Comment la PPE veut changer l’agriculture et les habitudes des Français

Le 11 avril 2018 par Marine Jobert
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Moins de viande, moins de CO2.
Moins de viande, moins de CO2.

Une alimentation moins carnée, des exploitations moins dépendantes des exportations, orientées vers le marché national et productrices de produits à valeur ajoutée et, surtout, d’énergies renouvelables. Voici le portrait-robot de l’agriculture française pour atteindre la neutralité carbone en 2050, selon le scénario avec mesures supplémentaires (AMS) 2018 qui servira à rédiger la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en cours de discussion.

 

Un secteur agricole neutre en carbone dans 35 ans? En langage technocratique, cela implique «une transformation importante». En clair, des fermes productrices d’une alimentation moins carnée, moins dépendantes des exportations, centrées vers le marché national et productrices d’énergie. Comme le secteur agricole[1] est terre incognita pour le système d'échange de quotas d'émissions de l'UE (ETS), il n’existe pas d'objectifs chiffrés contraignant de réduction d'émissions de gaz à effet de serre (GES) fixés dans la loi[2]. Les Etats généraux de l’alimentation y ont consacré un seul atelier, intitulé «Réussir la transition écologique et solidaire de notre agriculture en promouvant une alimentation durable». Mais cela n’empêche pas les conjectures. La preuve:

Est-il possible de diminuer les échanges azotés du sol et les rots des ruminants? Non, tranche le ministère, car «la diminution de la production ne peut pas être considérée comme un levier d'action». Sauf à ce qu’elle «résulte d'une mutation du système agricole accompagnant une demande sociétale, et préservant à la fois sa fonction nourricière, pourvoyeuse de services, et sa capacité à produire de la valeur», tempère le document. Le scénario envisage qu’en 2050, la demande totale en protéines baisse de 7,5 % (-17% d'origine animale, +10% végétale), en tenant compte de l'augmentation de la population. L'élevage bovin laitier évolue largement vers des systèmes plus herbagers et l'élevage bovin viande monte en gamme, quand le cheptel baisse de 30%. Des baisses «[qui] ne s'effectuent pas au détriment de la valeur ajoutée, ce qui permet d'envisager des conséquences sociales bénéfiques».

Moins de viande

Atteindre la neutralité carbone en 2050 dans une agriculture ouverte sur le monde, «dont les règles de fonctionnement prennent encore très peu en considération l’impact sur le climat», reposerait donc surtout sur des évolutions des modèles alimentaires? «C'est essentiellement le comportement alimentaire des ménages qui est en jeu (type de protéines, type d'alimentation, domicile vs hors domicile, tout prêt vs à préparer…), mais aussi leur demande en matériaux bio-sourcés, ainsi que le gaspillage tout au long de la chaîne alimentaire», qui feront la différence. Il faut, pour ce faire, «orienter la demande des consommateurs, en se fondant sur une approche santé-nutrition». La refonte des repères alimentaires, bible des responsables de cantine notamment, est au programme.

Relocaliser production et consommation

La demande venue de l’étranger sera aussi déterminante, comme le démontrait un récent rapport de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) consacré aux perspectives alimentaires mondiales dans les 10 ans à venir. Où se situer, entre ces deux impératifs? Il s’agirait de positionner la Ferme France pour le marché intérieur (la bio grimpe à 44% des surfaces en grande culture en 2050) et sur des produits à haute qualité pour l’export, afin de conserver la valeur ajoutée et l’avantage comparatif de l’agriculture française. Un début de relocalisation des marchés agricoles? Attention à «limiter les effets aux frontières» -traduisez ‘ne pas être accusé de protectionnisme’- «une condition sine qua none pour l’acceptabilité du scénario». Des arbitrages s’imposent, note le document, ce qui n’empêche pas de poursuivre les efforts déjà engagés.

Secteur choyé par les politiques, l’agriculture est l’un des rares secteurs à n’être pas doté d’objectifs chiffrés de réduction de consommation d’énergie ou d’émission de gaz à effet de serre. Pas grave. Les experts gouvernementaux comptent sur les effets d’une politique forestière (à imaginer et à mettre en œuvre) pour développer le puits carbone forestier. En clair, la forêt de 2050 stockerait, chaque année, l’équivalent d’une cinquantaine de millions de tonnes de CO2 d’origine agricole. Ne reste plus qu’à planter les arbres.

Agro-écologie et séquestration du carbone

Notamment en matière d’agro-écologie, avec le développement des légumineuses, l'amélioration de l'efficacité de l'apport de l'azote à la plante, la modification des rations animales pour limiter les émissions de CH4 ou la teneur en azote des effluents, ou encore la couverture des fosses de stockage des effluents. L’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules et des bâtiments est également citée. La séquestration de carbone (développement de l'agroforesterie, des techniques culturales simplifiées de labour, de la couverture des sols par des cultures intermédiaires ou des cultures intercalaires) semble laisser les auteurs plus dubitatifs: «Ces leviers sont plus ou moins partagés ou acceptés, mais le degré de mise en œuvre, la pertinence, la quantification des effets, ou la facilité de mise en œuvre ne sont pas évidents.» Un objectif de 3‰ par an vers 2050 paraît réaliste.

Producteurs d’ENR

Le salut pourrait venir en partie des sols et par la «biomasse aérienne», mais surtout de produits qui, s’ils alourdissent la facture climatique de l’agriculture, allègent celle d’autres secteurs. Il s'agit de la production d'énergie renouvelable (méthanisation des effluents d'élevage, biomasse solide pour l'énergie, biocarburants de deuxième génération), de la production de matériaux bio-sourcés ou de la chimie bio-sourcée. La ferme de demain serait un «système mixte au sein [duquel] les productions énergétiques à base de matière agricole viennent consolider les revenus des productions agroalimentaires».

Délicats biocarburants

Sur le terrain glissant des biocarburants, fort plébiscités dans le scénario Transports, le ton est modéré: «Les biocarburants de première génération (…) peuvent entrer en concurrence avec la fonction nourricière de l'agriculture ou être sources de déforestation.» Et de citer les mesures de durabilité qu’est censé approfondir le projet RED II, en cours de révision à Bruxelles pour la période 2021-2030, et que Paris tente d’alléger pour sauvegarder les intérêts de ses entreprises (multi)nationales. Et ce, en dépit de l’engagement de Nicolas Hulot de «mettre fin à l’importation en France de produits contribuant à la déforestation», contenu dans son plan Climat de septembre 2017. Il est toutefois précisé que pour les élevages, «l'autonomie protéique est à peu près atteinte vers 2035, ce qui a un effet direct sur la déforestation importée».

 

 

 



[1] A l’exception des industries agro-alimentaires les plus énergo-intensives (sucriers, amidonniers, déshydrateurs de luzerne, grosses laiteries, etc.).

[2] A 2050, le résumé pour décideurs de la SNBC évoque un objectif de réduction de moins 50% par rapport à 1990.

 



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