Climat: pourquoi la crise va s’aggraver

Le 28 mai 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les émissions de CO2 énergétiques ne cessent de progresser.
Les émissions de CO2 énergétiques ne cessent de progresser.
Enerdata

Les 20 pays les plus riches de la planète ne parviennent pas à se sevrer des énergies fossiles, indique le dernier bilan énergétique mondial d’Enerdata.

 

Il est d’étonnantes pudeurs. Le 9 mai dernier, Eurostat publiait les derniers chiffres des émissions de gaz carbonique des 28. Divine surprise, la tendance était, pour une fois, à la baisse. Voire à la forte baisse. Entre 2017 et 2018, indiquait l’agence des statistiques communautaires, l’Union européenne a réduit de 2,5% ses rejets de CO2 anthropiques. En tête du peloton des pays vertueux, la France pouvait même s’enorgueillir d’une chute de 3,5% de ses rejets carbonés. Du jamais vu depuis fort longtemps. Or, point de communiqué du ministère de la transition écologique pour célébrer l’événement. Tout juste un petit tweet du ministre de Rugy. On a connu ce gouvernement plus prompt à se féliciter d’un bon résultat écologique.

L’Hôtel de Roquelaure avait peut-être en tête quelques éléments de prospectives énergétiques. Tel le bilan énergétique mondial publié ce mardi 28 mai par Enerdata. Dans son étude annuelle, le consultant spécialisé en politique énergétique brosse le triste tableau de la situation des pays du G20[1], à l’origine de 80% de la demande mondiale d’énergie et d’à peu près autant des émissions de CO2 imputables à la consommation d’énergie.

Avec une croissance économique de 3,8% (comme en 2017), les 20 pays les plus riches du monde ont consommé 11,2 gigaTEP[2] (GTEP) d’énergie: +2,1% de mieux que l’année précédente. Sans surprise, les émissions de CO2 énergétiques ont grimpé de près de 2%. «Nos modèles de développement restent énergivores», constate Pascal Charriau, PDG d’Enerdata.

Ces piètres résultats sont la somme d’une croissance soutenue dans la plupart des pays émergents et développés. Avec des pics d’activité observés en Inde et aux Etats-Unis, deux pays où la production industrielle et d’électricité reste assez carbonée.

Et à propos de carbone, ses jours sont loin d’être comptés. Stimulée par la Chine, l’Inde, la Russie et l’Indonésie, la consommation de charbon du G20 a progressé de 0,7%. Tirée par la pétrochimie US, les SUV et la croissance du parc automobile chinois, la demande de pétrole a, elle, bondi de 1%. «Le peak oil n'est pas pour demain», estime Pascal Charriau. Pour le gaz, c’est encore pire. L’appétit pour les précieuses molécules a progressé de près de 5%. En cause, la multiplication en Chine des centrales à gaz urbaines (pour assainir la qualité de l’air) et la poursuite du développement spectaculaire de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis.

Nuke en stock. Dans un rapport publié le 28 mai, l’AIE  s’alarme d’un possible déclin de l’énergie nucléaire. Faute de nouvelle construction rapide et d’extension de la durée de vie des tranches en service, le secteur électrique mondial pourrait accroître ses émissions de 4 milliards de tonnes de CO2/an, estime l’AIE.

Peu cher, ce gaz ‘non conventionnel’ ne cesse de tailler des croupières au charbon américain. Ce qui contribue, certes, à décarboner légèrement le secteur électrique d’outre-Atlantique, mais pas totalement. D’autant que le secteur des énergies renouvelables commence à ralentir. A 22.500 térawattheures (TWh) par an, la production d’électricité ‘verte’ a doublé entre 2000 et 2018. Mais le rythme de mise en service de nouvelles installations éoliennes et photovoltaïques marque le pas. La chute des aides publiques chinoises et américaines n’est pas étrangère à ce ralentissement.

Autre indicateur en berne: l’efficacité énergétique. Celle-ci s’est globalement améliorée de 1,5% entre 2017 et 2018. Bien, mais insuffisant pour engager nos économies sur les voies tracées par l’Accord de Paris, et a fortiori la nouvelle stratégie nationale bas carbone.

En résumé, les énergies fossiles nous apportent toujours 80% de l’énergie que nous consommons, une proportion stable depuis des années. Consommation d’énergie et émissions de CO2 battent chaque année de nouveaux records. Pour stabiliser le réchauffement à 2°C, voire 1,5°C, nous devrions réduire de 2,9% par an les émissions globales de GES. «Or, en cumulant les hausses intervenues ces dernières années, ce rythme de baisse des rejets doit désormais être porté à 3,3% par an», commente Pascal Charriau. Un rythme de décarbonation inédit depuis… 1949. La situation peut-elle s'améliorer? Peu probable. En l'absence d'une tarification généralisée des émissions carbonées, les mauvaises habitudes vont perdurer.



[1] Le G20 est un club informel réunissant les 20 pays les plus riches du monde, Chine comprise.

[2] TEP: tonne équivalent pétrole

 



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