Climat: un surprenant classement des compagnies pétrolières

Le 01 août 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Arabie, où il suffit parfois de se baisser pour trouver du pétrole.
L'Arabie, où il suffit parfois de se baisser pour trouver du pétrole.
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L’association Carbon Tracker Initiative (CTI) s’est livrée à un étonnant exercice: évaluer la compatibilité des stratégies des compagnies pétrolières avec les objectifs de l’Accord de Paris. Un rapport dont les conclusions ont de quoi surprendre.

 

Les experts de cette ONG particulière[1] ont vérifié la compatibilité des investissements dans l’amont pétrolier et gazier (l’exploration et la production d’hydrocarbures)[2] avec deux scénarios de décarbonation rapide développés par l’Agence internationale de l’énergie (AIE): le 2DS[3], qui vise un réchauffement de 2°C et le B2DS[4] qui entend réduire à 1,75°C la montée du thermomètre mondial.

Pour analyser les investissements des pétrogaziers (en progression du fait de la remontée des prix du brut), les experts de CTI ont une idée en tête: l’atteinte des objectifs fixés par la COP 21 n’est envisageable qu’en laissant sous terre une bonne partie du pétrole et du gaz naturel.

gisements rentables

Pour réduire le bilan carbone des compagnies pétrolières et gazières, seuls les gisements les plus rentables devraient être exploités: le juge de paix étant leur coût de production, tel qu’annoncé par les compagnies.

Les rapporteurs ont ensuite regardé quelle proportion de ces investissements était incompatible avec le budget carbone pour 2°C/1,75°C, avant de classer les entreprises auditées en 4 quartiles: le 4e regroupant les sociétés les moins soucieuses du climat.

Supprimer un projet sur trois

Sans surprise, on trouve dans cette catégorie moult compagnies américaines, dont ExxonMobil. Plus surprenant, Total y figure aussi. Les analystes de CTI estiment que 20% à 30% des investissements de l’amont annoncés par le groupe présidé par Patrick Pouyanné sont incompatibles avec le 2DS de l’AIE. Ce niveau d’incompatibilité oscille entre 30% et 40% avec le scénario B2DS. Dit autrement, la Major française devrait renoncer à environ un projet sur trois pour rester dans les clous climatiques. Pourquoi pas?

L’étonnement atteint son paroxysme à la lecture de la liste des compagnies jugées les plus ‘vertueuses’ pour le climat. Dans ce premier quartile, on trouve en effet Sasol, le pétrolier sud-africain, bien connu pour avoir développé durant l’Apartheid une production de pétrole synthétique à partir du charbon: une technologie au bilan carbone désastreux.

brut pas cher

Autre leader climatique incontestable (12 millions de barils produits chaque jour): Aramco. La compagnie pétrolière nationale d’Arabie saoudite peut effectivement afficher des coûts d’investissements faibles dans une région où le brut affleure parfois à la surface. En revanche, ni Sasol ni Aramco ne sont impliqués, comme Total, dans la production d’électricité ni les énergies renouvelables, deux piliers de la décarbonation du secteur énergétique. Comprenne qui pourra.

 



[1] Economistes, analystes et financiers, ses experts évaluent la compatibilité des politiques économiques et des stratégies d’entreprise avec les engagements climatiques internationaux. 

[2] Pour la période 2018-2025.

[3] Pour 2 Degrees Scenario.

[4] Pour Beyond 2°C Scenario.

 



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