Comment le public perçoit-il la lutte contre le réchauffement?

Le 25 août 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Marc Poumadère est directeur de programme à l’Institut Symlog.
Marc Poumadère est directeur de programme à l’Institut Symlog.

Spécialiste de l’analyse de la perception des risques, Marc Poumadère vient de publier avec deux collègues, dans Climate Change(*), un article sur la perception par le public des 4 principales armes de l’arsenal anti-réchauffement climatique (nucléaire, éolien, séquestration du carbone et géo-ingénierie). Ce n’est pas rassurant. Entretien.

Des quatre technologies, l’énergie nucléaire est la plus connue. L’opinion du public à son égard a-t-elle évolué depuis Fukushima?
 
Oui, absolument. Depuis Tchernobyl, on avait l’impression que cette source d’énergie sortait de son hiver nucléaire. Cela faisait 25 ans que cette industrie tournait sans accident. Et durant cette période, nombre de pays ont développé des programmes de construction de nouvelles centrales. Après l’accident de Fukushima, on a vu de fortes réactions s’opposer au nucléaire. En Allemagne et en Italie, cette technologie a été abandonnée. Il est possible que les gouvernements français et britannique donnent à leur opinion publique des signes pour répondre à leur inquiétude. En Inde et en Chine, en revanche, rien n’a changé.
 
Une différence d’appréciation entre l’Italie et l’Allemagne?
 
En Italie, c’est le corps électoral, dans le cadre d’un referendum, qui a décidé du renoncement à l’atome. Peut-être en opposition à la politique menée par le gouvernement? En Allemagne, c’est le gouvernement qui a donné l’impulsion. Ce faisant, il impose à l’industrie allemande de devenir l’une des plus performantes du monde en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. Le choix fait par le gouvernement Merkel est doublement stratégique.
 
Quel regard l’opinion porte-t-elle sur le captage-stockage géologique du CO2 (CSC), une technologie?
 
Il n’y a pas un mais deux regards. Au niveau national, le public voit là une technologie peu connue mais intéressante si elle permet de réduire la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère. Localement, en revanche, les choses diffèrent.
 
C’est à dire?
 
Prenons l’exemple de l’expérience de CSC menée par Total près de Pau. Sur le plan technique, tout est parfait. Il s’agit de capter le gaz carbonique produit par une chaudière installée à Lacq pour l’injecter dans un ancien gisement de gaz naturel, situé à une quarantaine de kilomètres de là, mais en partie sous les vignes de Jurançon. Pas étonnant qu’il se manifeste une certaine opposition à cette expérimentation.
 
Pour quelles raisons?
 
Tout simplement, parce que la présentation au public de ce projet a été faite essentiellement par des experts rassemblés par Total. Or, ces derniers n’avaient qu’une envie, bien compréhensible, d’ailleurs: le démarrer au plus tôt. Comme souvent, en France, ils ont mis les riverains devant le fait accompli. Ces parties prenantes n’avaient, dès lors, le choix qu’entre l’acquiescement et l’opposition. Elles n’ont pas participé au processus de décision auquel elles auraient dû être associées bien plus en amont.
 
L’énergie éolienne génère-t-elle les mêmes problèmes que la CSC?
 
Aussi étonnant que cela puisse paraître, oui. Globalement, les gens voient dans l’énergie éolienne une source de production d’énergie propre, inépuisable, presque idéale. Or, les perspectives d’évolution de la demande en énergie montrent toutes que la consommation mondiale ou locale va progresser et qu’il faudrait implanter des éoliennes un peu partout. Localement, les populations sont divisées. Il y a ceux qui soulignent les bénéfices énergétiques et économiques de l’implantation des turbines. Et d’autres, qui disent souffrir des nuisances sonores ou visuelles des aérogénérateurs. Des problèmes que l’on retrouvera aussi avec les éoliennes offshore car il faudra bien tirer des lignes THT entre les champs marins et la terre. Et ceci ne manquera pas de faire resurgir les vieilles craintes portant sur les champs électromagnétiques, par exemple.
 
Comment la géo-ingénierie est-elle considérée?
 
Cette famille de solutions reste encore très mal connue de nos concitoyens. De quoi s’agit-il? Ces technologies permettraient de «refroidir» le climat, en détournant, par exemple, une partie de l’énergie solaire dans l’espace. Ces techniques ont un statut très particulier, pour plusieurs raisons. D’une part, elles n’ont jamais été testées. D’autre part, elles ne semblent pas dénuées d’effets négatifs, dont certains ne sont pas maîtrisables. Si l’on injecte des sulfates dans l’atmosphère pour la rafraichir, personne ne peut affirmer que le climat sera, au niveau régional, refroidi de la même façon partout. Ce qui peut poser d’importants problèmes géopolitiques, par exemple. Plusieurs pays réfléchissent à l’utilisation, en dernier recours, de telles technologies, mais aucun débat public n’est encore organisé. Une prise de position intergouvernementale serait nécessaire pour la mise en œuvre et le contrôle de cette option.
 
Est-il encore temps?
 
Il faudrait accélérer le développement de toutes les options énergétiques permettant de réduire les émissions de CO2 et ne pas négliger le CSC. La géo-ingénierie devrait demeurer une option de la dernière chance. Ce qui est clair, c’est que plus longtemps nous attendrons, moins les conditions de la décision seront démocratiques. Car, la situation climatique ne fait qu’empirer et s'annonce catastrophique.
 
 
(*) Poumadère, M., Bertoldo, R. and Samadi, J. (2011), Public perceptions and governance of controversial technologies to tackle climate change: nuclear power, carbon capture and storage, wind, and geoengineering. Wiley Interdisciplinary Reviews: Climate Change. doi: 10.1002/wcc.134


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