Cocotiers, palmiers et bananiers en danger

Le 22 mai 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les cocotiers, après avoir été frappés par le syndrome de Bogia.
Les cocotiers, après avoir été frappés par le syndrome de Bogia.
©Cirad

C’est une maladie qui n’a pas encore de nom scientifique, mais qui a déjà causé des dégâts considérables sur les cocotiers, les palmiers à bétel (Aréquier) et certains bananiers de Papouasie Nouvelle-Guinée. Les phytopathologistes la désignent sous le terme de syndrome de Bogia. Signe caractéristique: la couronne foliaire est attaquée, la plupart des feuilles et les parties basses de l’arbre meurent rapidement. Vecteur: une cicadelle, un insecte volant présent toute l’année, suceur de sève, qui pique le phloème (les vaisseaux qui conduisent le sucre produit par la plante). Moyen d’éradication: inconnu.

 

«Il s’agit d’une maladie dite à phytoplasmes, comme les maladies de type jaunissement mortel déjà apparues dans les Caraïbes et en Afrique», explique Michel Dollet, chercheur au Cirad, un centre de recherches spécialisé dans les enjeux internationaux de l'agriculture et du développement. Ce spécialiste des maladies d’origine incertaine des cocotiers redoute que ce nouveau pathogène échappe à tout contrôle. «D’une part, il est impossible de traiter les cocotiers avec des pesticides (qui sont trop coûteux), car ils culminent à 20 mètres de hauteur. Les traitements seraient de toute façon lessivés à la moindre pluie, qui sont fréquentes sous ces latitudes. D’autre part, les habitants de Papouasie Nouvelle-Guinée circulent beaucoup et procèdent à des échanges de plantes sur les marchés ou dans la famille: ils dispersent donc la maladie encore plus rapidement, notamment avec les rejets de bananiers qui ne montrent pas encore de symtômes mais sont déjà atteints», explique-t-il au Journal de l’environnement.

 

La Papouasie Nouvelle-Guinée, Etat indépendant depuis 1975, membre du Commonwealth, occupe la moitié orientale de l’île de Nouvelle-Guinée; l’autre moitié, territoire indonésien, pourrait du même coup se retrouver touchée par le syndrome de Bogia. Même menace pour les îles voisines des Iles Salomon, du Vanuatu, de Fidji ou de Nouvelle-Calédonie. Arbre de la vie ou arbre aux 100 usages, «le cocotier est souvent la plante des plus pauvres dans les pays les plus pauvres», rappelle Michel Dollet. Il fournit de l’huile, de l’eau, des fibres, des coques, des feuilles, mais permet aussi de fabriquer du sucre, de l’alcool ou du savon. Il contribue à faire vivre 10 millions de familles dans le monde, qui cultivent 12 millions d’hectares de cocotiers. «Le palmier à bétel sert à fabriquer une pâte à chiquer à base de poudre de silice et de plantes, très consommée en Inde et en Papouasie Nouvelle-Guinée, explique Michel Dollet. Il y a donc un enjeu sociétal fort. Enfin le bananier est une ressource alimentaire de première importance.»

 

Le cocotier a déjà connu des dommages graves à travers les siècles. Dès 1880, les îles Caïmans, Haïti et la Jamaïque ont vu leurs arbres décimés par une autre maladie à phytoplasmes: le lethal yellowing. «Ceux qui faisaient grand usage du cocotier ne se sont pas résignés et l’ont toujours replanté, comme en Jamaïque», explique Michel Dollet. «En revanche, au Togo, après une troisième épidémie dans les années 1930, les planteurs se sont découragés après une troisième épidémie dans les  années 1970.» La fin des épisodes épidémiques peut s’expliquer par le fait qu’après avoir tout ravagé, le pathogène et son vecteur disparaissent. Au moins temporairement.

 

Un pari que les scientifiques de l’International du Cocoa Coconut Institute (CCI) de Papouasie Nouvelle Guinée ne veulent pas faire. Car la Papouasie Nouvelle-Guinée abrite, dans la province de Madang, une banque génétique de variétés de cocotiers du Pacifique d’importance mondiale, qui permet de conserver des variétés et de produire des semences. Des arbres touchés par le syndrome de Bogia ont été repérés à environ 15 kilomètres de là, entraînant une mobilisation générale. «Cela remet en cause toute la stratégie de conservation du cocotier au niveau mondial, puisque le CCI entretient ici la seule collection internationale des variétés de la zone Pacifique», explique Roland Bourdeix,chercheur du Cirad et responsable de la coordination mondiale des 39 pays rassemblés au sein du Cogent (The International Coconut Genetic Resources Network). Le généticien estime qu’il faut déplacer la collection de cocotiers les cocotiers, quelque part ailleurs en Papouasie Nouvelle-Guinée, dans une région non affectée  et «vers un autre pays du Pacifique». Ceci demande évidement des moyens considérables qu’il faudra trouver.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus