Combattre les feux de brousse au Sénégal

Le 08 mars 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
L'ouest urbanisé du Sénégal est épargné par les feux de brousse, qui touchent surtout l'est du pays.
L'ouest urbanisé du Sénégal est épargné par les feux de brousse, qui touchent surtout l'est du pays.
DR

Dès les années 1970, les autorités sénégalaises ont essayé de juguler les feux, qui dévastent chaque année, de novembre à mai, des centaines de milliers d’hectares de brousse, de zones forestières et de pâturages. Un fléau social et environnemental, qui a des conséquences pour les populations, les activités pastorales et l’agriculture. Le ministre sénégalais de l’environnement et du développement durable, Haïdar El Ali, s’attaque à son tour au problème: il a dévoilé mercredi 6 mars à Dakar son système de détection en temps réel des feux de brousse sur l’ensemble du territoire sénégalais. «Le système permet de détecter un feu de brousse dès qu’il se déclenche (…) et d’alerter le service des eaux et forêts le plus proche et les populations.» 700.000 hectares de terre brûlent chaque année, engendrant une perte annuelle de 27 milliards de francs CFA (41 millions d’euros).

 

Dans les années 1990, un projet de terrain, financé par la banque africaine de développement, s’était soldé par un échec. Plus de 1.600 km de pare-feu avaient été ouverts, dont 90% avaient rapidement disparu, faute de moyens pour les entretenir. L’ampleur du phénomène avait poussé le gouvernement, en 2008, à criminaliser le délit de feu de brousse, à travers une loi alourdissant les sanctions encourues. Peine perdue. L’an passé, ce sont près de 600 feux qui ont été recensés; un chiffre officiel très en deçà de la réalité, comme le démontre une étude d’images satellites prises en 1995.

 

Les départs de feux sont fortement corrélés avec les activités pastorales et nomades des populations. Ils concernent surtout la zone sylvo-pastorale, «où l'exploitation des ressources fourragères est étroitement liée à la présence de points d'eau dispersés. Les déplacements sont conçus comme une stratégie de valorisation du milieu et de sauvegarde du bétail en période de crise», analyse le Centre de suivi écologique (CSE) du pays. Conséquences: les risques d’incendie sont accrus par les déplacements et leur déclenchement est concentré dans les parties rurales du pays (qui représentent plus des trois quarts du territoire). La partie ouest du pays –urbanisée- et le bassin arachidier sont épargnés. La contrebande transfrontalière et le braconnage sont aussi à ranger parmi les causes d’incendie. Tout comme la collecte de miel, puisque les récoltants procèdent à l’enfumage des essaims, ainsi que l’a rappelé Haïdar El Ali.

 

Le phénomène des feux de brousse a tendance à s’amplifier avec le changement climatique. Dans une présentation de l’école doctorale de la vie, de la santé et de l’environnement de l’université Cheik Anta Diop de Dakar, Momadou Sow énumère les conséquences de ces incendies: «En fonction de leur intensité, (ils) peuvent rompre, pour un temps, le cycle de régénération naturelle des plantes par la combustion des pousses et la destruction d’une bonne partie des graines. (…) ils sont à l’origine d’émission de dioxyde de carbone et réduisent en même temps les capacités de séquestration du carbone par les végétaux (…) Les ressources animales restent très affectées par les feux de brousse à cause de la destruction des habitats écologiques. A long terme, les incendies ont des effets sur les sols. Ils les destructurent avec comme conséquences l’érosion et la perte de fertilité. Les processus hydriques des sols sont perturbés entrainant un ruissellement accru, une faible infiltration, le colmatage des bas-fonds et une forte évaporation.»

 

Une étude réalisée par la FAO en Afrique tropicale vient rappeler à quel point les feux de brousse sont étroitement liés à des considérations religieuses. «La brousse est considérée comme habitée par des forces spirituelles (…). D'autre part, elle est considérée comme ayant des potentialités de régénération infinies.» La propension à assumer la responsabilité d’un déclenchement de feu est faible. «Chaque catégorie se déclare innocente et accuse la catégorie rivale ou opposée comme étant responsable. C'est ainsi qu'il y a souvent des oppositions du type: cultivateurs/pasteurs, adultes/enfants, cultivateurs et pasteurs/chasseurs.» Quant à la perception de la nocivité des feux de brousse, «l'écoute est sceptique», note la FAO. «Et surtout on ne fait pas le lien entre l'acte de mise à feu et les problèmes qui en découlent. C'est ainsi que la raréfaction du bois qui est plus ou moins bien perçue n'est pas liée aux feux.»

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus