Comment les incendies menacent la politique climatique de la Californie

Le 03 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'incendie Camp Fire a ravagé 62.000 hectares de bois et de forêts.
L'incendie Camp Fire a ravagé 62.000 hectares de bois et de forêts.
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Alors que la saison des incendies s’éternise en Californie, les premiers bilans tombent. Humains, tout d’abord. Camp Fire, le plus gros feu ayant ravagé les Etats-Unis depuis un siècle, a tué 88 personnes, détruit 18.000 constructions diverses (dont 14.000 maisons et 528 commerces) et ravagé 62.000 hectares de bois et de forêts. Selon The New York Times, 200 personnes sont encore portées disparues.

En moins d’un mois, Camp Fire a généré 68 millions de tonnes de gaz carbonique: autant que ce qu’émettent les centrales électriques californiennes en une année, rappelle le département fédéral de l’intérieur. Cet apport supplémentaire de CO2 (équivalant pour cette année à plus de 15% des émissions anthropiques du Golden State) ne devrait plus être accidentel.

130 millions d'arbres morts

Six années consécutives de sécheresse ont tué 130 millions d’arbres dans les forêts de l’Etat, estime la Commission californienne de régulation des services publics. Un combustible facile à allumer et difficile à éteindre. Raison pour laquelle les pompiers californiens viennent de réviser leur stratégie. Hommes et femmes du feu vont revoir les zones à risque à l’aune d’une urbanisation rapide des massifs forestiers. Et inciter plus fortement qu’aujourd’hui les propriétaires à entretenir leurs forêts et à protéger leurs habitations et commerces.

Cette nouvelle source d’émissions de CO2 tombe mal pour le gouverneur sortant. En septembre dernier, Jerry Brown avait fixé à 2045 l’année de la neutralité carbone pour la Californie. Légal, cet objectif contraint les compagnies électriques à ne plus distribuer que de l’électricité d’origine renouvelable à cette échéance. De quoi susciter des milliards de dollars d’investissements pour développer la production éolienne et solaire, adapter les réseaux et multiplier les bornes de recharge de véhicules électriques. Le déploiement de la voiture électrique étant l’autre grand pilier de la stratégie carbone de l’Etat.

60% d’électrons verts

Pour se conformer à la nouvelle législation, Pacific Gas & Electric (PG&E) a conclu pour 57 Md$ (50 Md€) de contrats d’achat d’électricité. Ce qui permet à cette compagnie, qui ne produit que le tiers de son électricité, de distribuer 33% d’électricité verte. En 2030, les électriciens californiens devront distribuer 60% d’électrons verts. PG&E et ses concurrents devront décaisser massivement.

Or des jours sombres s’annoncent pour le groupe dirigé par Geisha Williams. Un court-circuit sur l’une de ses lignes de distribution pourrait être l’une des causes du déclenchement de Camp Fire. Si cette hypothèse était confirmée par l’enquête, PG&E serait immanquablement poursuivie devant les tribunaux. Avec des milliards de dommages et intérêts à la clé. Ce qui réduirait fortement sa capacité à investir. Une capacité déjà diminuée par les rumeurs d’une prochaine mise en faillite. Rumeurs qui ont précipité le titre PG&E dans l’abime.

Depuis le démarrage de l’incendie, le cours de l’action a baissé de moitié sur le Nyse, l’une des bourses new-yorkaises. Si les banques perdaient également confiance dans l’entreprise qui alimente 16% des Californiens en électricité, nul doute que la poursuite de son activité pourrait en être affectée. Et avec elle la transition californienne.



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