Climat: une recette régionale pour un problème mondial?

Le 27 septembre 2016 par Marine Jobert
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Le sommet Climate Chance se tient entre le 26 et le 28 septembre.
Le sommet Climate Chance se tient entre le 26 et le 28 septembre.
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Mettre en commun ses expériences, à la recherche de recettes plus ou moins reproductibles. Articuler l’échelon international avec les expériences locales. Deux exemples tirés des ateliers proposés lors de la deuxième journée de Climate Chance.

Penser global, agir régional… A peine remaniée, la formule tente d’irriguer tant bien que mal les ateliers de la deuxième journée du sommet Climate Chance, qui se tient à Nantes jusqu’au 28 septembre. En première ligne: les collectivités locales, articulations essentielles de la mise en acte des constats et résolutions prises dans les sphères diplomatiques. «C’est le temps de la reconnaissance des acteurs locaux», confirme Anne Barré, coordinatrice du plaidoyer ‘Genre et climat’ pour le sommet. Mais… quel est le mode d’emploi? On tâtonne, on expérimente, on échange… Extraits.

Un Cercle régional

Un Giec[1] local. C’est ainsi qu’aime à se définir le projet du Cercle (pour ‘Collectif d’expertise régionale pour le climat et son évolution’), un projet interdisciplinaire en cours depuis 2012 dans les Hauts-de-France. Son ambition: sortir des grandes manœuvres internationales qui parlent peu aux gens, «mais les inquiètent beaucoup», pour fournir aux élus locaux des leviers d’action à leur échelle. Soutenu par la région, le Cercle réunit des scientifiques dans des domaines tels que la climatologie, la géographie et géomorphologie, l’écologie, la chimie environnementale, la santé et la sociologie. Son premier rapport[2] a été publié en novembre 2015 et une nouvelle phase s’ouvre, ouverte sur les questions d’agriculture, des villes et des ressources océaniques. 

La question de la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne laisse pas indifférent certains participants. «Des élus de grandes villes européennes nous disent bien que ça ne colle pas avec l’image de ‘ville verte’ que veut se donner Nantes», témoigne un membre de l’Acipa[5], tout en distribuant des tracts à l’entrée de la cité des congrès. «C’est très symbolique de faire disparaître des terres agricoles, pivot des politiques d’atténuation, pour y faire décoller des avions!», souligne Jean Vettraino, chargé de plaidoyer ‘Droit à l’alimentation’ à la direction internationale du Secours catholique-Caritas France.

Règles de bon sens

«Nous fournissons des synthèses de connaissances, détaille Yves Piquot, maître de conférences à l’université de Lille. Comme sur l’atténuation de la chaleur en ville par exemple.» Un sujet maintes fois rebattu, n’est-ce pas? «Le problème de la chaleur dans la ville de Toulouse n’est pas le même que pour Lille, et les réponses pour l’une ne seront pas adaptée à l’autre», répond ce spécialiste de l’écologie des communautés, qui estime qu’il n’existe pas de solution clé en main, qui pourrait être à coup sûr reproductible d’un bout à l’autre du pays. «Il est indispensable de mener les recherches à l’échelle locale, pour répondre à toutes les petites questions qui sont en fait essentielles pour la mise en mouvement des acteurs. Ce sont souvent des règles de bon sens –comment, en tant qu’agriculteur, est-ce que je combine des légumineuses, par exemple- qu’il faut appuyer scientifiquement.» 

 

AcclimaTerra

La démarche est directement inspirée de celle menée en région Nouvelle Aquitaine[3] par AcclimaTerra (Comité scientifique régional sur le changement climatique), présidé par le climatologue Hervé Le Treut, qui réunit 21 scientifiques. Un premier rapport, publié en 2013, est en cours de mise à jour. De nouvelles thématiques sont à l’étude (énergies, droit de l’environnement, villes), pour un rapport à paraître en décembre 2017.

La commande publique près de chez soi 

«Eau en saveurs». C’est sous cette marque que la collectivité Eau du bassin rennais Rennes métropole (CEBR) a élaboré dès 2014 un cahier des charges expérimental[4] que d’aucuns auraient pu qualifier d’illégal, puisqu’il visait à favoriser l’achat local pour la restauration collective. Ce que n’autorise pas le code des marchés publics: «Le ‘localisme’ est considéré comme un délit de favoritisme», explique Daniel Helle, du Syndicat mixte de production d'eau potable du bassin rennais (SMPBR). Alors la ville de Rennes et la CEBR ont mis en avant la qualité de l'eau comme critère pour l'achat de denrées alimentaires (produits laitiers et viande porcine).

Un second appel à projets Climat, visant à soutenir la coopération décentralisée dans la lutte contre le dérèglement climatique, vient d’être lancé avec l'appui de la Fondation Schneider Electric et de la Fondation de France. Une initiative qui vise à encourager les projets de coopération internationale des collectivités territoriales françaises à hauteur d'un montant total de 2,5 millions d'euros. Dix-huit projets ont été déposés par les collectivités territoriales françaises avec leurs partenaires. Quatorze lauréats ont été sélectionnés en Afrique, Amérique latine et Europe.

Denrées en eau potable

«En fait, on n’a pas acheté des denrées, mais de l’eau potable!», s’amuse Daniel Helle. La majorité des produits proviennent de l’agriculture biologique; mais n'importe quel éleveur peut répondre à ce marché, même s'il part de loin en la matière. En effet, le cahier des charges s’appuie sur la méthode Idea d'évaluation de la durabilité des exploitations agricoles, élaborée par le ministère de l'agriculture, qui s'appuie sur 42 indicateurs, dont 21 sont en lien direct avec la qualité de l'eau. Au passage, la ville promeut l’absence d’OGM, d’hormones et d’huile de palme. La ville de Rennes, qui a récemment rejoint le réseau national des sites pilotes Eau et Bio, travaille désormais à la création d’une centrale d’achat destinée à proposer cette démarche à l’ensemble des restaurations collectives du territoire.

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[2] Il dresse un état des connaissances sur les effets du changement climatique à l’échelle de l’EuroRégion sur la qualité de l’air, le littoral, les eaux continentales, la biodiversité, la santé et la ville.

[3] D’abord appelée région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (ALPC)

[4] 50.000 euros sur trois ans, à mettre en regard des 3,6 M€ consacrés à l’approvisionnement des 2 millions de repas servis chaque année à Rennes.

[5] Acipa: Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

 



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