Climat: pourquoi on ne peut toujours pas croire les statistiques chinoises

Le 29 mars 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les émissions chinoises pourraient avoir été minorées de 10%.
Les émissions chinoises pourraient avoir été minorées de 10%.
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Chiffres à l’appui, trois climatologues estiment que les statistiques officielles ont fortement minoré les rejets carbonés chinois.

Les vieux démons ont la vie dure. Voilà des années que la Chine est accusée de produire des statistiques de consommation de charbon ou d’émission de gaz à effet de serre qui ne reflètent pas la réalité de l’activité industrielle de l’empire du Milieu. A quelques semaines de la signature de l’accord de Paris, Pékin se fait, une fois encore, prendre la main dans le tas de charbon.

Incroyable, mais faux

En février 2015, le Bureau national de la statistique (BNS) publie les principaux chiffres de l’année écoulée. Ceux de la consommation de charbon retiennent l’attention: - 2,9% en un an. La production nationale est supposée avoir reculé de 2,5% (à 3,87 milliards de tonnes par an). Dans la foulée, les importations baissent de près de 11%. Formulée plus tard par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la conclusion s’impose d’elle-même: entre 2013 et 2014, la Chine a abattu de 1,5% ses émissions de CO2 énergétique et de 0,2% ses rejets totaux. Avec un taux de croissance du PIB de 7%, cela paraît incroyable... Mais c’est faux!

Le premier à en convenir a d’ailleurs été le BNS. Revenant sur leurs données initiales, les statisticiens chinois ont par la suite estimé à 0,06% le niveau de progression de la consommation chinoise de charbon entre 2013 et 2014. Un chiffre corroboré par la suite par BP. Comment passer d’une baisse significative à une (petite) hausse?

Grosse arnaque

Traditionnellement, les officiels soulignent la difficulté à faire remonter à Pékin les données collectées (plus ou moins bien) par les gouvernements régionaux. Autre possibilité: tricher. Entre 2000 et 2012, les statistiques pékinoises ont systématiquement majoré de 10% le rendement du secteur énergétique national et minoré de 40% le facteur carbone du charbon consommé.

Ce n’est pas tout, estiment trois chercheurs du Centre international pour les recherches sur le climat et l’environnement d’Oslo (Cicero). Dans l’article qu’ils publient dans Nature Climate Change, Jan Ivar Korsbakken et ses collègues affirment que les premiers chiffres du BNS ne prennent en compte que l’évolution de la consommation (en masse) de charbon. A contrario, les évaluations postérieures s’appuient sur l’énergie produite par tous les produits charbonniers.

En combinant ces données plus représentatives de l’activité industrielle réelle à des facteurs d’émission du secteur énergétique chinois, recalculés par une équipe internationale, la donne change singulièrement. Cette fois, les émissions ne baissent plus, mais augmentent d’environ 0,8% entre 2013 et 2014. En passant à ce nouveau crible les statistiques des années passées, les trois climatologues estiment que la Chine a allégé d’environ 10% ses émissions annuelles entre 2000 et 2013. Une arnaque à 7,6 Mdt CO2!



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