Comment le Parlement européen veut mener l’Europe à la neutralité carbone

Le 17 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En voulant interdire l'huile de palme dans les agrocarburant, le PE peut ouvrir une crise avec la Malaisie.
En voulant interdire l'huile de palme dans les agrocarburant, le PE peut ouvrir une crise avec la Malaisie.

Energies renouvelables, baisse de la demande, neutralité carbone, méthane, lutte contre la précarité énergétique: le Parlement a sensiblement renforcé plusieurs dispositions du paquet Energie Climat 2030.

 

L’adoption du paquet Energie Climat 2030 poursuit son bonhomme de chemin. Ce mercredi 17 janvier, le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, a adopté les rapports législatifs qui devraient façonner la politique Energie Climat communautaire pour les prochaines années. Trois sujets étaient au menu des parlementaires: les révisions des directives sur les énergies renouvelables et sur l'efficacité énergétique et la loi-cadre sur le climat et l’énergie (gouvernance de l'Union de l'énergie).

50 millions de précaires énergétiques
Les députés européens fixent à 35% la part de l’énergie produite à partir de sources renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie de l’Union en 2030. La Commission proposait 27%. Le Parlement exige en outre que son objectif soit contraignant, contrairement à l’exécutif communautaire. «Les objectifs contraignants offrent une sécurité aux investisseurs et réduisent les besoins en matière d’aides financières. En outre, ils définissent clairement le partage des responsabilités, ce qui permet d’appliquer de mesures correctrices en cas de non-conformité», estime José Blanco López (PS, Espagne), le rapporteur du texte. Le rapport propose de faciliter le recours à l’autoproduction, notamment pour les 50 millions de personnes en situation de précarité énergétique. Par exemple, en supprimant les taxes frappant les installations d'autoproduction ou de stockage d'électricité. Attentifs aux forêts, les eurodéputés proposent de favoriser la combustion des déchets et résidus de bois plutôt avant celle des buches issus d'arbres fraichement coupés.

Huile de palme. La nouvelle version de la directive sur les énergies renouvelables prévoit d’interdire en Europe les agrocarburants à base d’huile de palme dès 2020. 60% des importations de ces huiles vers l’UE sont à vocation énergétique, souligne un rapport de Transport & Environment. Cette disposition votée par le parlement de Strasbourg irrite la Malaisie. Dans un communiqué, Mah Siew Keong, ministre malaisien des plantations et des matières premières, estime que l’huile de palme est ainsi exclue des marchés énergétiques européens, contrairement aux autres oléagineux. En conséquence, Kuala Lumpur menace de saisir l’OMC pour lever cette «barrière commerciale inacceptable».

Contrainte toujours. Sous la houlette de Miroslav Poche (PS, République tchèque), les eurodéputés veulent obliger les Etats membres à améliorer de 35% leur efficacité énergétique en 2030. Cette année-là, la consommation communautaire ne devra pas excéder 1.132 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) d’énergie primaire et 849 Mtep d’énergie finale. «Cela signifie qu’il y a lieu de réduire la consommation d’énergie primaire de 34% et la consommation d’énergie finale de 31% dans l’UE par rapport aux niveaux de 2005.»

Mettre fin aux subventions à l'énergie

Porté par les élus écologistes Michèle Rivasi (France) et Claude Turmes (Luxembourg), le rapport sur la gouvernance de l’Union de l’énergie est riche en pierres d’achoppement. Les deux parlementaires proposent que l’Europe atteigne la neutralité carbone d’ici à 2050. Les 28 devront envisager leur politique énergétique (des plans nationaux) à l’aune d’un budget carbone «visant à limiter l’élévation de la température à 1,5°C».

Le texte propose d’interdire «les subventions à l’énergie, en particulier aux énergies fossiles et nucléaires». Petit détail à grande conséquence: le rapport propose de considérer non plus le potentiel de réchauffement global du méthane (le deuxième gaz à effet de serre après le CO2) à 100 ans mais à 20 ans, ce qui correspond plus ou moins à la durée de sa présence dans l’atmosphère.

Traiter le méthane

Ce petit changement comptable donnerait une plus grande responsabilité au principal composant du gaz naturel dans le renforcement de l’effet de serre. Obligeant dès lors les pays de l’UE à agir rapidement pour réduire les émissions anthropiques de méthane.

Le rapport prévoit enfin la création d'une plateforme permanente de dialogue sur le climat et l'énergie avec les citoyens, les autorités locales et tous les acteurs concernés afin de participer à la formulation de stratégies à long terme et de plans nationaux. «Cette transparence sera nécessaire face au lobby des oligopoles de l'énergie», estime Michèle Rivasi.

La nouvelle présidence bulgare souhaitant faire avancer ce dossier au plus vite, le premier trilogue devrait avoir lieu à la fin du mois de février.

 



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