Climat: pourquoi la Suisse veut légiférer sur la géo-ingénierie

Le 27 février 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Franz Perrez est l'ambassadeur suisse de l’environnement.
Franz Perrez est l'ambassadeur suisse de l’environnement.
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Dans un entretien exclusif accordé au JDLE, Franz Perrez, l’ambassadeur suisse de l’environnement, explique pourquoi Berne veut encadrer au niveau mondial l’usage des techniques qui pourraient refroidir le réchauffement.

 

Ces deux prochaines semaines, lors de la prochaine assemblée générale de l’ONU Environnement, la Suisse tentera de faire adopter un projet de résolution appelant à un contrôle de la géo-ingénierie. Pour quelles raisons?

Dans plusieurs pays du monde existent des projets de modification du climat, utilisant des technologies dont les effets sont mal connus. Cela va des systèmes permettant d’éclaircir le ciel, pour s’assurer que des événements populaires se passent sous un beau soleil, à des dispositifs d’injection de particules dans la haute atmosphère, pour réduire l’intensité du rayonnement solaire. Certaines de ces activités peuvent avoir des effets globaux. Ainsi, une gouvernance globale sera nécessaire.

 

Quels types de risques craignez-vous?

Un exemple: la science travaille sur des techniques permettant de réduire la puissance des cyclones de l’Atlantique Nord. Mais il est possible que ces techniques aient aussi des conséquences importantes sur le cycle de l’eau en Afrique.

 

Que propose la résolution suisse?

Le texte demande que l’ONU Environnement, qui en a la capacité juridique et scientifique, mène une évaluation complète de toutes ces techniques. De cette façon, nous saurons, quand le moment sera venu, quel mode de gouvernance appliquer. Le sujet est complexe car chaque technique de géo-ingénierie est particulière et pose des problèmes spécifiques. Dans l’idéal, nous devrons donc probablement imaginer un mode de gouvernance particulier à chaque technologie, certaines globales, d’autres purement nationales.

 

La convention sur la diversité biologique a déjà instauré un moratoire sur la fertilisation des océans. Pourquoi n’avoir pas cherché à l’amender?

Cette convention a une approche qui se concentre sur la perspective de biodiversité, mais la géo-ingénierie a une dimension qui va au-delà de la biodiversité. En outre, la décision de la convention sur la diversité biologique, qui est non contraignante, s’applique seulement aux pays qui ont ratifié cette convention.

 

Seulement 10 pays co-signent le projet de résolution suisse. C’est un faible soutien.

Ce n’est pas notre vision des choses. Beaucoup de propositions ne sont soumises que par un pays. Un pays de chaque région onusienne soutient la résolution, des grands et des petits pays la soutiennent. C’est rare qu’une résolution soit soutenue par une telle diversité de pays. Cela souligne l’importance globale du sujet. Mais c’est pendant les débats, qui se dérouleront les deux prochaines semaines à Nairobi (Kenya), que les gouvernements dévoileront leurs positions.

 

Aucun soutien européen?

La Suisse a, bien sûr, pris contact avec la Commission européenne et certains Etats membres de l’UE. Mais il faut beaucoup de temps pour forger un consensus politique au sein de l’Union.

 

Avez-vous bon espoir de voir cette résolution adoptée?

Ce ne sera pas facile. Car les intérêts divergent. Certains pays sont très défavorables aux techniques de géo-ingénierie. D’autres, en revanche, sont plus ouverts. Mais ils craignent, suite aux réticences exprimées par le Giec[1] dans son dernier rapport d’évaluation, que l’évaluation que nous demandons à l’ONU Environnement soit déjà écrite.



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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