CO2: capter plus, stocker plus, pour émettre (virtuellement) moins

Le 05 novembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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Le captage et stockage du carbone constitue-t-il la limite à ne pas franchir en matière de politique énergétique? Il réduit l’efficacité énergétique des installations qui en sont dotées, incite à consommer les énergies fossiles facilement disponibles restantes, sans parler des risques… Pourtant, l’accélération du déploiement de cette technologie incertaine est bel et bien dans les cartons.

«Si vous consommez 100, et que vous rejetez tout dans l’atmosphère, c’est moins bien que si vous consommez 110 et que vous ne rejetez rien.» Le directeur général délégué François Démarcq, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), justifiait ainsi mardi 3 novembre la perte d’efficacité énergétique des installations industrielles dotées d’un système de captage et stockage du carbone (CSC), avant l’ouverture aujourd’hui, et pour deux jours, de la troisième conférence internationale sur cette technologie, à Paris.

«L’augmentation de la consommation de combustible par kilowattheure produit, par rapport à une centrale sans captage, s’établit entre 11 et 22% dans les centrales au gaz à cycle combiné, entre 24 à 40% dans les centrales au charbon pulvérisé supercritique, et entre 14 et 25% dans les centrales au charbon avec gazéification intégrée», indique l’Ademe. Ce qui revient à consommer plus pour éviter les émissions de gaz à effet de serre (GES). Temporairement du moins, car qui sait ce qu’il adviendra de ce gaz enfoui à 800 mètres au moins dans des aquifères profonds (1)?

Cela n’empêche pas l’Ademe, l’Institut français du pétrole (IFP) et le BRGM de vouloir «accélérer le déploiement du CSC», thème du colloque international qu’ils organisent. Le but est de réduire «à la source» les émissions concentrées des installations industrielles fortes consommatrices d’énergie –verre, papier-carton, métallurgie–, d’agrocarburants et de production d’électricité à partir de combustibles fossiles.

En Europe, le développement de cette technologie est encadré par une directive européenne adoptée dans le cadre du paquet Climat-énergie (2) en décembre 2008. Le CSC, pourtant pas vraiment grenello-compatible, sera juridiquement encadré en France dans le cadre du projet de loi «Grenelle II», toujours en examen au Parlement.

«Le CSC doit être une filière importante parmi toutes les filières ‘vertes’, affirme Matthieu Orphelin, directeur de cabinet de la présidence de l’Ademe. Il est une option nécessaire et d’ampleur pour limiter les émissions de GES, aux côtés de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. D’ici 2100, 15 à 55% des émissions anthropiques pourraient être captées géologiquement.»

En France, l’Ademe soutient cette industrie via son fonds démonstrateur Recherche, l’une des concrétisations du Grenelle de l’environnement, à hauteur de 100 millions d’euros au total (3). Cinq projets démonstrateurs –la phase venant après la recherche et développement, et avant la diffusion industrielle– ont été retenus et devraient être lancés en 2009. Les technologies expérimentées devraient être déployées à l’horizon 2020, estiment les trois acteurs publics.

Comment l’Ademe –la maîtrise de l’énergie fait partie de son acronyme– peut-elle encourager une technologie qui détériore l’efficacité énergétique? Il s’agit de remédier à cela. La «pénalité énergétique» de cette technologie et le captage représentent 70% des coûts d’enfouissement d’une tonne de CO2, et pourraient être réduits d’un facteur 3 en 2020. Le reste provient du transport et du stockage. Pour l’instant, l’affaire devient rentable à partir de 60 €/t/CO2. «Le coût de la technologie est très variable, et dépend du type d’installation dans laquelle sont faits le captage et le stockage», indique Olivier Appert, président de l’IFP. Ainsi, le surcoût du captage dans l’installation algérienne d’In Salah, projet commun de BP, Sonatrach et Statoil lancé en 2004, ne serait que de 6 €/t/CO2.

Il existe actuellement 140 projets dans le monde –55 ont déjà démarré–, dont 60 en Europe et autant en Amérique du Nord. 3.000 à 5.000 projets du type Sleipner, lancé en Norvège par StatoilHydro en 1996, pourraient être lancés d’ici 2050 dans le monde, assure Olivier Appert. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que près de 650 milliards de dollars devront être investis rien qu’entre 2020 et 2030 (4).

Le développement du CSC s’appuiera sur les technologies existantes dans l’industrie pétrolière. En bons pétroliers, les Texans –tout de même moins connus pour leur avance environnementale– injectent chaque année 500 millions de tonnes dans le sous-sol pour extraire du pétrole. Le CSC, au fort potentiel de croissance et de développement industriel pour la France –Total, Alstom et Veolia sont notamment sur les rangs– laisse présager l’émergence d’une formidable usine à gaz, littéralement. Si l’acceptabilité du CSC au large de la côte norvégienne semble facilement compréhensible, qu’en sera-t-il dans la Ruhr, la plus grande région industrielle d’Europe et à la forte densité de population? Olivier Appert prévoit la construction d’un réseau de tuyaux à CO2, qui achemineraient ce gaz vers les centres de traitement…

«La concertation et l’information des habitants seront des facteurs-clés» pour développer cette technologie, note Matthieu Orphelin. Il ne reste plus qu’à les convaincre. Les travaux du BRGM sur la sécurité du stockage et la modélisation de la réactivité chimique entre le CO2 injecté et la roche ne seront sans doute pas de trop…

France nature environnement dénonce dans un communiqué publié ce matin 5 novembre le développement de cette technologie dont le coût énergétique est considérable, l’efficacité inconnue et les risques de fuite sous-estimés. La fédération d’associations environnementales souhaite que l’accent soit mis sur la préservation et l’amélioration du stockage naturel du carbone, par les forêts, les sols et les océans.

(1) Le captage recouvre trois technologies: par postcombustion, oxy-combustion ou précombustion, cf. lien de l’IFP
(2) Directive 2009/31/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 avril 2009 relative au stockage géologique du CO2 et modifiant la directive 85/337/CEE du Conseil, les directives 2000/60/CE, 2001/80/CE, 2004/35/CE, 2006/12/CE et 2008/1/CE et le règlement (CE) n° 1013/2006 du Parlement européen et du Conseil
(3) Dans le JDLE «Grenelle: 400 millions d’euros pour un fonds ‘démonstrateur recherche’»
(4) Dans le JDLE «L’AIE veut capter et stocker le CO2 tout azimut»


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