Climat: un bon point pour le Conseil supérieur des programmes

Le 06 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Désormais, toutes les rentrées seront plus chaudes.
Désormais, toutes les rentrées seront plus chaudes.

L’organe en charge de la préparation des programmes scolaires propose de renforcer la sensibilisation des plus jeunes aux changements climatiques, à l’érosion de la biodiversité et aux enjeux du développement durable. Reste à savoir si les professeurs suivront.

 

L’affaire a fait grand bruit. Chargé de toiletter l’enseignement du climat, de la biodiversité et du développement durable, des petites classes au collège, le conseil supérieur des programmes (CSP) avait choisi d’auditionner un large panel d’experts avant de prendre la plume. Entendre des voix différentes permet de se forger une opinion par soi-même, avait justifié la présidente du CSP, Souâd Ayada. La philosophe aura été servie. En plus de climatologues patentés, comme Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte ou Laurent Bopp, la spécialiste du soufisme a tenu à écouter deux climato-sceptiques notoires, Vincent Courtillot et François Gervais.

polémique

Critiqué à l’extérieur, ce choix est assumé en interne: «on se doit d’écouter toutes les opinions exprimées par les scientifiques qui ont été auditionnés», confirmait dans un compte-rendu de réunion du conseil Béatrice Salviat, par ailleurs directrice adjointe de la fondation de coopération scientifique «La main à la pâte». Problème: les thèses climatiques défendues par Vincent Courtillot et François Gervais ont toutes été démontées par les climatologues. Il ne s’agit donc plus d’opinions mais d’inexactitudes voire d’erreurs scientifiques.

Le CSP s’est donné le temps de la réflexion avant de rendre sa copie, durant les premiers jours de la COP25. Le devoir est de taille: une note et quatre annexes. Ensemble, les propositions de réforme des programmes «environnement-climat» des quatre premiers cycles s’étalent sur plus de 420 pages. Ce niveau de détail laisse supposer que le décret qui réformera les programmes est quasiment rédigé. Et heureusement. Car, si ces programmes doivent être appliqués dès la rentrée de septembre 2020, ils devront être publiés avant la fin de l’hiver. Bref, les membres du groupe de travail n’ont ni chômé, ni démérité.

Pas d’ambiguïté

A commencer par la note d’orientation qui ne souffre d’aucune ambiguïté. «Le changement climatique, la réduction de la biodiversité et la préoccupation partagée du développement durable constituent aujourd’hui des enjeux majeurs: ils sont au cœur des débats de notre société et à l’origine des mobilisations récentes de la jeunesse», attaquent, d’emblée, les auteurs. Contrairement à qu’ont pu craindre les véritables climatologues, ni la note ni ses annexes n’entrouvrent la moindre porte vers un scepticisme, fut-il masqué par une pluralité des «opinions». «Les climato-sceptiques n’ont pas convaincu», se félicite François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et du climat à l’université de Liège

Le but affiché de ses recommandations est sensibiliser précocement les élèves, de leur inculquer le respect de l’environnement et de les encourager à s’engager en faveur de la protection de la biodiversité, du climat. Le tout en leur offrant des perspectives acceptables. «Au terme de la scolarité, un enfant doit posséder les connaissances indispensables pour comprendre le réchauffement climatique, la destruction accélérée des écosystèmes naturels, et prendre la mesure des risques qui en découlent pour les sociétés humaines. [… ] Pour autant, il ne doit pas être enfermé dans une vision catastrophiste du monde.» Les professeurs, tous les professeurs, ont intérêt à se montrer convaincants.

Impliquer toutes les matières

De la gymnastique aux sciences de la vie, le CSP propose, en effet, d’impliquer toutes les matières des quatre premiers cycles. «C’est une grande ambition que d’avoir réussi à insérer dans tous les programmes de français, de sciences, de littérature, de langues des notions de climat, de biodiversité et de développement durable, se félicite l’académicien des sciences Pierre Léna. Même si pour ce dernier sujet, regrette le président d’honneur de la fondation La main à la pâte[1], on reste le plus souvent dans le domaine de l’incantatoire».

Nombre d’observateurs craignent toutefois que la vision systémique pâtisse de ce saupoudrage de climat, de biodiversité et de développement durable dans toutes les matières. «On va étudier l’océan en SVT, l’effet de serre en chimie, les forêts en géographie: ce morcellement des programmes ne permettra pas de donner une vision globale et systémique aux élèves», craint Pierre Léna «Il ne faut pas que le climat soit considéré comme un mécanisme naturel de plus. L’enseignement du changement climatique et de la biodiversité impose de fusionner les savoirs produits par les sciences sociales et les sciences de la terre», complète François Gemenne.

Si elle n’entrait pas dans la mission confiée au CSP, la question de la formation du corps enseignants à ce nouveau type d’enseignement apparaît comme primordiale à une sensibilisation réussie des petites têtes blondes aux questions touchant au Changement global. Reste à savoir si le ministère de l’Education nationale en a pris conscience. A moins que ce sujet ne fasse l’objet d’un prochain rappor ?



[1] Créée par Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré, la Main à la pâte est une fondation de coopération scientifique avec l’Education nationale. Chaque année, elle forme plusieurs milliers de professeurs à la science et met à leur disposition de nombreux outils pédagogiques. Elle anime aussi l’Office for Climate Education, organisation chargée de promouvoir et développer l’éducation au changement climatique.

 



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