Climat: un paysan du Sud défie un énergéticien du Nord

Le 14 novembre 2017 par Stéphanie Senet
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Saúl Luciano Lliuya a porté plainte contre le groupe allemand RWE
Saúl Luciano Lliuya a porté plainte contre le groupe allemand RWE
Pascal Molinario - Germanwatch

La justice allemande a créé un précédent historique, le 13 novembre, en déclarant recevable la demande de réparation d’un paysan péruvien contre l’énergéticien RWE à cause des dégâts causés par le changement climatique dans les Andes.

 

Les recours climatiques défient l’imagination. Après une salve d’actions en responsabilité menées contre les Etats pour leur inaction climatique, la haute cour régionale de Hamm (Rhénanie du Nord-Westphalie - Allemagne) a accepté de juger un nouveau type de recours. Soit la plainte d’un habitant d’un pays du Sud, un fermier et guide de montagne péruvien soutenu par l’ONG allemande Germanwatch, contre une entreprise polluante du Nord, le géant allemand de l’énergie RWE.

 

Une page d’histoire

Ce n’est que la première étape d’un processus judiciaire qui s’annonce encore long. Mais elle crée un précédent au niveau mondial. «Le tribunal a écrit une page d’histoire en matière de droit environnemental. Il laisse clairement entendre que les gros émetteurs comme RWE ont fondamentalement l’obligation d’aider les victimes du changement climatique dans les pays pauvres», se félicite Germanwatch dans un communiqué.

 

David contre Goliath

Désormais, le fermier Saul Luciano Lliuya et l’énergéticien ont 15 jours pour fournir des arguments complémentaires à la Cour avant qu’elle ne décide, le 30 novembre, si oui ou non, elle compte poursuivre la procédure.

Sans surprise, RWE plaide l’irrecevabilité d’une plainte «injustifiée», car «il n’est pas possible d’imputer juridiquement à un émetteur particulier des conséquences spécifiques d’un changement climatique», dixit le groupe allemand. Un argument qui avait emporté l’adhésion du tribunal de première instance en 2016. A travers le monde, pourtant, des magistrats écrivent une nouvelle histoire, ne laissant plus la responsabilité climatique à la sphère politique, acceptant de juger les affaires et de condamner les Etats laxistes, comme l’a révélé le recours de l’ONG Urgenda aux Pays-Bas. Et l’entreprise RWE est la plus grosse émettrice de CO2 en Europe, même si elle n’a pas de centrale au Pérou. Au niveau mondial, les émissions liées à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient encore croître de 0,8 à 2,9% cette année et atteindre un nouveau record.

 

Fonte des glaciers

De son côté, Germanwatch a du pain sur la planche puisqu’elle doit prouver la responsabilité partielle de RWE dans l’exposition de la ville d’Huaraz (Cordillère des Andes péruvienne) aux risques climatiques, et en particulier aux risques d’inondation dus à la fonte des glaciers.

Saul Luciano Lliuya réclame précisément le remboursement, par RWE, d’une partie des travaux de sécurisation d’Huaraz contre les inondations et des 6.300 euros déboursés pour protéger sa maison contre la montée des eaux. «Nous espérons gagner mais nous savons bien que même en cas de victoire, cela n’arrêtera pas le changement climatique. Je veux toutefois pouvoir retourner dans ma montagne et dire aux gens que j’ai fait quelque chose pour eux», confie le guide.

Prospection pétrolière / La Norvège se retrouve elle aussi dans le box des accusés suite au recours déposé par plusieurs ONG, dont Greenpeace, pour ses licences de prospection pétrolière attribuées dans les eaux arctiques de la mer de Barents, situées à proximité de la banquise. A l’issue de ce procès, qui se tient du 14 au 23 novembre, les juges norvégiens devront notamment décider si les licences enfreignent le droit à un environnement sain inscrit dans la constitution norvégienne et si elles sont contraires à l’Accord de Paris.


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