Comment les Français voient la transition énergétique

Le 27 mai 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Pierre Radanne: le public accepte les enjeux de la transition énergétique.
Pierre Radanne: le public accepte les enjeux de la transition énergétique.

Plus d’un millier de citoyens ont été conviés à débattre, samedi, des problématiques liées à la transition énergétique. L’occasion pour le gouvernement d’interroger le contribuable-consommateur-citoyen sur sa vision de notre futur énergétique.

Ce fut un studieux week-end.

Ce samedi 25 mai, un bon millier de nos concitoyens ont planché, à la demande du gouvernement, sur la transition énergétique. Coordonnée par des experts du Danish Board of Technology (ONG spécialisée dans l’organisation de consultation publique sur des enjeux sociétaux), cette journée a été l’occasion pour 14 régions, dont 3 ultramarines, d’organiser des rencontres entre citoyens, formés sur le tas, sur des thématiques liées à la transition énergétique.

Objectif: que les tablées définissent, après discussion, une position de principe sur chaque thématique. En fin d’exercice, un panel d’un millier de participants a été sondé. Menée tambour battant, cette «journée citoyenne» est riche d’enseignements.

A commencer par l’enthousiasme que ces nouveaux acteurs ont manifesté pour un débat dont la plupart d’entre eux (72%) ignoraient les tenants et les aboutissants. Désormais élevée au rang de projet de société, la transition énergétique est considérée par 48% des sondés, comme une urgence. «Il y a une acceptation des enjeux par toutes les classes de la population», estime Pierre Radanne consultant et ancien président de l’Ademe.

La réduction de la pollution et la protection de l’environnement est citée par plus d’un tiers des participants (38%) et la lutte contre le changement climatique par près d’un cinquième. C’est aussi, soulignent un tiers des participants, «une occasion de rééquilibrer notre balance commerciale avec moins d’importation et plus de production en propre».

La réduction des importations d’énergie fossile constitue un enjeu prioritaire (31%) en lien avec la nécessité d’anticiper la raréfaction des ressources. «Le public a compris, poursuit Pierre Radanne, que le déficit annuel de notre balance commerciale équivalait à un million d’emplois. Et qu’il ne faut plus que cet argent quitte le pays.»

Chez les «vrais gens», la transition énergétique est moins clivante que dans les médias, où les acteurs nationaux campent sur des positions radicales ou caricaturales. «Les questions techniques ne sont pas centrales», reconnaît Pierre Radanne. Plus étonnant: «Le nucléaire n’est pas un sujet porteur. Il apparaît pour le public comme une technologie du passé qu’il faudra fermer un jour», indique Bruno Rebelle, membre du comité de pilotage du débat. «Il y a, en revanche, de l’empathie pour les énergies renouvelables», renchérit le climatologue Jean Jouzel.

Les citoyens plébiscitent le concept de la transition indispensable, mais sont-ils prêts à quelques sacrifices? Nombre d’entre eux estiment avoir déjà «fait le maximum» et ne pas «pouvoir faire attention» à tous les petits gestes énergivores (extinction des lampes dans une pièce non occupée, régler la température selon les besoins, etc.). Les pro-actifs sont enclins à réviser leurs modes de déplacement, améliorer l’isolation de leur logement et acquérir des équipements plus efficaces.

Ce qui n’exclut pas des petits coups de pouces: financiers (40% des sondés disent ne pas disposer des ressources suffisantes pour améliorer l’efficacité énergétique de leur logement), d’information et de motivation collective (les solutions existent mais elles sont difficiles à mettre en œuvre).

A ce dernier propos, tout le monde devra jouer le jeu. Car, si les participants sont d’accord pour réduire leur demande d’énergie, ils souhaitent aussi que l’Etat, les entreprises, les collectivités fassent de même. Constructeurs automobiles, agriculteurs, industriels de l’agro-alimentaire, grande distribution, BTP sont sommés d’«adapter leur offre pour utiliser l’énergie de manière plus efficace».

Les usagers demandent aussi aux énergéticiens de les aider à baisser leur consommation. Un sujet à ne pas négliger. Car si 12% des sondés considèrent qu’ils sont en situation de précarité énergétique (chiffre proche de la réalité), plus de 42% d’entre eux craignent de s’y retrouver.

Parmi les mesures à prendre rapidement pour engager le pays dans la voie de la transition, les citoyens préconisent le lancement de grands programmes de recherche, la réorientation des investissements vers les énergies renouvelables, l’introduction d’une fiscalité «écologique et incitative», des moyens pour faciliter la baisse des consommations. Par comparaison, moins d’un Français sur dix considèrent indispensable la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires.

Last but not least, mais faut-il le préciser: les organisateurs du débat n’ont plus le droit à l’erreur. «Les politiques ont été clairement interpellés par des citoyens qui veulent que ce débat aboutisse à quelque chose de concret», reconnaît Delphine Batho, ministre de l’écologie. La balle est déjà dans le camp du gouvernement.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus