Climat: une feuille de route pour décarboner l’économie

Le 24 mars 2017 par Romain Loury
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Le climat mondial en 2016
Le climat mondial en 2016
NOAA

Diviser les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) par deux à chaque décennie, c’est possible: dans l’édition de Science publiée vendredi 24 mars, des climatologues publient une ambitieuse feuille de route, qui permettrait de demeurer dans les clous de l’accord de Paris, signé en décembre 2015 à la COP21.

L’accord de Paris impose à l’humanité de stabiliser le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle. L’atteinte d’un tel objectif nécessite de plafonner les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, puis de les baisser de 3 à 5% par an. De quoi établir un bilan carbone net proche de zéro en 2050.

Comme la loi de Moore

Ce scénario avait déjà été esquissé lors de la rédaction de la feuille de Bali, en décembre 2007. Mais, comment le mettre en scène concrètement? Dans Science, Johan Rockström, directeur du Stockholm Resilience Centre, et ses collègues livrent leur feuille de route, décennie par décennie. Ambitieux mais pas irréalistes, les climatologues avancent l’idée d’une «loi carbone», avec une division des émissions mondiales par deux à chaque décennie. De manière similaire à la loi informatique de Moore, qui stipule que la complexité des processeurs double environ tous les deux ans.

«Cette ‘loi carbone’ s’appliquerait à tous les secteurs et tous les pays, et vise à encourager des actions volontaristes à court terme. Par exemple, cela signifie un doublement de la part d’énergies non carbonées tous les 5 à 7 ans, selon une trajectoire déjà observée au cours de la décennie écoulée. Tous les secteurs (agriculture, construction, finance, industrie, transport) doivent suivre une transformation similaire», indiquent les chercheurs.

Fin du charbon en 2030-35

D’ici à 2020, ils proposent d’éliminer toutes les subventions aux énergies fossiles (actuellement de 500 à 600 milliards de dollars par an), et de mettre en place une batterie d’instruments financiers et commerciaux visant à réduire les émissions (taxes carbone, quotas, etc.), même si cela sera «difficile dans le contexte politique  mondial qui émerge». D’ici trois ans, toutes les grandes villes et grandes entreprises devront avoir mis en place un plan de décarbonation, et plus de 100 pays devront s’être engagés à avoir un bilan net zéro d’ici à 2050, contre 49 pays actuellement.

La décennie 2020 sera celle de la recherche, en particulier sur les technologies de captage-stockage du carbone (CSC), le stockage de l’électricité et les carburants utilisés par l’aviation. A la fin de la décennie, le monde s’apprêterait à faire ses adieux au charbon, de premières grandes villes (Copenhague, Hambourg) pourraient proclamer l’abandon des énergies fossiles, tandis que l’Allemagne, la Norvège et les Pays-Bas interdiraient les nouveaux véhicules équipés de moteurs à combustion.

Fin du pétrole pour 2040-45

Rebelote pour la décennie 2030: plusieurs pays précurseurs (Norvège, Danemark, Suède) pourraient avoir entièrement électrisé leur économie et être proches du «zéro émission». Les moteurs à combustion interne se feront rares sur la route, et l’aviation ne recourra qu’à des carburants alternatifs (hydrogène, biométhane, carburants de synthèse), neutres d’un point de vue carbone. Alors que la fin du pétrole se ferait proche, les nouvelles constructions reposeraient elles aussi sur des matériaux à zéro émission, tels que le bois, la pierre ou la fibre de carbone. Le CSC permettrait d’éviter l’émission de 1 à 2 gigatonne de CO2 dans l’atmosphère chaque année.

La décennie 2040 sera celle du renforcement: tous les grands pays européens auront atteint la quasi-neutralité carbone, et la dynamique de marché incitera d’autres continents à aller dans ce sens d’ici 2050. Les chercheurs, qui n’excluent pas le recours aux réacteurs nucléaires modulaires, évoquent une aide d’appoint du gaz naturel, dont les émissions seront aisément épongées par le CSC, à même d’injecter sous terre jusqu’à 5 GtCO2 par an.

Pousser l’économie dans le bon sens

«Bien qu’il existe plusieurs signaux positifs que le monde est sur la voie de transformer rapidement son économie vers le ‘zéro émission’, la contagion peut aller dans un sens ou dans l’autre. Si les politiques ne soutiennent pas une transition rapide, par exemple en échouant à établir une réforme réglementaire et financière accordant un prix au carbone, alors il sera difficile de demeurer en-dessous de +2°C.  Toutefois il serait idiot de stopper la tendance en cours, alors que la décarbonation sera une stratégie majeure pour la croissance», concluent les chercheurs.



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