CO2: les émissions des émergents compensent les réductions des riches

Le 02 juillet 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour la première fois depuis 18 ans, les émissions anthropiques de CO2 n’ont pas progressé en 2009. En cause : la crise et les pays émergents. Explication.

Ce n’est plus un scoop. L’année passée, les émissions de gaz carbonique anthropiques ont stagné. En 2009, ces rejets « humains » ont atteint 31,1 milliards de tonnes de CO2 : un tout petit peu moins (- 300 millions de tonnes équivalent CO2) que l’année précédente. Au regard des tonnages en jeu, cela peut paraître insignifiant, mais c’est une première depuis 1992 ! Ces 6 dernières années, les rejets carbonés mondiaux affichaient plutôt une croissance moyenne de 3,5 % l’an. Ce n’est plus le cas.

D’après une étude mise en ligne, mercredi 1er juillet, par l’agence néerlandaise d’évaluation de l’environnement (PBL, selon l’acronyme néerlandais), les rejets des pays de l’OCDE ont chuté, l’an passé, de 7 %. Ce qui représente une économie d’émission de 800 Mtéq.CO2 par rapport à 2008 : l’équivalent de 18 mois de rejets français. En Europe et aux Etats-Unis, les rejets industriels ont dégringolé de 11 %. Au Japon et en Russie, ce sont les émissions nationales (industries, transports et habitat) qui ont reculé de 11 %.

Largement imputable à la récession économique (les grosses industries émettrices, comme le ciment, la sidérurgie, la chimie, le raffinage ou l’électricité ; ont tourné au ralenti), cette bonne performance climatique a malheureusement été « compensée » par la croissance des émissions des pays émergents. La crise a, en effet, principalement affecté les pays les plus industrialisés. Les anciens pays en développement ont à peine vu ralentir leur croissance économique et les rejets carbonés qui vont avec.

En 2009, la Chine a conforté sa place de premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) avec 8,1 milliards Mtéq.CO2 rejetées, en progression de 9 % (+ 600 Mtéq.CO2) en un an. Avec 1,7 milliard Mtéq.CO2, l’Inde voit son empreinte carbone s’alourdir de 6 % (+ 100 Mtéq.CO2). Ce qui a pour conséquence immédiate de rétrograder la Russie à la 6e place mondiale des plus gros émetteurs.

Ces évolutions auront des conséquences et pas seulement environnementales. Politiques, tout d’abord. Si l’on s’en tient aux seules émissions nationales (sans prendre en compte, donc, les émissions imputables aux productions exportées), 53 % des rejets mondiaux de dioxyde de carbone sont le fait de l’activité des pays émergents, contre 44 % pour les pays les plus riches et 3 % pour l’aviation civile. Cette évolution met un peu à mal l’argumentaire préféré des diplomates des pays en développement dans les négociations climatiques, à savoir le changement climatique est le fait des émissions des pays les plus industrialisés. Historiquement, c’est incontestable ! Mais cela ne le sera plus très longtemps. D’autant que les émissions per capita tendent, elles aussi, à converger. Depuis 1990, les rejets de CO2 de chaque Chinois sont passés de 2,2 tonnes par an (t/an) à 6,1 t/an. L’an passé, un Européen a émis en moyenne 7,9 t/an, contre 9,1 t/an, 20 ans plus tôt.

Économiquement, le dévissage carbonique des pays riches n’est pas forcément une bonne nouvelle. Du moins dans l’économie carbone. En effet, en incluant les 6 GES régulés par le protocole de Kyoto, les pays de l’annexe 1 (ceux qui doivent maîtriser leurs émissions d’ici 2012) ont vu leurs émissions diminuer d’environ 10 % entre 1990 et 2009. Les besoins en crédits carbone internationaux (Urce) ou en quotas européens devraient donc diminuer. Ce manque d’appétence devrait faire baisser les prix du carbone, réduisant d’autant la rentabilité des projets mis en place dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP) ou de la mise en œuvre conjointe (MOC).

A moins, bien sûr, que la reprise économique ne soit aussi au rendez-vous pour les pays du Nord. Auquel cas, leurs émissions repartiront à la hausse. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.



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