Climat : comme une vague qui se lève

Le 22 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une révolte ?
Une révolte ?
VLDT

Alors que la militante suédoise Greta Thunberg est venue défiler à Paris avec quelques milliers d’étudiants français, la grogne contre le laxisme climatique percole dans la population française.

 

Quentidi 5 ventose, an 227[1]. La République de France est agitée, comme rarement elle l’a été. Chaque nonidi, depuis 4 décades, le peuple, tout de jaune vêtu, bloque les routes et envahit le centre des villes et des bourgades. Les heurts sont fréquents et parfois violents avec les forces de gendarmerie. Le but de ce mouvement est confus. Mais son origine a pris corps avec la hausse du prix des énergies fossiles, attribuée à tort à cet impôt du carbone.

D’ailleurs les Gilets jaunes, comme les appellent les publicistes, ne sont pas opposés à cette taxation ni à la transition énergétique votée en fructidor 223[2] qu’elle est censée financer. Non, ils exigent simplement que le produit de cette gabelle pétrolière soit effectivement affecté à cette transition et non au budget de la République.

des villes pourraient disparaître

Est-ce une manifestation du dérèglement climatique? La France connaît, en ce début de ventose, des températures que l’on déguste habituellement en germinal, voire en floréal. Ce qui n’est pas sans inquiéter. Voilà des années que les scientifiques du climat alertent les gouvernements du monde entier sur un réchauffement planétaire, dont les conséquences pour l’Humanité et la nature pourraient être catastrophiques. L’on évoque la fonte à un rythme effarant des glaciers et des glaces des mers. Ces mers dont le niveau ne cesse de monter, grignotant les continents et empoisonnant les nappes d’eau douce. Des villes comme Marseille ou la Nouvelle York pourraient même disparaître sous les eaux.

A terre, c’est la terreur annoncée. Le nombre et la puissance des tempêtes sont appelés à augmenter, nous dit-on. Les cultures pourraient être dévastées par des pluies assassines ou des canicules à n’en plus finir. Sous l’effet d’hivers qui s’adoucissent, des insectes exogènes ravagent les plantations. Rien de tout cela n’est, hélas, inconnu. Ces nouvelles sont d’ailleurs remontées jusqu’à Paris. Dans leur sagesse, monarchies et républiques mènent, avec entrain, et depuis trois décennies déjà, des négociations avec les pays du monde entier sur les us et coutumes à adopter pour vivre harmonieusement avec ce climat déréglé.

les professeurs aussi

Mais cela ne semble plus suffire. Sensible à la harangue d’une écolière suédoise convaincue, la jeunesse de l’Europe délaisse, chaque fin de décade, ses études. Dans la rue, ce sont des milliers d’écoliers, de lycéens et d’étudiants qui se regroupent et chantent, sans trêve, ce curieux refrain: «On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat Sans être physiquement présents dans leur cortège, certains de leurs professeurs les soutiennent, pétitionnent même. Ils ne sont pas les seuls agents de la République à s’agiter sous les effets du réchauffement.

Certaines factions du ministère de la transition écologique et solidaire prient la secrétaire d’Etat Brune Poirson de leur accorder la journée du sextidi 26 ventose[3] (on fête pourtant le pissenlit, ce jour-là!) pour se joindre aux Incroyables et aux Merveilleuses du réchauffement.

Dans des gazettes, helvète, française et belge, 260 scientifiques du climat tiennent de véhéments propos à l’égard des gouvernants, tous accusés de laxisme climatique: «Nous avons sensibilisé les décideurs. Nous nous sommes parfois faits conseillers du prince. Nous avons construit des ponts avec les forces organisées dans la société civile, sensibles à la cause écologique. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les citoyens. Nous avons nourri le débat public, ouvert la science à l’expertise citoyenne. Nous avons tout essayé», se désolent-ils. Et d’appeler, eux aussi, à participer à ces cortèges du 26 ventose. Une journée dont on dit déjà qu’elle remuera les peuples du monde entier.

Terrible tragédie

Les acteurs ne sont pas en reste. Dans un bulletin du soir, Philippe Torreton endosse l’habit de Cassandre: «La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible», annonce-t-il. Chaque soir, le théâtre parisien de Monfort fait salle comble avec Kyoto Forever 2, une comédie teintée d’amertume où l’on conte l’incapacité des gouvernements à restreindre leur appétit pour l’or noir, le charbon et le gaz.

Le peuple, ses enfants, leurs professeurs, les hommes et les femmes de la science du climat, les artistes grondent désormais. Est-ce une révolte? L’Etat est déjà la cible d’attaques. Après l’édile de Grand-Scynthe, 4 associations de salut public vont ester en justice. Les membres de curieux attelage reprochent à nos gouvernants de ne point agir contre le réchauffement, quand bien même ils s’y seraient engagés. Serait-ce possible?



[1] Vendredi 22 février 2017.

[2] Août 2015.

[3] 15 mars.

 



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