Comment atteindre l’«Objectif 2°C»

Le 26 avril 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour la directrice exécutive de l'AIE, le temps presse
Pour la directrice exécutive de l'AIE, le temps presse

L’AIE a présenté, lors du sommet des énergies qui se tient à Londres jusqu’à ce soir, un rapport sur les moyens de stabiliser le réchauffement à 2°C. Au menu: de la normalisation, de la technique et du courage politique.

La critique est positive, surtout si elle est constructive. C’est au nom de ce principe que la directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a violemment critiqué, mercredi 25 avril, l’attentisme des politiques énergétiques menées dans les principaux pays industriels et émergents [JDLE].

Dans la foulée, Maria van der Hoeven a rendu public un rapport de son agence montrant, poste par poste, les progrès accomplis et ceux restant à faire pour décarboner suffisamment nos économies pour stabiliser le réchauffement à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

Le niveau de la baisse d’émission a été publié lors de la conférence climatique de Bali, en 2007: -90% d’émission de GES pour les pays les plus industrialisés et une réduction de moitié des rejets carbonés (par rapport à la tendance actuelle) des pays, non intégrée à l’annexe 1 du protocole de Kyoto. Le tout d’ici 2050. Le temps presse donc.

Pour atteindre cet «objectif 2°C», l’AIE préconise toute une batterie de mesures, dont la plupart ne sont, malheureusement, pas nouvelles.

A commencer par la suppression des subventions à la consommation de carburants et de combustibles qui, outre le fait de miner certaines économies (celle de l’Iran, par exemple), contribuent au renforcement de l’effet de serre. «En 2010, rappelle le rapport, les subventions aux combustibles fossiles ont atteint 409 milliards de dollars [309,5 milliards d’euros] (en hausse de 37% par rapport à 2009). Dans le même temps, les aides allouées au développement des énergies renouvelables ont représenté 66 Md$ [50 MD€]. La suppression de ces aides permettrait de réduire de 4,1% la demande énergétique d’ici 2020.»

En plus de réduire la demande de «fossiles», l’agence basée à Paris recommande de mettre le paquet sur les énergies bas carbone ou totalement décarbonées. A commencer par les centrales électriques au charbon au haut rendement.

Certaines technologies permettent d’atteindre des rendements énergétiques supérieurs à 50%, ce qui, à production d’énergie égale, réduit la consommation de combustible et donc les émissions de gaz carbonique. Problème, souligne l’AIE, faute de politiques nationales incitatives, seule la moitié des centrales thermiques mises à feu en 2010 dans le monde intégraient des techniques modernes.

L’agence de l’OCDE recommande aussi de recourir, là où les conditions environnementales, économiques et politiques le permettent, à l’énergie nucléaire. Hélas, regrette-t-elle, cette voie est un peu délaissée. «Les projections à 2025 montrent que les capacités nucléaires mondiales seront 25% inférieures à celles qui prévalaient avant Fukushima.»

Un satisfecit est accordé à la promotion dont bénéficient, généralement, les énergies renouvelables classiques. «Durant la dernière décennie, la baisse des coûts a permis à l’éolien offshore de progresser de 27% par an et au photovoltaïque de 42% par an. […] Les progrès réalisés sur l’hydraulique, l’éolien terrestre, la valorisation de la biomasse et le photovoltaïque sont conformes aux besoins.» En revanche, souligne l’AIE, beaucoup de soutien doit être apporté au développement des nouvelles ENR, comme certaines technologies de géothermie, le solaire à concentration, l’éolien offshore.

Même constat pour le captage-stockage géologique (CSC) de gaz carbonique. L’AIE rappelle que pour lancer industriellement cette palette de technologies, qui permettent d’injecter sous terre le CO2 produit par des centrales thermiques ou des usines, 120 installations de taille industrielle étaient prévues avant… 2020. Or, à ce jour, 4 sont sorties de terre. Là encore, l’agence appelle les gouvernements à renforcer leurs politique et leur soutiens financiers.

Pour maîtriser ses coûts, l’industrie utilise déjà, se félicite l’AIE, les meilleurs techniques disponibles. Ce qui n’est pas le cas du bâtiment. L’agence rappelle que des gains énergétiques énormes peuvent être réalisés par la normalisation (type RT 2012, en France) et la généralisation de l’emploi de matériels efficaces (double vitrage, isolation par l’extérieur, etc.).

Côté transports, beaucoup reste à faire. Pour être dans les clous des 2°C, le secteur doit améliorer de 2,7% par an son efficacité énergétique. Soit un point de mieux que les progrès actuellement observés, indiquent les rapporteurs. Nécessité climatique fait donc loi de renforcer les normes de consommation et d’émission des véhicules. Comme l’a récemment fait l’administration Obama.

Si l’AIE se félicite du souhait de ses pays membres de voir rouler 20 millions de voitures électriques en 2020 (dont 10% en France), elle se montre assez dubitative sur le réalisme de cet objectif. Raison pour laquelle l’agence appelle à accroître les efforts de recherche, notamment sur les batteries. Les auteurs du rapport préconisent aussi une accélération du déploiement des infrastructures de recharge et la mise en place de politique incitative pour les constructeurs automobiles.

Sujet autrement plus polémique que les héritières de la Jamais Contente (la première voiture électrique de course): les agrocarburants. L’AIE demande que la production mondiale soit doublée, en utilisant les meilleures technologies disponibles. Sans pour autant fouler aux pieds les critères de durabilité, sur lesquels débattent encore scientifiques et ONG. Pas sûr que ce soit l’objectif le plus facile à atteindre…

Au total, estime l’AIE, ce sont 5.000 Md$ (3.800 Md€) d’investissements qui sont nécessaires, d’ici 2020, pour maîtriser nos émissions de façon significative. Trop cher, hurlent déjà les sceptiques ou les adorateurs de la rigueur budgétaire. Est-ce si sûr? Car, en optant pour les meilleures technologies disponibles, c’est aussi l’industrie qui redémarre et crée de la richesse. C’est aussi la communauté internationale qui réduit le montant de sa facture pétrolière et charbonnière de 4.000 Md$ (3.000 Md€) en 10 ans. Le tout en réduisant de 5 milliards de tonnes nos émissions de GES. Inutile, vraiment?

http://www.journaldelenvironnement.net/article/l-aie-fustige-les-politiques-energetiques,28742

http://www.iea.org/papers/2012/Tracking_Clean_Energy_Progress.pdf



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