Comment les pétroliers préparent la COP 21

Le 16 octobre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Aucune compagnie ne s'engage à décarboner massivement ses activités.
Aucune compagnie ne s'engage à décarboner massivement ses activités.

Dix compagnies s’engagent à réduire leur empreinte carbone. Des promesses plus motivées par le business que par l’urgence climatique.

Les compagnies pétrolières avaient prévenu: on allait voir ce que l’on allait voir. Et l’on a vu. Réunis à Paris ce vendredi 16 octobre, les 10 membres de l’Oil and Gas Climate Initiative (OGCI)[1] ont présenté leurs engagements climatiques, en amont de la COP 21. Dans leur déclaration commune, les patrons de ces entreprises, dont la production pétrolière est supérieure de moitié à la consommation des Etats-Unis[2], reconnaissent en préambule l’importance de limiter le réchauffement à 2°C. Bons connaisseurs des questions énergétiques et climatiques, ils rappellent toutefois que les engagements actuellement pris par les Etats ne permettent pas d’atteindre cet objectif. Ce que personne ne leur contestera.

INDC, c’est 3°C

Le 1er novembre prochain, Christina Figueres devrait dresser un premier bilan des contributions nationales volontaires (INDC). Selon nos informations, la secrétaire exécutive de la convention sur le changement climatique devrait annoncer que les INDC publiées nous mènent droit à un réchauffement de 3°C d’ici la fin du siècle.

A l’origine d’une part non négligeable du phénomène, les pétrogaziers réduiront-ils leur empreinte carbone et, accessoirement, la nôtre? Oui, à en croire les membres de l’OGCI. Et ça ne sera pas la première fois. Depuis 2005, soulignent-ils, leurs émissions directes de gaz à effet de serre (GES) ont décru de 20%. Elles restent toutefois considérables: 310 millions de tonnes équivalent CO2, pour 8 des 10 compagnies représentées. Rien ou presque au regard des émissions imputables aux produits pétroliers issus de leurs productions: 4,5 milliards de tonnes de CO2 par an, selon nos estimations, autant que l’Union européenne.

Pas d’engagements chiffrés

Prudentes, Total, l’ENI et consorts ne prennent aucun engagement chiffré. Elles certifient, en revanche, vouloir réduire le torchage de routine des gaz associés à la production d’huile[3], diminuer les fuites de méthane des puits et des gazoducs, investir dans les énergies renouvelables, déployer les technologies de captage-stockage géologique de carbone (CSC).

Faut-il y croire? Tout dépend du chapitre considéré. Que les dirigeants de ces grandes entreprises soient convaincus de la nécessité de stabiliser le réchauffement à 2°C est probable. «Car de nombreuses études montrent que les conséquences seront loin d’être négligeables, même avec ce niveau de réchauffement», souligne la climatologue Valérie Masson-Delmotte, invitée à la réunion de l’OGCI. Pour le reste, c’est plus contestable. Le torchage, par exemple, est une promesse régulièrement renouvelée par les grandes compagnies pétrolières depuis une dizaine d’années.

La chasse à la fuite de gaz est, elle, doublement motivée. Garder plus de précieuses molécules dans le gazoduc, c’est l’assurance d’une meilleure rentabilité. C’est aussi la possibilité de diminuer le bilan carbone de l’activité. Du fait de son fort pouvoir de réchauffement global, le gaz naturel affiche un bilan carbone comparable à celui du charbon, à partir d’un certain taux de fuite.

CSC, le rendez-vous manqué

Les investissements dans les énergies renouvelables font désormais partie du business de nombreux énergéticiens. Mais le contexte économique -et les subventions- sont des moteurs bien plus puissants que la lutte contre le changement climatique. C’est aussi le cas du CSC. Certes, les pétroliers, comme Statoil et Total, ont beaucoup investi dans cette technologie. Mais l’incapacité des Européens à la financer a ruiné tout espoir de décarboner rapidement l’industrie lourde et la production d’électricité thermique.

Autre manque : l'adapation. Aucun des 6 pétrogaziers n'anticipe la montée du niveau de la mer, alors que bon nombre de leurs installations (raffineries, trains de liquéfaction, stockages, ports pétroliers) sont situées au bord de l'eau.

Reste à savoir la date de péremption de ces engagements. Dans un courrier adressé, fin juin, à 6 membres de l’OGCI, Christina Figueres les avait encouragés à se fixer des objectifs de décarbonation pour le long terme, sur le modèle des pays du G7. Ce qu’ils se sont toujours bien gardé de faire. La peur de manquer?

 



[1] Eni, Pemex, Aramco, BG, BP, Shell, Repsol, Statoil, Total, Reliance.

[2] Soit une trentaine de millions de barils par jour.

[3] Leurs émissions imputables au torchage ont progressé de 15% entre 2013 et 2014.

 



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