Comment l'Europe imagine sa décarbonisation

Le 16 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le gaz sera une énergie de transition majeure.
Le gaz sera une énergie de transition majeure.
Alstom

La Commission européenne a publié le 15 décembre sa feuille de route énergétique. En 25 pages, elle esquisse une stratégie à long terme visant la division par 4 des émissions «énergétiques» des gaz à effet de serre. Avec à la clé quelques surprises…

L’Union européenne est sans doute l’un des rares espaces géopolitiques de la planète à se projeter, publiquement du moins, 40 ans en avant. Message un peu passé à la trappe à Durban, elle est aussi la seule à vouloir «décarboner» son économie. Ce qui, en bon français, signifie qu’à l’horizon 2050, les émissions de gaz à effet de serre issues de la consommation d’énergie (pour produire de l’électricité, se chauffer, se transporter, se climatiser, etc.) pourraient être abaissées de plus de 80% par rapport à leur niveau actuel.
 
Au vu de la profusion d’études prospectives et autres scénarios traitant du sujet, les services de la direction de l’énergie de la Commission ont synthétisé l’ensemble de la littérature (de la plus écologiste à la néo-libérale) pour produire sa propre feuille de route.
 
Celle-ci commence par un avertissement lancé aux gouvernements des 27. Même si la stratégie à 2020 (le paquet Energie-climat) commence à donner ses «premiers fruits», la dynamique qu’elle a initiée —dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, notamment— ne suffira pas à atteindre l’objectif fixé en 2050. Au mieux, nous disent les services du commissaire Günther Ottinger, «elles contribueront à diminuer les émissions d’environ 40% d’ici 2050». La moitié du chemin.
 
Ce que n’ont pas l’air d’avoir compris les 27. «Pour assurer, à terme, la transformation nécessaire du système énergétique, il faut une volonté beaucoup plus ferme et un sens de l’urgence plus aigu», résume Bruxelles.
 
Suivant en cela le discours de l’agence internationale de l’énergie, la Commission estime qu’il faudra utiliser tous les leviers technologiques qui sont d’ores et déjà à notre disposition. «Les infrastructures énergétiques qui alimenteront les foyers, l’industrie et les services en 2050, ainsi que les bâtiments qui seront utilisés, sont conçus et construits aujourd’hui.»
 
Il va donc falloir utiliser toute la panoplie des technologies actuelles ou en cours de maturation. Pas le temps d’attendre d’hypothétiques ruptures technologiques.
 
L’un des premiers traits dominants du secteur énergétique de la mi-XXIe siècle sera l’électrification massive. Pour réduire les émissions des transports, du chauffage et de la climatisation, «l’électricité sera amenée à jouer un rôle bien plus grand qu’aujourd’hui». Sa part dans la demande énergétique finale pourrait flirter avec les 40%, soit deux fois plus qu’en 2011! Mais pour parvenir à diviser par 4 les émissions «énergétiques communautaires», le secteur électrique devra pratiquement ne plus rejeter la moindre tonne de CO2.
 
Cela n’est envisageable qu’en développant très massivement toutes les sources d’énergies renouvelables (SER): éoliennes, solaires, biomasse. Dans tous les scénarios, la part des SER dans la consommation d’énergie finale brute atteint au moins 55%, soit 45 points de mieux qu’actuellement.
 
Cette mutation ne se fera pas d’un seul coup. Une période de mutation nécessitera de développer les capacités de production peu émettrices: typiquement des centrales au gaz (jusqu’à 800 térawattheures par/an, soit une fois et demi la production totale française actuelle), des centrales thermiques dotées de systèmes de captage-stockage de carbone. Sans oublier, bien sûr, des centrales nucléaires.
 
L’importance accordée au gaz implique de changer certaines pratiques. Pour sécuriser l’approvisionnement européen, la direction de l’énergie estime nécessaire de devoir conclure des contrats d’achat à long terme. Une pratique qu’elle avait plutôt tendance à dénoncer... jusqu’à présent. Ce qui impliquera «de gérer la transition en partenariat étroit avec les partenaires de l’UE, en matière d’énergie». Traduction: attention à ne pas se fâcher avec la Norvège, la Russie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan, les pays du Maghreb et du Golfe arabo-persique.
 
La production n’est pas tout. La restructuration annoncée du système électrique implique aussi de révolutionner le transport et la distribution des électrons. Cela passera par le développement de réseaux très informatisés (les fameux smart grids), de très nombreuses interconnexions (+40%).
 
Bruxelles souligne aussi l’importance d’agir sur la demande d’énergie. Par la tarification. «Les dépenses consacrées à l’énergie et aux produits qui y sont liés (notamment les transports) risquent de gagner en importance dans les dépenses des ménages, dont elles pourraient représenter jusqu’à 16% en 2030, avant de redescendre à 15% et quelque en 2050.» Pour mémoire, le concept actuel de précarité énergétique désigne les familles qui consacrent plus de 10% de leur budget à la satisfaction de leurs besoins énergétiques. Bruxelles recommande donc d’étudier d’ores et déjà les mécanismes qui permettront aux Européens les plus vulnérables de payer leurs factures d’électricité, de gaz ou d’agrocarburant.
 
Couplée à la généralisation des logements et des bâtiments tertiaires à énergie positive, la baisse de la consommation, la cherté du kilowattheure devrait réduire massivement la demande. Dans sa feuille de route, la Commission estime que la «demande d’énergie primaire recule de 16 à 20% d’ici 2030 et de 32 à 41% d’ici 2050 par rapport aux pics constatés en 2005-2006».
 
Optimiste, utopique, délirante, la feuille de route de Günther Ottinger? Pas sûr. Elle n’est que la synthèse de ce que nous pouvons (devons) faire, dans un délai raisonnable, avec les moyens (techniques et financiers) du bord. Quoi qu’il en soit, le projet est désormais sur la table. L’objectif du commissaire allemand étant de consulter parties prenantes et gouvernements en 2012 et de fixer des objectifs contraignants dès 2013.


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