Comment l’acidification des océans monte en puissance

Le 21 décembre 2012 par Stéphanie Senet
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Les coraux font partie des espèces les plus menacées
Les coraux font partie des espèces les plus menacées

Encore peu connue du grand public, l’acidification des océans précipite, elle aussi, notre monde vers la fin d’une ère. Pour décrypter ses mécanismes, ses effets, et les solutions pour la réduire, l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) a réuni plusieurs experts autour d’un colloque, le 18 décembre à Paris.

L’acidification des océans n’est pas une hypothèse, mais un fait prouvé. Selon Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au CNRS, le pH des mers s’est réduit de 8,2 à 8,05 unités entre 1800 et 2000 et risque d’atteindre le niveau record de 7,75 en 2100, selon le scénario pessimiste RCP 8,5 du Giec (1). «L’échelle de pH ne s’étalant que de 0 à 14, une réduction d’un dixième correspond en réalité à une augmentation de 30% de l’acidité», explique l’océanographe. Le pH connaît également des pics selon les régions, en particulier dans l’Atlantique Nord et les océans du Sud, selon la version non définitive du dernier rapport du Giec qui a commencé à fuiter (voir JDLE).

Qu’est-ce qui provoque cette acidification? Les scientifiques sont formels. Les émissions de CO2 sont responsables à 95%. Représentant environ 30 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2011 selon le Giec, elles proviennent essentiellement du changement d’affectation des terres (dont la déforestation) et de la combustion des énergies fossiles. Or 28% de ces émissions se concentrent dans les océans, ce qui représente un apport de 23 millions de tonnes de CO2 chaque jour.

Trois autres sources d’acidification, beaucoup plus marginales, ont été identifiées. «On observe une eutrophisation des eaux dans les régions côtières polluées, de façon localisée, comme en baie de Somme ou dans l’estuaire de la Loire, pour prendre des exemples en France», affirme Jean-Pierre Gattuso. Deuxième constat: on retrouve dans la mer des particules -notamment soufrées- issues des rejets des usines. Enfin, et sans rapport avec l’activité humaine, les remontées temporaires d’eaux profondes accentuent aussi l’acidité des océans. Ce phénomène ne peut donc se résumer aux émissions de CO2. Il faut aussi prendre en compte les rejets de dioxyde d’azote (NO2), de dioxyde de soufre (SO2) et d’ammoniac (NH3) pour un tableau complet.

Quels sont les effets? «Les effets chimiques sont les mieux connus car il suffit de mesurer le pH –même si ce n’est pas toujours facile- pour apprécier le bouleversement de la chimie de l’eau. En revanche, la synthèse des effets biologiques s’avère beaucoup plus ardue», pointe le scientifique, qui rappelle que les premières mesures de l’acidification sont récentes (milieu des années 1980) et que les réactions sont très différentes selon les espèces. Une chose est sûre: la principale conséquence se résume à une calcification réduite des organismes vivants et en particulier des coraux, des huîtres, des moules, et des algues calcaires.

Les pêcheurs de l’Etat de Washington en ont fait les frais dès 2007, observant des taux records de mortalité des huîtres, en raison d’une hausse importante de l’acidité des eaux. Ils ont finalement décidé de protéger les espèces en mesurant le pH de façon permanente. Lorsque l’acidité est trop élevée (surtout en fin d’été, en raison de la remontée d’eaux profondes), les producteurs coupent temporairement leur approvisionnement en eau de mer. L’Etat de Washington les soutient en développant une politique de réduction à la source des polluants au niveau local.

En attendant les nouveaux engagements des Etats en faveur d’une réduction mondiale des émissions de CO2, seule réponse efficace à l’acidification des océans, c’est donc au niveau local que les dégâts peuvent être limités. «Les projets les plus réalisables et les plus efficaces consistent à réduire la pollution dans les régions côtières et à accroître la résistance des écosystèmes en créant des parcs protégés et en réduisant les autres sources de stress des espèces marines», insiste Jean-Pierre Gattuso. Un premier pas.

(1)Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat



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