Colorado: un fleuve en sursis

Le 29 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le niveau du lac Mead n'a jamais été aussi bas depuis sa mise en eau, en 1935.
Le niveau du lac Mead n'a jamais été aussi bas depuis sa mise en eau, en 1935.
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Les diplomates mexicains et américains tentent de conclure un nouvel accord de gestion du fleuve surexploité et asséché par le réchauffement climatique.

 

C’est une véritable course contre la montre qu’essaient de gagner les négociateurs mexicains et américains. Depuis des mois, les diplomates des deux pays signataires du traité de gestion commune des eaux du Colorado travaillent d’arrache-pied pour conclure un nouvel accord. Si possible, avant la prise de fonction du président Trump, le 20 janvier prochain.

 

Débit et quotas

Le partage des eaux du grand fleuve est encadré par un amendement (conclu en novembre 2012) au traité de 1944. Curieusement, ce texte est intitulé Minute 319. En une vingtaine de pages, il garantit un débit minimal de 1,8 milliard de mètres cubes par an aux consommateurs mexicains (c’est au Mexique que le fleuve se jette dans le Pacifique) et des droits de tirage pour les 5 Etats américains traversés. Des quotas supplémentaires peuvent être alloués, en fonction du niveau du lac Mead, situé à la frontière entre le Nevada et l’Arizona.

 

Réserve stratégique

Il permet aussi de faire financer par les états-Unis la reconstruction de canaux d’irrigation de la vallée du Mexicali, au Mexique, détruits par un tremblement de terre en 2010. En contrepartie de ce financement de 21 millions de dollars (19,7 M€), Nevada et Arizona peuvent prélever 123 Mm3 supplémentaires. Le Mexique bénéficie aussi de volumes d’eau réservés, stockés dans le lac de barrage Mead.

 
Les prélèvements d'eau ont tellement progressé depuis l'entrée en vigueur du traité de 1944 qu'ils dépassent désormais le débit moyen du fleuve. Depuis 1963, le Colorado n'a atteint le Pacifique qu'à 5 ou 6 reprises, souvent durant des années où le phénomène El Niño était puissant. Les autres années, le delta est à sec.

 

Urgence aquatique

Cinq années durant, cet accord a permis aux agriculteurs des deux côtés de la frontière d’irriguer sans (trop de) contraintes et à Las Vegas d’arroser ses pelouses en plein désert. Un temps aujourd’hui presque révolu. Car le Minute 319 sera caduc à la fin de 2017. Et la situation est grave.

L’ouest des Etats-Unis connaît sa 6e année consécutive de sécheresse. Jamais depuis sa mise en eau, le niveau du lac Mead (fermé par le célèbre barrage Hoover) n’avait été aussi bas.

Selon les textes, les prélèvements auraient du être réduits pour préserver le débit en aval et les réserves. Des mesures qu’aucune agence fédérale n’a eu le courage de prendre à l’approche des élections présidentielles américaines.

 

Lobbies à l’œuvre

Un attentisme que craignent les autorités mexicaines. A Mexico, on n’oublie pas l’anti-mexicanisme dont a fait preuve Donald Trump pendant la campagne électorale. Et la crainte de voir dénoncer le traité de 1944 et les Minutes qui vont avec croît chaque jour. Des lobbies, comme ceux des agriculteurs de l’Imperial Valley californienne, se pressent déjà à Washington pour obtenir de meilleurs quotas d’eau pour le Golden State.

Moins d’eau dans le fleuve, c’est l’assurance de voir ressurgir un problème que l’on croyait résolu: le sel. Cristallines dans les Montagnes rocheuses, les eaux du Colorado se chargent naturellement en chlorures. Et plus les prélèvements sont importants en amont, plus le taux de sel est important en aval. Entre 1960 et 1962, la concentration de sels dans le delta du Colorado est ainsi passée de 800 à 2.000 parties pour million (ppm). Il aurait fallu réguler les prélèvements et construire des unités de dessalement pour réduire cette pollution.

 

Statistiques trompeuses

 

La proximité de la présidence Trump n’est pas le seul problème évoqué par les experts. Les statistiques des années 1920, qui ont servi à établir les quotas fixés par le traité de 1944 (et ceux des Minutes), sont trompeuses. Des études menées au début du siècle par des chercheurs de l’université de l’Arkansas montrent que les pluies tombées sur le bassin du Colorado, durant la décennie 1920-1930, sont les plus importantes jamais vues dans la région depuis au moins 500 ans. Parole de dendrochronologues!

 

Avec le réchauffement climatique, les précipitations se feront de plus en plus rares. Selon une projection publiée en 2008 par l’institut Scripps, le lac Mead (où le Mexique stocke ses réserves, mais qui abreuve aussi Las Vegas) pourrait se retrouver à sec dès 2021. Ce n’est pas tout.

Aujourd’hui, le taux d’évaporation naturel atteint 10%, «soit 10 fois la consommation annuelle de la ville de Denver», résume Ben Livneh, de l’université du Colorado. Avec toujours moins de pluie et des températures qui ne feront que croître, ce taux pourrait atteindre 16%, selon certaines estimations. De quoi donner le coup de grâce au géniteur du Grand Canyon.

 

 



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