Climat: une facture très lourde pour l’Asie orientale

Le 18 octobre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Inondations et montée du niveau de la mer: les deux plaies de la Chine
Inondations et montée du niveau de la mer: les deux plaies de la Chine
© Xinhua

Selon une étude de la banque asiatique de développement, les conséquences des changements climatiques pourraient représenter plus de 5% du PIB des pays de l’Asie orientale. A moins, bien sûr, que ces derniers réduisent leurs émissions et s’adaptent.

L’adaptation aux conséquences des changements climatiques est sans nul doute l’une des clés des négociations internationales en cours. Toutes les régions du monde seront plus ou moins affectées par le réchauffement, mais les effets varieront du tout au tout entre les zones tropicales, les milieux tempérés et les éco-régions boréales.

 

En attendant la publication des deux prochains tomes du 5e rapport d’évaluation du Giec[1], la Banque asiatique de développement (BAD) s’est livrée à un intéressant exercice de prospective. Dans un rapport de plus de 200 pages, la banque régionale quantifie le coût des pertes économiques, passées et à venir, imputables aux effets de la perturbation du climat pour les pays de l’Asie orientale.

 

340 milliards de dollars, déjà

 

En cumulant les pertes d’écosystèmes, les effets des sécheresses, les dégâts des inondations, l’avancée de la désertification et le recul de la forêt, les experts chiffrent à 340 milliards de dollars (250 milliards d’euros) le montant de la facture climatique acquittée depuis 1970 par la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Mongolie extérieure. Et cela devrait empirer. Selon les scénarios climatiques, la température moyenne régionale devrait progresser de 1,9°C à 2,6°C entre la fin du XXe siècle et 2050[2]. De quoi alimenter la machine infernale climatique.

 

Sous l’effet des cyclones et des fortes précipitations, les infrastructures (de transport et d’énergie) devront être régulièrement reconstruites. Coût pour la région: entre 8 et 63 Md$ (entre 5,8 et 46 Md€) par an. Sous l’effet de la montée du niveau de la mer et de la recrudescence des tempêtes et des cyclones, le trait de côte asiatique va sensiblement évoluer. Une centaine de kilomètres carrés par an de littoral chinois seront engloutis chaque année, affirme la BAD.

 

Protéger les ports et les mégapoles côtières

 

Minuscule au regard d’un territoire dont la superficie dépasse les 10 millions de km2, cette érosion pourrait pousser une centaine de millions de Chinois à émigrer des côtes vers l’intérieur. Coût pour la collectivité: 153 Md$ (112 Md€). L’atelier du monde devra aussi adapter ses ports et ses mégapoles côtières (Shanghaï, Hong Kong, Canton, Tianjin, Macao) à la montée des eaux. Il lui faudra pour ce faire investir 4 Md$ (3 Md€) par an pendant les prochaines décennies. Les pays de la région devront aussi déménager leurs fermes d’aquaculture, reconstruire les infrastructures touristiques qui auront bien plus que les pieds dans l’eau.

 

Les Mongols mangeront moins

 

Confronté à une multiplication des épisodes de sécheresse et aux inondations toujours plus fortes, le secteur agricole sera à la peine. Selon les scénarios, le rendement des cultures de blé pourrait diminuer de 8% à 24% entre 2010 et 2050. La demande étant appelée à progresser (démographie oblige), les prix s’envoleront probablement. Dans le pire des cas, avance la BAD, la ration alimentaire des Mongols pourrait ainsi diminuer de 8% au milieu du siècle. A moins, bien sûr, d’investir près de 10 Md$ (7,3 Md€) par an pour préserver les rendements au niveau actuel

 

D’ici la fin du siècle, la réparation des conséquences des changements climatiques pourrait représenter 5,3% du produit intérieur brut (PIB) régional. Par comparaison, les dégâts survenus depuis 1970 ont représenté… 0,2% du PIB local.

 

Des solutions? De deux ordres. D’une part anticiper les évolutions annoncées par les climatologues. Protéger les villes côtières et les ports, renforcer les infrastructures routières, électriques et gazières, préparer l’agriculture, permettra non seulement de créer de la richesse et de l’emploi à court terme, mais aussi de réduire des trois quarts le coût du réchauffement par rapport à un scénario business as usual.

 

Seconde priorité avancée par la banque: réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). La région abrite le quart de la population mondiale mais rejette le tiers des GES «énergétiques». L’amélioration de l’efficacité énergétique et la substitution du charbon par le gaz pourraient contribuer à alléger considérablement et rapidement l’empreinte carbone de l’Asie orientale. Et ce faisant améliorer sensiblement la qualité de l’air des grandes agglomérations. Reste à trouver les financements. L’un des principaux points de blocage de négociations climatiques qui traînent depuis le début des années 1990.

 

http://www.adb.org/news/03-gdp-would-protect-east-asia-climate-change-adb-report

 



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

[2] Et 3,8°C à 5,2°C d’ici la fin du siècle.

 



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