Comment le bassin de l’Aude résorbe son déficit de ressources en eau

Le 12 juin 2020 par Stéphanie Senet
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Le plus fort déficit hydrique du bassin Rhône Méditerranée a été enregistré dans l'Aude
Le plus fort déficit hydrique du bassin Rhône Méditerranée a été enregistré dans l'Aude

Alors que le ministère de la transition écologique veut développer massivement les plans de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), le bassin de l’Aude fait figure d’exemple.

C’était l’un des objectifs fixés par les Assises de l’eau pour renforcer la sécurité d’approvisionnement en cas de sécheresse. Soit mettre en place au moins 50 projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) en 2022 et 100 en 2027. La France est encore loin du compte, avec une petite dizaine d’initiatives lancées au niveau national selon l’Inrae[1], malgré une instruction destinée aux préfets en mai 2019. Mais l’idée d’une concertation au niveau local pour répartir équitablement la ressource n’est pas nouvelle. De nombreux plans de gestion des ressources en eau (PRGE) avaient déjà été bouclés, sur ce principe, dans le bassin Rhône Méditerranée Corse (RMC) avant les Assises.

Dynamique à l’échelle du bassin RMC

«Ces projets ont essaimé à partir de 2010. Au total, 57 ont été adoptés dans le bassin, 12 sont en cours et 5 devraient bientôt être engagés», explique Thomas Pelte, en charge de l’adaptation au changement climatique et de la gestion quantitative de l’eau à l’agence RMC, lors d’un colloque organisé par l’association de collectivités Amorce.

Une obligation, des financements

«Surtout, ils ont permis de mettre le territoire en mouvement», poursuit-il. Facteurs importants: l’agence de l’eau a obligé tous les territoires connaissant un déséquilibre en eau à lancer cette démarche, qui ouvrait la porte à un soutien financier de l’agence. Mais les projets ne sont pas restés à l’état de papier. Ils ont déjà permis d’économiser 323 millions de mètres cubes d’eau par an.

De la crise à l’adaptation au changement climatique

«Au début des années 2010, l’objectif principal était de résoudre les déséquilibres territoriaux. Mais aujourd’hui, l’adaptation au changement climatique nous oblige à mettre en œuvre ces solutions de façon plus urgente et plus forte», résume Thomas Pelte. «Une réflexion que nous allons engager lors du renouvellement des plans de gestion, avec intégration d’un volet dédié à la prospective». L’agence de l’eau a déjà financé des actions d’animation, d’économies et de projets de retenues représentant plus de 300 M€ lors du 10ème programme (2013-2018). Environ 260 M€ y sont dédiés dans le programme actuel.

Record de déficit dans l’Aude

C’est dans ce contexte qu’a été lancé, dès 2014, un projet de PGRE dans l’Aude. «Nous connaissions le plus gros déficit de tout le bassin Rhône Méditerranée Corse, soit 37 millions de mètres cubes net à l’étiage», raconte au JDLE Philippe Cluzel, chargé de mission au syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (Smmar) du bassin de l’Aude. Première étape, une instance de concertation a été mise en place autour des plus gros préleveurs (agriculteurs, navigation[2] et usagers), des institutions et des associations. Le préfet coordonnateur de bassin avait mandaté une étude des prélèvements auprès du Smmar, qui a ensuite animé le suivi du plan de gestion.

87 actions proposées par les préleveurs

Pour résorber le déficit, 87 actions précises ont été ciblées. Avec un atout majeur : elles ont toutes été proposées par les acteurs eux-mêmes. Objectif : 33 Mm3 d’économies et 4 Mm3 déstockés des barrages, pour un retour à l’équilibre envisageable à partir de 2021. «On est déjà au milieu du gué, avec 21 Mm3 économisés pour un coût de 28 M€ depuis 2014[3]», observe Philippe Cluzel. Parmi les réalisations les plus notables : la réparation des fuites des prises d’eau du canal de la Robine et la mise sous pression d’un système d’irrigation gravitaire, le regroupement des préleveurs au sein d’une association syndicale autorisée (Asa), ou encore un volume annuel de 10 Mm3 libéré pendant l’été par les barrages dans le cadre de la convention signée avec EDF pour soutenir les rivières du Grand Sud-Ouest. Cette dernière ressource a toutefois un coût, que devrait financer la mise en place d’une contribution pour garantie d’usage prélevée par un groupement d’intérêt public rassemblant les agriculteurs. Le prochain défi pour sauver l’eau de l’Aude.

 



[1] Institut national de la recherche en agriculture, alimentation et environnement

[2] Via Voies navigables de France (VNF)

[3] Une facture qui a bénéficié de soutiens de l’agence de l’eau, de la région Occitanie et du Fonds européen de développement régional (Feder)