Climat: un conseil supérieur des programmes bien noyauté

Le 21 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et pourtant, elle chauffe !
Et pourtant, elle chauffe !
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Trois membres de l’institution chargée par le ministre de l’Education de revoir les programmes climat, biodiversité et développement durable soupçonnés de sympathie climato-sceptique.

 

Et si l’affaire du conseil supérieur des programmes (CSP) était plus grave que prévu? L’histoire est désormais connue. Saisie par le ministre de l’Education nationale, l’instance chargée de cadrer les programmes scolaires a auditionné, ces dernières semaines, une vingtaine d’experts pour l’aider à réécrire les portions des manuels de premier cycle consacrées au climat, à la biodiversité et au développement durable. Rien que de très louable.

se faire son opinion

Plus critiquable, en revanche, est le choix desdits experts fait par le CSP. Dans le lot, on trouve François Gervais et Vincent Courtillot, deux climato-sceptiques notoires, dont les thèses farfelues ont systématiquement été démontées par des climatologues professionnels. Questionnée sur cet étrange panel, Souâd Ayada, la présidente du CSP, a indiqué qu’elle souhaitait se faire son opinion par elle-même. Et puis, «le scepticisme est une qualité intellectuelle», explique cette spécialiste du soufisme. «Mais comment une philosophe peut-elle juger de la qualité d’éléments scientifiques dont elle ignore tout», s’interroge le climatologue Jean Jouzel, l’un des (véritables) experts auditionnés.

écouter toutes les opinions

La réponse se trouve peut-être dans la composition même du CSP? Dans cet aréopage, on voit de tout: des professeurs, des chercheurs, des inspecteurs de l’Education nationale, dont la plupart ne doivent avoir qu’un vague souvenir d’une classe. On trouve également six parlementaires et deux membres du CESE, rarement présents aux réunions.

La lecture du compte-rendu de la séance du 10 octobre dernier n’est pas dénuée d’intérêt. A l’évidence, certains membres du CSP sont plus ou moins sensibles aux délires des climato-sceptiques. Gullaume Duval (membre du CESE) «exprime son désaccord sur l’idée que toutes [les opinions] se valent.» Mais le sentiment du journaliste n’est pas partagé par plusieurs de ses collègues. La directrice adjointe de la fondation de coopération scientifique «La main à la pâte», Béatrice Salviat, estime «qu’on se doit d’écouter toutes les opinions exprimées par les scientifiques qui ont été auditionnés». La science du climat serait donc une histoire d’opinions.

trouver un équilibre

Alain Cadix cherche à calmer les débats. L’ancien directeur des ressources humaines de Dassault Aviation se félicite qu’il existe «un consensus fort autour de certaines questions liées à l’environnement (eau, pollution, déchets), sur ces points le travail du CSP peut avancer facilement». Qu’en est-il du climat? «Quant aux autres thèmes faisant l’objet de controverses scientifiques, comme ceux relatifs au changement climatique, il convient de trouver un équilibre entre les différentes voix qui s’expriment.»

Bref, à entendre certains membres du CSP, il suffit d’éditer des âneries sur un sujet dont on ignore tout ou presque pour faire douter du consensus (réel) scientifique. Et réviser en conséquence les manuels scolaires. Affligeant.

Pour tenter de minorer la contamination des futurs programmes par les sceptiques, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, auditionnée par le CSP, demande la publication des présentations faites par chacune des personnalités entendues. Ce que la paléoclimatologue a aussi fait. Aucun des membres du CSPE interrogé par Le JDLE n’a souhaité s’exprimer sur la proposition. Les recommandations du conseil doivent être collégialement rédigées d’ici au 21 novembre, avant d’être en principe adoptées le 28 novembre.