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Comment le lobby des pesticides se bat pour les néonicotinoïdes

Le 12 avril 2013 par Marine Jobert
L'Union européenne, théâtre de luttes d'influence.
L'Union européenne, théâtre de luttes d'influence.
DR

Les producteurs de pesticides –Syngenta et Bayer en tête- joueraient leur va-tout auprès de la Commission européenne, des Etats et de l’agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) afin de contrer les risques d’interdiction qui pèsent sur les néonicotinoïdes [JDLE], fortement suspectés dans l’effondrement des colonies d’abeilles. Lettres à l’appui, c’est ce que dénonce Corporate Europe Observatory (CEO), qui traque les lobbies dans les instances européennes. L’association a pu consulter des documents envoyés à différents commissaires européens et à l’Efsa par Syngenta, Bayer et l’ECPA[1], afin d’infléchir le processus de régulation comme le cours de l’expertise scientifique. Les courriers sont consultables sur le site de CEO (en anglais) et permettent de mieux saisir comment avancent dans la coulisse les dossiers dans lesquels se mêlent intérêts économiques, scientifiques et sanitaires.

 

La palette des arguments est vaste, qui va de la pression amicale au dénigrement, des menaces de poursuites à la campagne de communication classique. Dans un courrier envoyé en novembre 2012 aux commissaires à l’agriculture et à la recherche, Syngenta tente de décrédibiliser les méthodes scientifiques employées par l’Efsa pour évaluer les trois néonicotinoïdes les plus couramment utilisés. Et de dépeindre un tableau proche de l’apocalypse si ces pesticides venaient à être interdits (des pertes de 17 milliards d’euros en 5 ans, une chute de 40% de la productivité pour le maïs, le blé d’hiver, des betteraves à sucre ou des tournesols, des banqueroutes en pagaille, etc.).

 

Peu de temps après l’interdiction par la France de son produit-phare, Syngenta écrit au commissaire Dalli: «Les interdictions sont faciles à décider, mais dures à lever. Une interdiction du Cruiser OSR et des autres néonicotinoïdes se ferait sans aucune base scientifique crédible et n’aurait absolument aucun impact sur l’amélioration de la santé des abeilles». Au détour de sa missive, Michael Mack -le PSG de Syngenta- mentionne comment, il y a encore deux semaines, il partageait le repas dominical du président américain, du président du Conseil européen et du président français lors de la rencontre du G8 à Camp David. «Nous avons discuté de la contribution du secteur privé, notamment les entreprises de recherche et développement comme les nôtres, à l’égard de la sécurité alimentaire, en particulier en direction de l’Afrique, où nous sommes nous-mêmes engagés à dépenser 500 millions de dollars (382 millions d'euros) sur 10 ans.»

 

La science –soutenue par Copa-Cogeca (un lobby agricole à Bruxelles), l’association européenne des semenciers (qui regroupe les multinationales du secteur) et l’European Crop Protection Association, et financée par Bayer et Syngenta- est appelée à la rescousse, avec une étude publiée sur un site dédié au «traitement des graines par les néonicotinoïdes». L’étude conclut à la contribution socio-économique et environnementale significative de ces insecticides pour l’agriculture européenne et l’économie au sens large.

 

Syngenta ayant pu consulter le communiqué de presse de l’Efsa avant sa publication mi-janvier–et ne le trouvant pas du tout à son goût [JDLE]- l’entreprise tente de le faire réécrire, sous peine de poursuites judiciaires. «Ce communiqué de presse est inexact et contraire aux conclusions de l’Efsa», fait valoir Syngenta au fil de plusieurs courriers de plus en plus «furieux», commente CEO. A tel point que l’entreprise exige de pouvoir consulter les brouillons du communiqué de presse, des correspondances internes et les notes d’une réunion préparatoire qui s’est tenue à l’Efsa. Celle-ci s’exécute. Avant de voir sa directrice directement prise à partie par l’entreprise.

 

Les pressions sur l’Efsa ayant eu peu d’effets, des courriers démontrent que Bayer et Syngenta vont opter pour une opération de dénigrement. «L’Efsa a des connaissances limitées en agriculture», écrivent-ils, comme le rapporte CEO. Et de s’alarmer: si ce type d’évaluation des risques était généralisé, «il deviendrait impossible de maintenir l’enregistrement du moindre pesticide ou d’obtenir l’enregistrement de nouveaux produits». Enfin, les semenciers s’offrent une opération de communication à peu de frais, en proposant de planter des prairies fleuries [JDLE] –accréditant l’idée que c’est le manque de nourriture qui serait à l’origine de l’effondrement des colonies- et en plaidant pour la poursuite des recherches sur les causes de ce déclin massif.

 

Le 26 avril ou le 2 mai prochains, les Etats devraient voter à nouveau sur l’interdiction des trois néonicotinoïdes analysés par l’Efsa. CEO affirme que les Etats sont désormais l'objet de toutes les attentions de la part des marchands de pesticides. «Si les Etats membres ne parviennent pas à atteindre une majorité qualifiée sur la proposition [de limiter pendant 2 ans l’usage du chlothianidine, de l’imidaclopride et du thiamétoxam et des semences enrobées pour les seules cultures non attirantes pour les abeilles], la Commission pourrait l’imposer. Pendant ce temps-là, l’industrie des pesticide fait durement pression sur les Etats membres pour atteindre une majorité qualifiée qui rejetterait la proposition et bloquerait l’interdiction. Les semaines de bataille à venir seront cruciales: les intérêts de l’industrie prévaudront-ils sur la survie des abeilles?», s'interroge CEO.



[1] Le lobby des producteurs de pesticides, qui compte parmi ses membres Bayer, Monsanto, BASF, Dow, DuPont et Syngenta.

 



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