Climat: une COP en quête de champion

Le 06 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Cette année, l'avenir du climat se joue à Bonn.
Cette année, l'avenir du climat se joue à Bonn.
ONU

En délicatesse avec l’ONU, les Etats-Unis ont ruiné le leadership climatique bâti par l’administration Obama. L’Europe peine à élaborer sa stratégie. Reste la Chine?

 

C’est parti pour un nouveau round. Pour la 23e fois[1], les délégués de 197 pays, parties à la convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques, se retrouvent deux semaines durant pour faire progresser la lutte contre le réchauffement. Deux ans après le succès enregistré au Bourget (lors de la COP 21), le soufflé semble être retombé dans ce parlement du climat mondial. Malgré une entrée en vigueur ultra rapide de l’Accord de Paris, l’aiguille du baromètre reste plantée sur Variable. Terminé, le grand beau diplomatique.

Les acteurs non étatiques en action. Collectivités territoriales et grandes entreprises accroissent leurs investissements ‘bas carbone’. Il y a quelques semaines, 12 métropoles, membres du réseau C40, ont annoncé qu’elles visaient le zéro émission net d’ici 2030, en développant les énergies renouvelables et les transports ‘propres’. De leur côté, les 300 plus grandes entreprises de la planète se sont engagées à adapter leur stratégie à l’aune de l’objectif de stabilisation du réchauffement à 2°C. «L’atteinte des buts fixés par les NDC nécessitera d’investir 23.000 milliards de dollars (19.800 Md€) d’ici 2030», résume un récent rapport de l’International Finance Corporation. Des montants 13 fois plus élevés que les 100 Md$ (86 Md€) que les pays riches se sont engagés à rétrocéder annuellement, à partir de 2020, aux nations les plus menacées par les conséquences du réchauffement.

Les mauvaises nouvelles se sont accumulées ces derniers mois. Les émissions de gaz à effet de serre restent trop importantes, rappelait récemment l’ONU Environnement. En forte hausse, les événements climatiques extrêmes continuent leur œuvre de dévastation, jetant sur les routes des dizaines de millions de personnes. Mais ce que retiennent essentiellement les négociateurs c’est, bien sûr, l’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris, le 2 juin.

Faut-il croire Trump?

Cinq mois plus tard, le discours de Donald Trump est considéré avec circonspection. Légalement, Washington ne peut effectivement mettre un terme à sa participation à l’accord qu’en novembre 2020. Pratiquement, le jour de l’élection présidentielle. De plus, le département d’Etat n’a toujours pas officiellement notifié la décision du président Trump à l’ONU; qui reste donc, juridiquement, nulle et non avenue.

Charbon propre, gaz et nucléaire

Cette drôle de situation laisse quelque espoir à Andrew Steer: «La délégation américaine sera dirigée par Thomas Shannon, un diplomate de carrière. Jusqu’à présent, le travail des négociateurs américains a été constructif. Je ne pense pas que cela évoluera. La seule renégociation que les officiels américains veulent ouvrir pendant la COP 23 porte sur le contenu de la NDC[2], que la Maison blanche considère comme un frein à la relance de l’économie», explique le PDG du World Resource Institute (WRI). Dit autrement, les négociateurs US se feront les chantres du ‘charbon propre’, du gaz et des centrales nucléaires. Les ONG apprécieront.

Ni Maroc, ni Fidji

En attendant, le leadership américain, bâti par l’administration Obama, n’est plus. Et le parlement du climat se cherche un nouveau mentor, capable de redynamiser la lutte contre le réchauffement. Président de la COP 22, le Maroc, qui semble désormais privilégier ses affaires internes à la lutte contre le réchauffement, n’est pas un candidat sérieux. Pas plus que les minuscules Îles Fidji qui tiendront les rênes de la COP 23, avec le soutien du gouvernement allemand.

Les 28 à la peine

Peu de regards se tournent vers l’Union européenne. Les (encore) 28 peinent à s’accorder sur les moyens de réduire effectivement de 40% leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2030: but du paquet Energie Climat 2030.

 

Reste la Chine. Dans les négociations, l’empire du Milieu dirige de facto le groupe du G77 (qui rassemble 134 pays): un poids lourd de la COP. Mieux, Pékin a fait de l’atténuation et de l’adaptation des chevaux de bataille politiques et économiques. Au cabinet de Nicolas Hulot, on souligne que le pays dirigé par Xi Jinping a déjà atteint ses objectifs en matière d’énergie renouvelable fixés pour 2020.

Objectifs dépassés

En octobre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rappelait que 40% des nouvelles capacités éoliennes et solaires mondiales sont mises en service en Chine. A Bonn, certains observateurs s’attendent à ce que Pékin annonce enfin le lancement de son marché national de quotas d’émission de GES. Bref, Pékin fait l’objet du candidat idéal. Ce qui explique sans doute le récent rapprochement de l’Union européenne, de la Chine et du Canada.

 

 

 



[1] En fait, ce sera la 24e fois que les négociateurs se retrouveront lors d’une COP. En 2000, les Pays-Bas et l’Allemagne avaient dû organiser deux conférences, à La Haye et Bonn, pour faire avancer les négociations qui, à l’époque, portaient sur les règles d’application du protocole de Kyoto, conclu en 1997.

[2] Les NDC ou contributions déterminées au niveau national désignent l’ensemble des politiques et mesures climatiques présentées avant la COP 21 par les gouvernements. Elles encadrent l’action publique jusqu’en 2030.

 



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