Comment le Nord se défausse de son CO2 superflu

Le 26 avril 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L’impact climatique du commerce international est un sujet qui occupe économistes et climatologues depuis des années. En 2007, une étude du très respecté centre Tyndall pour la recherche sur les changements climatiques affirmait que le quart des émissions chinoises de gaz carbonique était le fait des seules productions destinées à l’exportation. Deux ans plus tard, Steven Davis et Ken Caldeira, de l’université Stanford, estimaient que 23% des émissions anthropiques de CO2 (6,2 milliards de tonnes par an en 2004) étaient imputables au commerce international, en général, et particulièrement aux exportations des pays en développement vers les nations développées.
 
Une équipe du Centre international de recherche sur l’environnement et le climat (Cicero, selon l’acronyme anglais) enfonce le clou. Dans un article, publié le 25 avril dans les annales de l’académie américaine des sciences, les 4 chercheurs norvégiens confirment que l’évolution de la structure des économies (tertiarisation croissante des pays les plus développés et industrialisation des pays émergents et en développement) contribue à alourdir le bilan carbone des régions du monde les moins riches.
Premier indicateur: la comparaison des émissions des pays riches et des pays pauvres. Entre 1990 et 2008, les premiers ont vu leurs émissions de GES stagner quand celles des seconds doublaient. Globalement, les rejets anthropiques de GES ont progressé de 39% durant cette période.
 
Second indicateur: l’évolution du bilan carbone des échanges internationaux. Après avoir étudié les échanges (et leur bilan carbone) de 57 secteurs économiques dans 113 pays, durant les mêmes 18 années, l’équipe de Glen Peters estime que le bilan carbone annuel de la production de produits destinés à l’exportation est passé de 4,3 milliards de tonnes de CO2 en 1990, à 7,8 milliards de tonnes de COen 2008: une croissance de 4,3% par an, soit 0,7% de mieux que la croissance annuelle du PIB mondial durant cette période!
 
Problème: conformément aux règles imposées par la convention de l’ONU sur les changements climatiques, les émissions générées par ces productions sont comptabilisées dans le pays producteur et non dans celui qui consommera lesdits produits. En 1990, les pays du Nord ont ainsi pu se «défausser» de 400 MtCO2. En 2008, l’allègement annuel a atteint 1,6 milliard de tonnes. Dit autrement, les Etats-Unis ont pu externaliser jusqu’à 600 MtCO2 par an en 2008, principalement en délocalisant des productions énergivores en Chine. Le tout sans avoir la moindre politique interne de réduction d’émission.
 
Parallèlement, l’Union européenne, dotée de l’une des plus dures politiques climatiques du monde, «exporte» un milliard de tonnes de CO2 par an, en important des produits et des services réalisés en Chine, au Brésil, en Inde, aux Etats-Unis et dans d’autres pays industrialisés.
Pour essayer de rapprocher les points de vue des pays émergents et des pays riches, lors des négociations climatiques, les auteurs de l’étude appellent la communauté internationale à remplacer le système actuel de comptabilité carbone par un mécanisme incluant les fuites de carbone et les impacts climatiques du commerce international. Le retour de la taxe carbone aux frontières?


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