été réalisés sur l’habitat naturel des hamsters, comme le TGV Est, un complexe cinématographique, des zones pavillonnaires… Sans compter le grand contournement Ouest de Strasbourg à venir.
Il faut donc rechercher d’autres solutions, sans céder à la pression des aménageurs. «Il faut absolument penser l’urbanisation en amont différemment, on ne peut plus faire comme on a fait pendant 50 ans, avec des lotissements à l’ancienne, des zones d’activités éloignées des habitations, l’étalement urbain insoutenable», nous explique Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature. Par exemple, au lieu de construire des parkings sur un seul niveau, il faut penser plusieurs niveaux.
 
D’autres propositions ont été émises par les associations de protection de la nature en mars 2010.
«Il convient de mobiliser des scientifiques et un comité de suivi permettant d’engager une étude aboutissant à des données pragmatiques sur les distances maximales franchissables par le grand hamster, les aménagements les plus propices à sa dispersion… Dans l’intervalle, les projets susceptibles de porter atteinte à la population par rupture de la continuité doivent être gelés.»
 
Les associations de protection de la nature insistent sur la nécessité de prise en compte de l’espèce dans l’intégralité de l’aire historique et demandent la mise en œuvre, sur une surface de 30.000 ha, de zones noyaux de population connectées entre elles par des corridors écologiques. Il faudrait trouver dans la plaine alsacienne les 240.000 ha de zones noyaux et de corridors qui permettraient de sauver l’espèce.
 
Par ailleurs, elles réaffirment la nécessité d’une co-construction de ce schéma avec les représentants de la société civile.


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