CO2: les poissons bientôt en overdose

Le 20 janvier 2016 par Romain Loury
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Des poissons perdus en mer
Des poissons perdus en mer
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D’ici la fin du XXIème siècle, la moitié des océans mondiaux devraient contenir une telle teneur de CO2 que les poissons en seront intoxiqués, révèle une étude publiée mercredi 20 janvier dans Nature. Une menace plus pressante qu’on ne le pensait jusqu’alors.

On restreint souvent l’effet marin du CO2, principal gaz à effet de serre, au réchauffement des océans et à l’acidification. Or il est au moins une troisième menace, jusqu’alors peu connue: celle de l’hypercapnie (ou hypercarbie), à savoir l’intoxication par le CO2.

Plusieurs études l’ont démontré: à forte teneur dans l’eau, le dioxyde de carbone affecte l’activité de certains récepteurs neuronaux. Les poissons, mais aussi les invertébrés marins, s’en trouvent complètement désorientés, incapables de retrouver leur chemin, et peinent à se nourrir ou à fuir leurs prédateurs.

Les rares modélisations menées à ce sujet indiquent que, selon un scénario tendanciel d’émissions de gaz à effet de serre (RCP8.5, «business as usual»), la survenue d’hypercapnie chez les poissons se produirait aux alentours d’une teneur atmosphérique de CO2 de 750 parties par million (ppm) [1]. Vers 2100, 22% des océans seraient touchés.

Un seuil plus bas, à 650 ppm

La situation pourrait être encore plus dramatique, selon l’étude publiée mercredi par Ben McNeil et Tristan Sasse, climatologues à l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Sydney). Selon cette équipe, les précédents travaux auraient ignoré les actuelles variations de CO2 à la surface de l’océan. Selon leurs modélisations, ces fluctuations seraient nettement amplifiées par la hausse du CO2 atmosphérique, parfois jusqu’à 10 fois!

Plutôt que 750 ppm, c’est le seuil de 650 ppm qui est critique, poursuivent les chercheurs: au-delà de cette teneur atmosphérique, le CO2 en surface de l’eau devrait régulièrement dépasser la quantité à laquelle il induit de l’hypercapnie. La moitié des océans devrait être atteint par ce phénomène d’ici 2100 avec un scénario RCP8.5.

Plusieurs régions océaniques, dont celles de l’hémisphère sud, le Pacifique équatorial et le nord de l’Atlantique, verraient ainsi l’hypercapnie apparaître des décennies plus tôt qu’on ne le pensait. Selon les chercheurs, le littoral, où les poissons sont plus adaptés à de fortes variations de CO2, seraient moins touchées que la haute mer.

[1] La moyenne mondiale est actuellement à 400 ppm, contre 280 ppm à l’ère préindustrielle.



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