Comment les navires chinois pillent les eaux africaines

Le 11 mai 2015 par Stéphanie Senet
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Le navire chinois Soleil 7 de la CNFC dans le port de Dakar en 2014
Le navire chinois Soleil 7 de la CNFC dans le port de Dakar en 2014
Crédit: Guillaume Bessinet, Greenpeace

Publié le 6 mai, un rapport de Greenpeace Afrique met en évidence les activités frauduleuses des navires chinois dans les eaux d’Afrique de l’Ouest. Ou comment la sous-déclaration du tonnage brut[1] (TB) est devenue une pratique généralisée…



[1] Le tonnage brut est la capacité de pêche d’un navire pour une période de temps déterminée

 

 

L’ONG s’est concentrée sur les eaux du Sénégal, de Guinée et de Guinée-Bissau. Elle a calculé les volumes des cales des chalutiers chinois (tonnages bruts)[1] qui y opèrent et les a comparés aux tonnages de poisson effectivement déclarés auprès des gouvernements[2]. Résultat, ces derniers sont très largement sous-estimés: une infraction au regard des législations des trois pays africains.

Non seulement ces pratiques accroissent la pression sur les ressources halieutiques mais elles privent les communautés de pêcheurs locaux de sources de revenus. En sous-déclarant le tonnage de prises réelles, les armateurs chinois diminuent le montant des redevances de licences, calculées selon les tonnages bruts. De plus, en «réduisant» artificiellement la taille de leurs navires, les propriétaires leur permettent d’accéder à des zones jusque-là réservées aux pêcheurs artisanaux, à proximité du littoral. Or ces régions côtières abritent les zones de reproduction de nombreuses espèces marines et constituent l’essentiel des sources de revenus des communautés locales.

 

Le mauvais exemple de la CNFC

Selon Greenpeace Afrique, la gigantesque China National Fisheries Corporation (CNFC), qui affrète 163 navires opérant dans les eaux de 6 pays d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Guinée-Bissau, Guinée, Sierra Leone et Ghana), a sous-déclaré ses TB aux autorités sénégalaises de 43% par an, en moyenne, entre 2000 et 2014. Le navire Soleil 7 (cf photo), par exemple, a déclaré un tonnage brut de 193 alors que l’ONG a calculé, à partir des données publiques, qu’il devrait s’élever à 303: 36% de différence!

Pour la seule année 2014, cela représente la dissimulation de 1.742 TB, soit l’équivalent des prises de 6 chalutiers industriels. L’ONG a aussi calculé le manque à gagner pour le gouvernement de Dakar: 566.203 euros pour les seules redevances de licences non versées entre 2000 et 2014.

 

Des pratiques généralisées en Afrique de l’Ouest

Ces pratiques ne sont bien sûr pas cantonnées au Sénégal. Elles sont aussi répandues en Guinée et en Guinée-Bissau. Greenpeace Afrique estime que la CNFC sous-dimensionne de moitié le volume des cales de 44 des 59 navires de pêche qu’elle exploite dans ces trois pays.

Cette pêche frauduleuse n’est pas l’apanage de la seule CNFC. De nombreux autres navires battant pavillon chinois ou africain (possédés par des sociétés mixtes) se livreraient à cette flibuste du poisson. Au total, la Chine comptait 462 navires dans les eaux africaines en 2013, dont 109 au Sénégal, en Guinée et en Guinée-Bissau.

 

Des déclarations à vérifier

Bien sûr, les navires chinois ne détiennent pas le monopole de la surpêche en Afrique de l’Ouest. Greenpeace Afrique avait déjà dénoncé, dans de précédents rapports, les mêmes pratiques frauduleuses exercées par les flottes de Russie et de l’Union européenne.

Une chose est sûre: ces dérives montrent la nécessité, pour les gouvernements africains, de réformer leurs politiques de pêche afin qu’elles respectent la conservation des ressources halieutiques. Actuellement, la signature d’accords de pêche entre un Etat et la CNFC ne garantit en rien la limitation des captures annuelles. Greenpeace Afrique demande qu’une enquête approfondie soit menée autour de ces pratiques frauduleuses par le Sénégal, la Guinée, la Guinée-Bissau, mais aussi pas la Chine, et que les déclarations de tonnages bruts soient désormais scrupuleusement vérifiées.

 



[1] La méthode de calcul est prévue par la Convention internationale sur le jaugeage des navires

[2] Il s’agit des tonnages bruts enregistrés auprès des institutions maritimes dont marinetraffic.com et grosstonnage.com

 

 



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