Comment développer la séquestration géologique du CO2

Le 12 avril 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Malgré son projet de CSC, à Belchatow (ci-contre), la Pologne n'aide pas les promoteurs de cette technologie.
Malgré son projet de CSC, à Belchatow (ci-contre), la Pologne n'aide pas les promoteurs de cette technologie.

Les promoteurs du captage-stockage de gaz carbonique proposent plusieurs solutions pour aider, financièrement, au déploiement de cette technologie. Il n’est pas certain qu’ils soient entendus.

Il n’y a pas si longtemps, le captage-stockage géologique de gaz carbonique (CSC) était présenté comme l’une des solutions les plus prometteuses pour réduire l’empreinte carbone de l’industrie lourde.

Dans son principe, l’idée est simple et séduisante. Juste avant ou juste après la combustion, le gaz carbonique d’une installation industrielle (centrale électrique à flamme, cimenterie, raffinerie) est capté, déshydraté, comprimé, transporté par gazoduc avant d’être injecté dans une structure géologique réputée étanche.

Anciens gisements d’hydrocarbures, aquifères salins sont suffisamment nombreux sous nos pieds pour offrir un peu de répit au climat. En Europe, les capacités de stockage géologique sont évaluées à 1.400 milliards de tonnes de CO2, soit plusieurs siècles d’émission du vieux monde. Dans un rapport publié en 2005, le Giec estime que 9 à 45% des émissions industrielles de gaz carbonique pourraient être évitées, grâce au captage-stockage de dioxyde de carbone.

Ce qui a donné des idées aux industriels. Depuis 1996, Statoil injecte dans le sous-sol de la mer du nord le CO2 indésirable produit par sa plateforme Sleipner B. Le pétrogazier norvégien a réalisé le même type d’installation dans son usine de liquéfaction de gaz de Snovhit, laquelle stocke désormais son dioxyde de carbone superflu dans les couches profondes du sous-sol de la mer de Barents. BP fait de même dans son gisement de gaz d’In-Salah (Algérie), depuis 2004.

D’autres tirent aussi profit de ce fluide sous pression. Le pétrolier EnCana injecte dans ses puits de pétrole de Weyburn (Canada) le CO2 capté dans une usine de gazéification de charbon, située à plusieurs centaines de kilomètres au sud dans le Dakota du nord (Etats-Unis). Ce qui lui permet d’allonger la durée de vie des puits.

Aussi importantes soient-elles (Statoil réinjecte 1 MtCO2 par an à Sleipner), ces opérations restent rares et expérimentales. Et ne jouent, de ce fait, aucun rôle dans la décarbonisation de notre système énergétique. Et il en faudra du temps pour que le CSC se banalise.

Les dispositifs de captage actuels prennent, en effet, beaucoup de place : environ le tiers de la surface d’une centrale thermique. Dans la plupart des cas, la place manque pour équiper un site industriel. De plus, pratiquement aucune centrale ou usine n’a, pour le moment, été conçue pour accueillir un système d’extraction du CO2. Enfin, le CSC présente un surcoût important: jusqu’à un milliard d’euros par centrale.

Il y a quelques années, la Commission européenne espérait en voir fonctionner une douzaine pour 2015 et voir la technologie se déployer à partir de 2020. Ce n’est plus forcément le cas.

Est-ce, pour autant, la fin prématurée du CSC ? Pas sûr. D’ici à la fin de l’année, la banque européenne d’investissement (BEI) va dévoiler les projets de CSC qu’elle soutiendra, grâce au dispositif de la NER 300. Imaginé en 2009, ce dispositif a permis de confier à la BEI 300 millions de quotas d’émission de gaz à effet de serre. En les cédant au meilleur prix, la banque européenne devrait financer jusqu’à 50% des coûts de construction et de fonctionnement d’installations de CSC.

Une quinzaine de projets ont été pré-sélectionnés par la banque, la Commission Européenne n’en retiendra qu’une demi-douzaine, d’ici à la fin de l’année. Voire moins. Mi-2009, le quota européen était remonté vers les 15 euros. «A l’époque, la Commission et les experts de la BEI espéraient retirer jusqu’à 7 milliards de la vente des quotas. Aujourd’hui, la monétisation de ces quotas s’effectue à un un prix oscillant entre 6 et 7 euros, et il faut plutôt tabler sur 2 milliards de recettes», résume un proche du dossier. De quoi financer une paire de projets, guère plus.

Or, sans expérimentation grandeur nature, les industriels n’espèrent pas enregistrer les progrès techniques nécessaires pour abaisser les coûts.

Energivores, les premières installations de captage diminuent sensiblement le rendement énergétique d’une centrale thermique. Imposantes, ces installations représentent un investissement de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros. «Aujourd’hui, les coûts de production d’électricité décarbonée par lea CSC sont inférieurs à ceux de l’éolien off-shore. Ce qui reste encore trop élevé pour les électriciens. Raison pour laquelle, cette technologie doit bénéficier d’une aide au déploiement comme les autres technologies de décarbonisation», préconise Philippe Paelinck chargé de l’environnement chez Alstom Power.

Des soutiens en cette période de vaches maigres budgétaires, est-ce bien raisonnable? Oui, répond, sans hésiter le gouvernement britannique. Londres vient de lancer un second appel à projets pour des centrales thermiques séparant et injectant le CO2 sous la surface. L’administration Cameron promet une aide directe de 1 milliard de livres (1,2 milliard d’euros), mais aussi une réforme du marché de l’électricité. Prévue pour ce printemps, elle devrait permettre aux exploitants de centrales à CSC de bénéficier de tarif de rachat de leur courant décarboné, à l’instar de l’éolien ou du photovoltaïque.

Soutenu par les promoteurs de la technologie, cette idée trouve encore peu d’échos hors d’Albion. «Il est clair que ce n’est pas la priorité des autres nations pour le moment», reconnaît Philippe Paelinck. Raison pour laquelle le Royaume-Uni, les industriels et quelques associations (comme la norvégienne Bellona) militent pour d’autres solutions de soutien.

La plus évidente, comme l’a récemment suggéré Edward Davey, ministre britannique de l’énergie et du climat, est que l’Europe s’engage à réduire d’un tiers ses émissions d’ici à 2020. Ce qui renchérirait, presque mécaniquement, le prix du quota d’émission de GES, rendant de facto plus accessibles les technologies de décarbonisation. Hélas, certains pays de l’Union, comme la Pologne (qui a pourtant un projet avancé de CSC sur une centrale au lignite) rejettent toute évolution du paquet énergie climat de 2008.

Reste l’ONU. Depuis deux ans, les diplomates et experts tentent de rendre le CSC éligible au mécanisme de développement propre (MDP), l’un des mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto. Malgré des progrès importants enregistrés à Durban, ils se heurtent, encore, aux conditions exigées par leurs collègues brésiliens. Lesquels préfèrent, de beaucoup, lutter contre le changement climatique en faisant financer la lutte contre la déforestation de la forêt amazonienne par les pays les plus industrialisés. Chacun voit sa priorité à sa porte.

 



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