Comment le coronavirus menace la météo

Le 02 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Moins de données et moins de personnels font de moins bonnes prévisions.
Moins de données et moins de personnels font de moins bonnes prévisions.
ESA

Moins d'avions dans l'air, c'est moins de données exploitables par les météorologues. Plus de confincement, c'est moins de météorologues sur le terrain. S'ils se prolongent, ces deux phénomènes pourraient réduire la qualité des prévisions météo, s'inquiète l'OMM.

En livrant les premières images de ciels dénués de toutes pollutions industrielles, les satellites ont été les rares promoteurs de bonnes nouvelles depuis le début de la pandémie. Ils pourraient en être les prochaines victimes.

Satellites d’observation de la terre, stations terrestres de réception et de traitement de leurs données constituent des maillons essentiels du système mondial d’observation de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

manque de maintenance

Or, bien que largement automatisés, ces systèmes ne tiendront pas très longtemps sans intervention humaine, rendue chaque jour un peu plus complexe du fait de la diffusion planétaire du coronavirus. «Si la pandémie dure plus de quelques semaines, l’absence de travaux de réparation, d’entretien et d’approvisionnement ainsi que le manque de redéploiements deviendront de plus en plus préoccupants», s’alarme l’OMM dans un communiqué diffusé le 1er avril.

 

Un service mondial. 66 satellites, 10 000 stations météorologiques, 1 000 stations aérologiques, 7 000 navires, 100 bouées ancrées et 1 000 bouées dérivantes, des centaines de radars météorologiques ainsi que 3 000 avions équipés mesurent tous les jours des paramètres clés relatifs à l’atmosphère, aux terres émergées et à la surface des océans.

Certains maillons de la chaine de surveillance de l’atmosphère sont déjà menacés. Les services météorologiques nationaux ont équipé plus de 3.000 avions commerciaux de capteurs qui, durant leurs vols, collectent de précieuses données pour les météorologues: pression, vents, températures.

En temps normal, ces aéronefs affiliés au programme Amdar transmettent 700.000 données par jour aux  stations météo terrestres. Avec l’arrêt progressif du trafic aérien mondial, ces précieuses informations ne sont plus délivrées qu’au compte-goutte aux services météo. De quoi réduire la qualité des prévisions du temps.


A terre, la situation n’est pas meilleure. De nombreux pays peu informatisés dépendent encore largement des observations «manuelles»: relevés de température, mesure du vent, pluviométrie. Faute de techniciens disponibles, ces relevés sont moins réguliers, notamment dans certains pays d’Amérique latine, d’Afrique australe, du Moyen-Orient et d’Asie orientale. «L’OMM a constaté une diminution significative des observations manuelles de ce type ces deux dernières semaines. La pandémie actuelle pourrait bien jouer un rôle dans cette diminution, mais le rôle éventuel d’autres facteurs n’est pas encore élucidé», indique l’institution onusienne.


«Pour l’heure, ce manque d’observations devrait avoir des répercussions relativement modestes sur la qualité des produits de prévision météorologique. Toutefois, la diminution continue et amplifiée des observations météorologiques provenant d’aéronefs pourrait occasionner une baisse graduelle de la fiabilité des prévisions», estime Lars Peter Riishojgaard, directeur du Bureau du système Terre relevant du département des infrastructures de l’OMM.