Comment nourrir 9 milliards d’humains en 2050 ?

Le 11 mars 2011 par Geneviève De Lacour
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23 membres de l’Académie des sciences, de l’Académie d’agriculture de France et de l’Académie des sciences morales et politiques se sont réunis pendant plusieurs mois autour de la sécurité alimentaire de la planète. Ghislain de Marsily et Henri Leridon, qui ont dirigé ce groupe d’experts, ont présenté leurs recommandations le 11 mars à l’Institut. Des recommandations qui s’adressent aux pouvoirs publics mais également à la société civile : «Nourrir convenablement 7 milliards d’hommes aujourd’hui et 9 milliards en 2050 reste possible».

 

« Nous aurions dû anticiper les crises alimentaires, les émeutes de la faim, comme celles de 2007-2008», affirme Michel Griffon, directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche et conseiller pour le développement durable au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. « Nous aurions dû être alertés par le fait que la courbe des rendements plafonnait. Il existe actuellement un problème de non-coordination des acteurs, de non-prévision des tendances, une certaine inorganisation au niveau des organisations mondiales en charge des questions alimentaires», rajoute le spécialiste des politiques agricoles.

 

Pour cette raison, les Académiciens préconisent la mise en place d’un Observatoire prospectif des situations et marchés alimentaires ayant pour mission de surveiller, de façon indépendante, les signaux faibles, les risques de tension sur les marchés. Cet organisme scientifique international permettra de suivre l’évolution des prix de la production agricole mondiale, d’anticiper les crises éventuelles et de suggérer des solutions. « Le problème de la FAO tient dans son manque d’impartialité et de réactivité en cas de crise. L’agence de l’ONU n’est pas armée pour réagir vite», complète Michel Griffon.

 

Dans ce document synthétique, les scientifiques français dressent un bilan démographique, alimentaire et environnemental de la planète. Si 50% de la population mondiale vivent en ville actuellement, ce taux devrait passer à 70% d’ici 2050, ce qui risque de poser de graves problèmes d’assainissement et de ressources en eau. La population devrait être concentrée sur la bande côtière ce qui accroit les risques en cas de catastrophe naturelle (inondation, tsunami, remontée du niveau de la mer).  

 

S’appuyant sur le travail du Giec [1], les scientifiques affirment que les accidents climatiques (sécheresses, inondations, canicules) devraient être plus nombreux, et la fréquence des événements s’amplifier. Aujourd’hui, les stocks alimentaires mondiaux sont estimés à trois mois. « Nous vivons avec un cycle court, comme en flux tendu. En cas de crise, nous ne disposons pas de réserve alimentaire. Pourtant, nous pensons que de petites réserves constituées au niveau régional et même familial permettraient de mieux surmonter ces épisodes de crise», estime Ghislain de Marsily.

Aujourd’hui, 1 milliard d’humains sont sous-alimentés. Un effort concernant la nutrition devra être réalisé. La lutte contre le gaspillage est une recommandation forte. « Les pays occidentaux gaspillent 30% de la nourriture produite et c’est scandaleux!», s’emporte le géologue Ghislain de Marsily. Beaucoup de régions sont en déficit alimentaire, comme l’Afrique du Nord ou l’Asie. Les experts recommandent donc que la part de consommation d’origine animale diminue nettement dans les pays développés et augmente dans les pays sous-développés, carencés en protéines. Ils souhaitent également renforcer la réglementation de l’industrie agroalimentaire et de la restauration collective. De là à inciter la société à passer à un régime végétarien, les scientifiques, sur le ton de plaisanterie se disent prêts à l’envisager.

 

Autre recommandation, le groupe d’experts souhaite limiter les effets de la spéculation sur les marchés agricoles par une meilleure régulation à terme des matières premières, sans en entraver toutefois le fonctionnement. Ces marchés doivent rester libres puisqu’ils jouent un rôle économique essentiel, tant pour les producteurs que pour les consommateurs. Taxés par certains détracteurs de «libéraux fous», les experts rétorquent qu’ils souhaitent également protéger les économies locales fragiles et les petites exploitations, comme en Afrique où les capacités de rendement sont beaucoup plus faibles. Sur ce continent, ils préconisent le développement du marché des engrais: «Il faut accroître les rendements et améliorer les semences pour les rendre plus résistantes au stress hydrique», affirme Michel Griffon.

 

« Même si nous souhaitons recourir de manière intensive à l’écologie scientifique, nous ne sommes pas contre les OGM. Cette technique, parmi d’autres disponibles, permet d’améliorer les semences. Comment nourrir tout ce monde sans l’aide de biotechnologies?». Les experts du groupe se posent la question. Ils recommandent une agriculture écologiquement intensive. « On ne peut pas nourrir 9 millions de personnes en utilisant des méthodes moyenâgeuses», lance le démographe Henri Leridon.  

 

Le contrôle, voire l’arrêt de la fabrication d’agrocarburants de première génération à partir de céréales ou d’oléagineux, vu leur faible rendement énergétique, fait partie des recommandations. Ces carburants entrent en concurrence directe avec l’alimentation. En revanche, les scientifiques ne sont pas contre le maintien de la recherche sur les produits de deuxième ou troisième génération.

Le rapport mentionne que l’alimentation mondiale est souvent carencée en fer, zinc et vitamine A. Les auteurs aimeraient donc maintenir les niveaux importants de production européenne, mais en les réorientant vers des productions de meilleure qualité nutritionnelle, favorables à la santé et écologiquement acceptables.

« La question alimentaire mondiale est d’une horrible complexité et ne se réduit pas à gérer les trois facteurs que sont la ressource en eau, les engrais et la sélection des semences. Cette vision simpliste longtemps défendue par la FAO doit être réformée», conclut Michel Griffon.



[1] Giec: groupe intergouvernemental d’experts sur le climat



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