CO2: les jeux énergétiques ne sont pas faits

Le 14 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Le climat de demain sera la conséquence des choix que nous faisons aujourd'hui,
Le climat de demain sera la conséquence des choix que nous faisons aujourd'hui,
AIE

Dans sa dernière mouture du World Energy Outlook, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les secteurs de l’énergie et de l’électricité peuvent baisser de moitié leurs émissions carbonées vers 2040. A condition de commencer tout de suite.

 

A priori, l’espoir climatique n’est plus de mise. «Tous les rapports récemment publiés montrent des signaux au rouge vif», résume le climatologue Jean Jouzel. Comment lui donner tort? Il y a deux semaines, l’ONU Environnement (ex-Pnue[1]) soulignait l’inadéquation des moyens mis en œuvre par la communauté internationale avec les besoins de décarbonation de nos activités. «Les engagements actuels des Etats couvrent à peine un tiers des réductions d'émission nécessaires», soulignait Erik Solheim, directeur de l’ONU Environnement.

 

Trois années de stabilité

Comme pour lui donner raison, le Global Carbon Project a annoncé, lundi 13 novembre, que les émissions mondiales de CO2 avaient repris leur course folle: +2% entre 2016 et 2017. Après trois années consécutives de stabilité des rejets carbonés, certains experts espéraient que nous avions enfin réussi à plafonner notre bilan carbone planétaire. A tort.

La démographie et l’accroissement des besoins énergétiques aidant, notre avenir climatique est-il dernière nous? Possible, mais pas certain, répond l’AIE. Dans son rapport annuel qu’elle publie ce mardi 14 novembre, l’AIE rappelle quelques données de base.

 

L’horizon s’éclaircit

En se basant sur le bouquet énergétique actuel, les politiques climatiques nationales (NDC), l’évolution démographique et l’électrification de certains usages de l’énergie (la mobilité, par exemple), l’agence de l’OCDE estime que le secteur mondial de l’énergie devrait plafonner ses émissions de CO2 à hauteur de 36 milliard de tonnes de CO2 par an, à l’horizon de 2040. En 2016, les rédacteurs du World Energy Outlook estimaient à 600 Mt CO2 supplémentaires le bilan carbone de l’humanité à cet horizon.

Aussi louable soit-il, l’effort reste insuffisant: le Giec[2] estime que les pays les plus industrialisés devront avoir totalement décarboné leur secteur énergétique vers 2050 pour contribuer à une stabilisation du réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle.

La trajectoire s'annonce aussi insatisfaisante du point de vue sanitaire, avec une augmentation prévue de 3 à 4 millions de morts prématurées en raison de la mauvaise qualité de l'air en 2040.

L’amélioration de l'accès à l'électricité devraient restée limitée: l'AIE estime qu'environ 675 millions de personnes (à 90% en Afrique sub-saharienne) resteront sans électricité en 2030, contre 1,1 milliard aujourd'hui.

 

Investir massivement dans le décarboné

Mais l’on peut faire beaucoup mieux, souligne l’agence de l’OCDE. Par exemple, en n’investissant plus que dans des centrales décarbonées: renouvelables et nucléaires. Devenu le vade-mecum des politiques énergétique, pareil principe pourrait permettre de doubler la part des énergies décarbonées dans le mix énergétique mondial (à 40%).

Pour être efficace, ce verdissement des capacités de production d’électricité devra être couplé avec un remplacement massif des centrales au charbon par des installations au gaz, si possible dotées de système de captage de CO2. Sans oublier l’électrification croissante de la mobilité individuelle: 875 millions de voitures électriques pourraient ainsi sillonner les routes du monde en 2040.

 

Trois conditions

Ce scénario vertueux ne donnerait ses pleins effets qu’à trois conditions. D’abord, renforcer tous azimuts l’efficacité énergétique, aussi bien dans la production, le transport, la distribution que la consommation d’énergie. Ensuite, réduire les subventions aux énergies utilisées dans la production d’électricité: 260 milliards de dollars (222 Md€) en 2016, soit le double des aides accordées aux énergies renouvelables. Autre impératif: que les pétrogaziers réduisent leurs fuites de gaz naturel, majoritairement composé de méthane, un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2.

Aujourd’hui, «il est techniquement possible de réduire les émissions mondiales de méthane provenant des activités liées au pétrole et au gaz d'environ 75% et les émissions pourraient être réduites de 40 à 50% à coût zéro», estime le rapport.

Au total, le secteur de l’électricité devra attirer les deux tiers des investissements mondiaux dans la production d'énergie contre 40% en moyenne ces dernières années.

C’est en respectant les fondamentaux de ce scénario de l’énergie durable que l’on pourra conjuguer préservation du long terme et abattement des émissions de gaz carbonique.

En électrifiant les transports, en multipliant les capacités de production solaires (3.250 gigawatts crête -GWc- pourraient être mis en service dès 2040), le secteur de l’énergie pourrait ne plus émettre qu’une vingtaine de milliards de tonnes de CO2 dans une trentaine d’années. Moitié moins qu’avec le scénario tendanciel. De quoi commencer à voir l’avenir plus sereinement.



[1] Pnue: Programme des Nations unies pour l’environnement

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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