Comment l’Allemagne veut sortir du charbon

Le 27 janvier 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La dernière centrale au charbon allemande devrait fermer en 2038.
La dernière centrale au charbon allemande devrait fermer en 2038.
Vattenfall

L'Allemagne pourrait débourser 80 milliards d'euros, en 20 ans, pour mettre fin à son industrie charbonnière.

 

Coïncidence. Quelques heures après que le gouvernement français publiait son projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la commission de réflexion allemande sur la sortie du charbon rendait publiques ses recommandations pour sortir le premier émetteur européen de CO2 du charbon.

Après 7 mois de travail et 20 dernières heures de négociation, la commission «croissance, mutations structurelles et emplois» a rendu son verdict. Dans un document de 336 pages, les 28 sages rappellent que l’Allemagne doit atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050 et réduire de 40% ses émissions d’ici à 2030 (62% pour le secteur de l’électricité). L’atteinte de ces objectifs impose la fermeture des centrales au charbon et au lignite. En 2017, les installations carburant avec ces combustibles ont produit  35% de l’électricité consommée en Allemagne.

un programme en 20 ans

D’un autre côté, la fin du charbon et du lignite doit être étalée dans le temps: pour sécuriser l’approvisionnement en électricité et en chaleur, ne pas détruire d’emplois qualifiés, créer les conditions propices «aux investissements à long terme et la création de nouveaux emplois».

La fin du charbon allemand se fera donc par étape. D’ici à 2022, la commission propose la mise à l’arrêt de centrales consommant les deux combustibles les plus émetteurs de CO2: 5 GW de capacité au lignite et 7,7 GW au charbon. Dans le même temps, plus de 2 GW de capacités en réserve devront passer du charbon au gaz. C’est aussi en 2022 que doivent être arrêtées les derniers réacteurs nucléaires, en fonctionnement outre-Rhin.

L’effort le plus important devra être réalisé durant la prochaine décennie. Les électriciens devront définitivement arrêter 9 GW de capacités au lignite et 8 GW de charbon. Si un tel rythme était maintenu dans le temps, l’Allemagne pourrait réduire de plus de 60% les émissions carbonées de son secteur énergétique entre 1990 et 2030. Dans le pire des cas, les dernières centrales charbonneuses devront être stoppées en 2038. La commission n'exclut pas d'avancer cette date à 2035 «si les conditions le permettent».

Aucune centrale au charbon et au lignite ne devra plus être construite, insistent les commissaires. Les électriciens concernés et les exploitants des mines devront être indemnisés, via le budget de l’Etat fédéral plutôt que par une hausse du prix de l’électricité.

soutien aux régions minières

La Commission consacre plus de 10% de son volumineux rapport à l’accompagnement économique et social des régions minières. Aujourd’hui, 20.000 gueules noires travaillent encore dans les mines. Sans compter les 40.000 sous-traitants. Le rapport ne fixe aucun montant d’aides. Mais la presse allemande laisse entendre qu’il faudra consacrer une quarantaine de milliards d’euros, en 20 ans, pour attirer dans les régions sinistrées des entreprises porteuses de nouvelles technologies: stockage d’électricité, renouvelables, hydrogène. Parallèlement, l'Etat est invité à débourser au moins deux milliards d'euros par an pour empêcher un envol des prix de l'électricité. Le montant total du devis de la sortie du charbon pourrait ainsi atteindre 80 milliards d’euros, selon certaines estimations.

des renouvelables sur les sites miniers

Quelques heures avant la publication du rapport de la commission, le groupe public suédois Vattenfall a indiqué vouloir mettre en service 40 GW de capacités éoliennes et photovoltaïques sur les anciens sites miniers à partir de 2020. Et ce, sans la moindre subvention publique.

C’est maintenant au gouvernement fédéral de décider s’il reprend tout ou partie des nombreuses recommandations du rapport. La décision ne s’annonce pas des plus simple. Ottmar Edenhofer, directeur et économiste en chef du centre de recherche sur le climat de Postdam appelle notamment Berlin à renforcer la tarification des émissions de gaz à effet de serre. En effet, la sortie du charbon allemand du système communautaire d’échange de quotas de gaz à effet de serre (ETS) menace la stabilité du marché du carbone européen.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus