Combustible nucléaire : EDF n’est pas près d’aller à la piscine

Le 30 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La super piscine d'EDF devra fonctionner pendant un siècle.
La super piscine d'EDF devra fonctionner pendant un siècle.
VLDT

L'ASN demande à EDF de revoir son projet de super piscine d'entreposage de combustibles nucléaires usés.

Alors que le débat national sur la gestion des déchets et des matières nucléaires bat son plein, le dossier de la super piscine de combustible usé refait surface. De quoi s’agit-il? Avant de les envoyer à l’usine de la Hague pour en recycler une partie ou les stocker définitivement, EDF doit faire refroidir ses combustibles nucléaires usés. Deux solutions s’offrent à l’industriel: le refroidissement sous eau (dans des piscines) ou à sec (dans des conteneurs particuliers). En France comme dans de nombreux pays nucléarisés, c’est la première solution qui a été choisie.

21.000 assemblages

Anticipant une saturation des piscines de refroidissement installées dans ses 19 centrales, le probable arrêt d’une dizaine de réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit de construire une super piscine pour y stocker 21.000 assemblages de combustibles usés, à base d’uranium issu du retraitement (URE), de combustible mixte uranium-plutonium (MOX). Sans oublier les combustibles (à peine) usés du supergénérateur Superphénix, en cours de démantèlement.

Au total, 10.000 tonnes de métal seraient ainsi stockées dans deux bassins distincts, situés sur un seul et même site. EDF prévoit d’inaugurer cette installation vers 2035 et de la maintenir en activité durant un siècle environ. Semi-enterrée, cette piscine doit être construite sur le site de l’une des centrales nucléaires situées sur les bords de la Loire: Belleville, Dampierre, Chinon ou Saint-Laurent-des-Eaux.

Conformément à la législation, l’électricien a soumis les options de sûreté de son projet de «piscine d’entreposage centralisé» à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), laquelle vient de rendre son avis.

peau métallique

Globalement, les propositions faites par l’électricien conviennent au gendarme du nucléaire français. A quelques détails près. Comme leurs petites sœurs des centrales, les deux piscines seront construites en béton. Une peau métallique (un liner) devant assurer l’étanchéité à l’eau de la paroi interne. L’ASN reconnaît l’efficacité du système, mais demande à l’industriel de «porter une attention particulière à la conception, la réalisation et la surveillance de la peau métallique.»

Après les douloureux épisodes de la fabrication de la cuve et du couvercle de l’EPR et des soudures défectueuses, l’ASN sur les compétences métallurgiques du futur maître d’ouvrage. En conséquence, l’énergéticien devra surveiller de très près le cycle de vie du liner. D’autant, rappelle une note de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) qu’ «aucun retour d’expérience n’est disponible concernant le comportement d’un liner en cas d’augmentation significative de la température de l’eau et de fortes sollicitation imposées à l’ensemble du bassin par un séisme, par exemple.» Bref, on ignore toujours comment se comporte une peau métallique lors d’une catastrophe comparable à celle de Fukushima.

coque avion

Comme pour l’EPR de Flamanville, EDF a dimensionné sa «coque avion» pour résister à la chute d’un avion de tourisme. Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy aurait-il oublié le 11 septembre? Pas l’ASN, qui estime nécessaire que soit prise en compte «la chute accidentelle d’aéronefs de l’aviation militaire et commerciale.» Un redimensionnement des ouvrages de protection des piscines semble plus que probable.

Les conséquences du changement climatiques doivent aussi être prises en compte. Pour le sujet nous concernant, EDF devra imaginer comment trouver de l’eau pour remplir sa piscine «dans des conditions climatiques et météorologiques non connues à ce jour.» Le manque d’eau: un sujet que jusqu’à présent les dirigeants de l’entreprise évacuaient plutôt d’un effet de manche.



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