Climat: quand des actionnaires veulent changer le business model de gros émetteurs

Le 24 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La stratégie des producteurs d'énergies fossiles est incompatible avec l'Accord de Paris.
La stratégie des producteurs d'énergies fossiles est incompatible avec l'Accord de Paris.

Les investisseurs imposent à de grands producteurs d’énergies fossiles de prendre en compte dans leur stratégie risques climatiques et opportunités offertes par le réchauffement. Une première.

L’activité des compagnies produisant des énergies fossiles est-elle durable? Non, répondent les climatologues. Depuis des années, les scientifiques estiment que nous pouvons émettre encore un petit millier de milliards de tonnes de CO2 si nous voulons avoir une bonne chance de stabiliser à 2°C la montée des températures.

Personne, en revanche, n’avait évalué l’impact climatique de la poursuite à tout crin de notre modèle énergétique. C’est chose faite. Dans un article publié en début de semaine par Nature Climate Change, Katarzyna Tokarska (université canadienne de Victoria) et ses collègues estiment l’effet sur le climat de la combustion de toutes les réserves connues d’énergies fossiles. Résultat: la température moyenne globale pourrait s’élever de 6,4°C à 9,5°C. Ce réchauffement serait pire encore en Arctique: entre 14,7°C et 19,5°C, de quoi faire fondre à grande vitesse banquise et calotte polaire. Certes, le résultat de ces modélisations nous mène au début du XXIVe siècle. Mais les premiers effets de ce scénario business as usual se feraient rapidement sentir: pollution de l’air, élévation du niveau des mers, accroissement du nombre et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, etc.

Infléchir la stratégie des géants

Coïncidence, c’est précisément au moment où les climatologues rappellent les conséquences du pire des scénarios que certains de leurs actionnaires tentent d’infléchir la stratégie des géants des énergies fossiles. Les 24 et 25 mai, les représentants de nombreux fonds d’investissement essayeront de faire voter des résolutions climatiques, lors des assemblées générales de Shell (ce mardi 24 mai), de Southern et d’ExxonMobil (le 25 mai).

Que demandent les investisseurs[1]? Simple. Que ces groupes pétrogaziers vérifient que leur politique à long terme est compatible avec l’engagement pris, le 12 décembre dernier, par 195 Etats de stabiliser le réchauffement climatique à 2°C, voire 1,5°C. La réponse est presque connue. Dans une étude publiée il y a quelques jours, l’ONG ShareActions estimait que son portefeuille d’actifs et sa stratégie sont totalement incompatibles avec une décarbonation du groupe Shell. Même à long terme. La vision d’ExxonMobil n’est pas plus prometteuse. Le géant texan estime que le monde consommera 105 millions de barils de pétrole par jour (Mb/j) vers 2040. Les scénarios «2°C» de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), voire de ses concurrents Statoil ou ConocoPhilips, tablent sur des consommations plus proches des 75 Mb/j.

Stress-test climatique

Ces résolutions ont-elles une chance d’être adoptées? Pas impossible. Le 6 mai dernier, il s’en est fallu de peu (48,99%) pour que l’assemblée générale d’Occidental Petroleum adopte l’idée d’un tel stress-test climatique. Ces dernières semaines, en revanche, les actionnaires des compagnies minières Glencore, Anglo American et Rio Tinto (toutes productrices de charbon) leur ont, légalement, imposé de publier les risques et les opportunités de développement que présente le changement climatique.

La question n’est pas seulement éthique, ni environnementale. Mais tout bonnement une histoire d’argent. Bon nombre d’actionnaires et d’investisseurs institutionnels gardent en tête une étude récemment publiée par la Carbon Tracker Initiative (CTI). Dans ce rapport, les analystes de ce laboratoire d’idées affirment que la valeur boursière des 7 Majors pétrolières gagnerait une centaine de milliards de dollars si leur programme d’investissements avait les 2°C pour objectif. A moins, bien sûr, que le prix du baril atteigne les 120 dollars (107,5 €). Ce qui est peu probable en période de surproduction.

Total est l’une des rares compagnies pétrolières à avoir anticipé l’offensive des investisseurs. Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné espère que sa toute nouvelle direction des énergies bas carbone génèrera 20% du chiffre d’affaires dans les prochaines années.



[1] Parmi lesquels on trouve Axa, Calpers, Amundi, Natixis, l'Eglise d’Angleterre, BNP Paribas, Robeco, Mercy.

 



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