Climat, un mal français?

Le 04 novembre 2014 par Chantal Jouanno
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Chantal Jouanno
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Triste ironie. Le 23 septembre dernier, l’ONU organisait un sommet mondial sur le changement climatique. Deux jours plus tôt, les rues de New York étaient envahies par 400.000 manifestants pacifiques. Cette foule joyeuse et bigarrée réclamait une chose: que les chefs d’état et de gouvernement présents dans la Big Apple s’entendent pour maîtriser nos émissions de gaz à effet de serre.

Lancée par les réseaux sociaux, cette manifestation était, en fait, mondiale. En des centaines d’endroits de la planète, des citoyens du monde ont exigé des actions pour stabiliser le réchauffement à 2°C.

A Paris, qui accueille l’an prochain le sommet au cours duquel devrait être signé un accord «universel» de lutte contre le changement climatique, c’était le désert. 4.000 personnes s’étaient retrouvées, dans une ambiance bon enfant, pour marcher contre le réchauffement. Cent fois moins qu’à New York!

Faut-il en déduire que les Français ont passé le changement climatique par pertes et profits? Je ne le crois pas. Ils sont simplement échaudés par les promesses que nous leur avons faites. Car, depuis que la loi Pope de 2005 oblige la France à réduire de 80% ses émissions de GES d’ici 2050, qu’avons-nous fait? Le Parlement a, certes, adopté, à une quasi-unanimité, les lois Grenelle I et II qui ont donné quelques outils aux collectivités et aux entreprises pour avancer.

Mais la dynamique s’est, par la suite, enrayée. Et nos concitoyens qui assistent aux débats sur la transition énergétique ont l’impression de voir leurs élus voter des dispositions déjà existantes. C’est sans doute exagéré. Mais dans le fond, ils n’ont pas tout à fait tort.

Alors que les concentrations de gaz à effet de serre n’ont jamais été aussi élevées, que la biodiversité recule partout —le dernier rapport du WWF nous le rappelle—, que le niveau de la mer —toujours plus acide et plus chaude— s’élève irrépressiblement, notre action paraît paralysée.

Or, réduire notre empreinte carbone, c’est moderniser notre système de transport et notre industrie, c’est réviser notre urbanisme, c’est aussi rénover notre parc de logements, c’est enfin revoir notre relation à l’énergie. Autant d’éléments d’un formidable projet de société! Un projet que, nous, politiques, sommes incapables de proposer à la Nation.

N’ayant plus à trancher entre plusieurs programmes, les électeurs se déterminent, tout naturellement, sur un ego, sur des slogans.

Pourquoi avons-nous perdu cette capacité d’attraction des idées et des citoyens? Cette question appelle au moins deux réponses. Par leur fonctionnement interne, nos partis sont devenus des machines à exclure les femmes, les hommes, les concepts. Le processus mis en œuvre doit conduire à ne faire émerger qu’une personnalité et quelques idées médiatisables. On est loin d’un projet de société tel que pouvait le concevoir le duo Chaban-Delmas/Delors.

Ma conviction, c’est aussi que nous nous trompons de gouvernance. Enfants du colbertisme et du jacobinisme, nous continuons de tout attendre de l’état, réputé omniscient, omniprésent, omnipotent. Cette époque n’est plus. Qu’elle vise la décarbonation de notre économie ou la lutte contre la précarité énergétique, l’action publique efficace se mène désormais à l’échelon des territoires. Ensemble, départements, régions et société civile nous engagent sur le chemin de l’après-pétrole. C’est vrai en France, mais aussi dans bien d’autres pays. Je pense aux états-Unis, à l’Allemagne ou à la Chine.

Un peu plus d’un an avant la tenue du sommet climatique de Paris, le gouvernement entend réduire le nombre de régions françaises, sans accroître leurs prérogatives et leurs capacités de bonne gouvernance. Une nouvelle preuve, s’il en était encore besoin, de notre incapacité collective à penser global et à agir local. C’est pourtant ce qu’il est urgent d’entreprendre, si nous voulons stabiliser à 2°C le réchauffement climatique.

 


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