CO2: la recherche européenne à court d’argent

Le 15 avril 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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C'est dans la centrale de Belchatow (Pologne) que pourrait être installée la prochaine installation industrielle de captage de CO2.
C'est dans la centrale de Belchatow (Pologne) que pourrait être installée la prochaine installation industrielle de captage de CO2.

Tragique paradoxe. Alors que ses politiques climatiques semblent vouées à l’échec, l’Europe se désintéresse de plus en plus du stockage géologique de gaz carbonique, seule technologie disponible pour réduire rapidement l’empreinte carbone de l’industrie lourde. Telle est la principale conclusion que l’on peut tirer du séminaire que vient d’organiser, à Venise, CO2GeoNet, le plus grand réseau mondial de chercheurs dédié à la séquestration du carbone.

Les signes avant-coureurs étaient là. L’an passé, aucun projet de captage-stockage de CO2 (CSC) n’avait été sélectionné par Bruxelles pour bénéficier des subsides du programme NER 300, faute d’un accompagnement financier suffisant des industriels et des Etats membres [JDLE]. Plus en amont, aucun projet comparable n’a bénéficié du 1,5 milliard d’euros prévu par le plan de relance européen de 2009 pour les infrastructures énergétiques.

L’explication est connue. Faute d’incitation suffisante à réduire leurs émissions carbonées, les industriels rechignent à investir dans des installations dont les coûts se chiffrent en centaines de millions d’euros. Cas le plus caricatural: les subventions du programme NER 300. Celles-ci sont financées par la vente de 300 millions de quotas, laquelle était censée, selon ses promoteurs, rapporter entre 4 et 6 Md€. Or l’effondrement des prix des quotas d’émission a ramené au milliard la manne disponible. Résultat: avec deux opérations industrielles en service (Sleipner et Snøhvit) et un projet en cours de réalisation (Mongstad), la Norvège consacre plus d’argent que toute l’Union européenne au développement du stockage géologique du carbone. Affligeant.

Pis, les expérimentations lancées ces dernières années marquent le pas. Total a cessé, plus tôt que prévu, l’injection de CO2 dans l’ancien gisement de gaz naturel de Rousse. Et nul ne sait encore l’avenir réservé à cette expérimentation (surveillance du site à long terme ou relâchement du CO2?). «Faute d’entente entre l’ENI et l’ENEL italiennes, le projet d’injection de Porto Tolle n’a finalement jamais vu le jour», rappelle Samuella Vercelli, de l’université Sapienza de Rome. En Pologne, le projet de Dziwie pourrait ne jamais émerger, faute de subventions.

Ce mouvement n’est pas sans inquiéter les scientifiques. Lancé en 2010, dans le cadre du 7e programme-cadre de recherche et développement (PCRD), le programme européen sur le stockage du carbone n’est désormais plus financé. Or c’est grâce à ce CGS que les chercheurs de l’UE ont bâti et financé CO2GeoNet. Faute d’argent, c’est non seulement un sujet majeur pour la lutte contre les changements climatiques qui va disparaître de l’agenda communautaire, mais aussi une réelle compétence scientifique et technique.

Pour se maintenir la tête hors de l’eau, le réseau chasse les contrats. Il tente ainsi de décrocher des missions ponctuelles de conseil scientifique auprès de la Direction générale de l’action climatique. Un travail ingrat pour ces 300 scientifiques, issus de 13 organismes, tel le BRGM français. D’autant que les sujets de recherche ne manquent pas. «Alors que l’Union européenne réfléchit à un réseau d’infrastructure énergétique, il n’existe aucun atlas européen des sites susceptibles de stocker, de manière sûre, du CO2», indique Isabelle Czernichowski-Lauriol. Et la présidente du réseau de rappeler que le service géologique américain travaille, lui, à la 4e édition d’un tel document.

L’an passé, un institut de recherche allemand avait annoncé des fuites de gaz carbonique de la structure géologique d’Utsira, dans laquelle la plate-forme Sleipner injecte un million de tonnes de dioxyde de carbone par an. «C’était une fausse alerte, explique Isabelle Czernichowski-Lauriol, mais cela montre que nous avons grand besoin de progresser sur les techniques de surveillance et de contrôle à long terme des sites d’injection.»

Finalement, les membres de CO2GeoNet espèrent beaucoup que des projets de CSC seront enfin financés par le NER 300. Le programme européen impose, en effet, la réalisation de recherches «indépendantes» autour de chaque projet sélectionné. De quoi donner du grain à moudre aux spécialistes européens, en attendant que se rétablisse le cours du quota d’émission de GES. Mais cela, c’est une autre histoire.

Selon un rapport spécial du Giec[1], publié en 2005, le CSC pourrait éviter l’émission à l’atmosphère de 9 à 12% des émissions globales de CO2, en 2020, et de 21% à 45% à l’horizon 2050.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



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