Comment la France peut atteindre le Facteur 4 en 40 ans

Le 04 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra moins investir dans le nucléaire.
Il faudra moins investir dans le nucléaire.

Remis mardi à la ministre de l’écologie, le rapport Perthuis ouvre des pistes réalistes pour diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre.

C’est l’un des rares acquis environnemental du gouvernement Raffarin. Le 19 février 2003, profitant de la tenue à Paris d’une session plénière du Giec, le Premier ministre poitevin annonce qu’il faut «diviser par deux les émissions de GES avant 2050 à l’échelle de la planète.» Pour la France, ajoute-t-il, «cela signifie une division par 4 ou par 5».

 
A son rythme, le législateur suit la voie ouverte par l’exécutif. L’objectif donné par l’ancien président de la région Poitou-Charentes est repris par la loi de programme fixant les orientations de la politique énergétique du 13 juillet 2005 (dite loi Pope).
 
En son article 2, la loi Pope oblige à «diminuer de 3% par an en moyenne les émissions de gaz à effet de serre de la France». Ce que nous nous sommes bien gardé, collectivement, de mettre en pratique. Il n’y a guère qu’entre 2008 et 2009, nous rappelle le dernier inventaire des émissions du Citepa, que nos rejets de CO2, méthane, N2O et autres gaz fluorés ont baissé de plus de 3%: merci la récession économique!
 
Dans la foulée de la loi Pope, le gouvernement commande à Christian de Boissieu un rapport. Dans leur lettre de saisine, les ministres de l’industrie et de l’environnement demande à l’économiste de phosphorer sur les stratégies de décarbonisation de la société française. Dit autrement, il s’agit d’imaginer comment une soixantaine de millions de François peuvent vivre, travailler, se déplacer en n’émettant que 600 kilogrammes de carbone par an.
 
Son équipe accouchera d’une série de scénarios, essentiellement énergétiques (le secteur énergétique est responsable de 73% des émissions de GES françaises, ndlr), qui «encadrent un peu le raisonnement sans étouffer l’imagination, la créativité et le volontarisme».
 
Trois grands enseignements sont tirés de ce brain storming: mettre rapidement en place les politiques et mesures indispensables (cesser de construire des infrastructures fortement émettrices, réduire la consommation énergétique de fossiles, accroître l’efficacité énergétique, économiser l’électricité en pointe, modifier les comportements), investir massivement dans la recherche et le développement (technologies très basses émissions, stockage de l’électricité, usages de l’hydrogène, capture et stockage géologique du carbone) et inciter au déploiement rapide et massif des innovations les plus prometteuses.
 
Cinq ans ont passé et force est de constater que les progrès espérés ne sont pas tous au rendez-vous. Raison pour laquelle la ministre de l’écologie a voulu réactualiser les travaux de 2006. En juin dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet a relancé la réflexion sur la division par 4 de nos émissions de GES, en confiant à Christian de Perthuis la présidence d’un groupe de réflexion pour «identifier les meilleurs scénarios de réduction de gaz à effet de serre pour la France».
 
Comme prévu, l’économiste du carbone a rendu sa copie, le 2 novembre, juste après que le député Cousin ait remis son rapport sur l’évolution du trait de côté [JDLE].
 
Et que dit le rapport «Trajectoires 2020-2050 – Vers une économie décarbonée»?
 
Sans surprise, que malgré la spécificité française (une production d’électricité décarbonée à 80%) «tous les secteurs doivent contribuer aux réductions d’émission pour atteindre le facteur 4 en 2050».
 
Pour ce faire, il faudra donner le plus rapidement possible un prix fort aux émissions de carbone (40 euros par tonne?). Divers possibilités sont évoquées: taxe carbone, élargissement à d’autres secteurs que l’industrie lourde et l’aviation du système d’échange de quotas d’émission, utilisation de larges parts des recettes de la mise aux enchères des quotas carbone à la transition énergétique.
 
Car le coût de cette transition est lourd. Durant les 4 prochaines décennies, il faudra investir 256 milliards d’euros si nous allons doucement vers le facteur 4 (en réduisant de 20% nos émissions en 2020 par rapport à celles de 1990), 324 Md€ si nous allons plus vite (-25% en 2020) et 437 Md€ si nous voulons rapidement décarboner la Nation. Selon le rythme de la course, il faudra consacrer entre 7 et 12% du PIB anticipé en 2050 à la lutte contre le changement climatique. Un sacré devis!
 
Que faire avec une telle manne? Sans surprise, donner d’abord un énorme coup de pouce à la recherche. «Car les technologies actuelles ne permettront pas d’atteindre les objectifs fixés.» Cela passe par plus d’argent, mais aussi par des crédits distribués plus équitablement qu’aujourd’hui entre les différentes disciplines. «Actuellement, rappelle le rapport Perthuis, l’effort de R&D en France est important mais il porte significativement plus sur l’énergie nucléaire que sur les autres sources d’énergie.» Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’atome consomme plus de 50% des crédits consacrés à la R&D en France, contre 17% au Royaume-Uni.
 
L’économiste suggère de faire de la décarbonisation un thème fédérateur de l’industrie, voire de l’économie tricolore: création de clusters et de filières de croissance verte, conception d’un plan export des solutions françaises. Le document préconise aussi la rédaction d’une feuille de route, sur le moyen terme (2030), des progrès qui seront demandés aux entreprises: évolution des normes d’émission de véhicules, abaissement programmé des limites d’émission de gaz à effet de serre de l’industrie lourde et de l’aviation, etc.
 
Importante, cette restructuration de l’économie ne suffira pas à réduire nos émissions. La société devra jouer pleinement son rôle. Les mondes de l’entreprise et de la formation devront, par exemple, déterminer quelles activités seront créatrices (ou tueuses) d’emplois pour adapter en conséquence programmes scolaires et filières de formation.
 
Les politiques devront aussi trouver des mécanismes permettant de financer la création d’emplois. «Un recyclage de la valeur carbone vers la réduction des charges et des dépenses additionnelles de R&D est susceptible de faire apparaître rapidement un solde positif», estime le rapport. Ou comment réinventer la TGPA première formule, créée par une certaine… Dominique Voynet.
 
Les rapporteurs soulignent avec raison que la société ne se retrouvera pas dans un projet de décarbonisation laissant sur le bas-côté les plus démunis. Une part de l’argent du carbone devra donc servir à financer la baisse des cotisations sociales et l’achat par les ménages les plus vulnérables des produits énergétiques vitaux.
 
Passionnant et utile, le rapport de l’équipe présidée par Christian de Perthuis souffre d’un seul défaut: il pourrait rester quelques temps dans les tiroirs de l’hôtel de Roquelaure. En désaccord avec certaines de ses recommandations, le Medef a donné de la voix. Ce qui n’a pas laissé Matignon indifférent. Les intérêts des plus grandes entreprises françaises ne rejoindraient-ils pas ceux de la planète?
 


 



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